Avant le compte rendu voici ce qui a servi d’appui pour aborder le débat :
Érection du latin ériger, mettre droit. Ce mot est le même que l’on emploie dans le bâtiment pour la construction. En ce qui concerne le sexe, il s’agit de l’état de l’organe, du tissu mou qui se raidit par l’afflux de sang.
Au-delà d’un mécanisme physique et de ses médiateurs chimiques, le processus intellectuel et relationnel dominent nettement la sexualité masculine, comme en cachette : un homme peut parler de sexe, sans pouvoir forcément parler de ses problèmes relationnels a fortiori, sexuels. La sexualité masculine est extrêmement complexe parce que c’est le résultat de multiples fonctions. Elle dépend de nombreux systèmes, entre autre cognitif (compréhension) ; elle est transmise sous forme d’influx nerveux par la moelle épinière mais également par le système nerveux autonome ; localement, le processus est vasculaire et musculaire.
Le mécanisme de l’érection se fait en 4 temps qui met en marche la stimulation : visuelle, auditive, tactile, fantasmatique, le tout dans un contexte de détente.
L’anxiété, la peur, l’énervement sont autant de facteurs inhibiteurs. Si toutes ces conditions de stimulation sont inconsciemment bien remplies, un message sera transmis par l’intermédiaire de la dopamine, ce qui va entraîner l’influx nerveux, va atteindre le corps caverneux du pénis et le mettre en érection. Ceci pour faire court.
La perception d’un stimulus quel qu’il soit, va entraîner une augmentation du volume de la verge qui va atteindre à un moment un plateau correspondant à la rigidité efficace pour l’acte sexuel ; ce plateau va se maintenir jusqu’à l’orgasme et l’éjaculation.
Dès qu’il y a éjaculation, il y a détumescence, puis phase réfractaire, dépendante de beaucoup de facteurs chez l’homme : facteur psychique lié à l’érotisme, fatigue, ou encore facteur hormonal. Tous ces facteurs sont étroitement imbriqués : une hormone élevée va compenser un psychisme bas, un état de repos parfait va compenser un manque d’hormones quant à l’érotisme, son rôle certain est mal quantifiable.
Qu’est-ce qui fait qu’un homme perde son érection ? Le mot impuissance n’a plus cours on lui préférera dysfonction érectile, même si les hommes ou les femmes pour en parler l’emploient encore. Ce terme est défini comme une incapacité permanente à obtenir ou à maintenir une érection suffisante pour avoir un rapport sexuel satisfaisant. Mais comment peut-on avoir un rapport satisfaisant avec une verge peu rigide, voire carrément molle ? Alors même que les hommes en l’absence d’érection matinale rigide même sans utilisation se sentent diminués ?
- D’abord en dehors de tout problèmes physiologique non liés à une pathologie (diabète, hypertension, hypotension, prise de médicaments, alcoolisme, drogues), ou physique (obésité avec perte de l’image corporelle), il est évident que la lassitude, l’habitude, la routine, le désamour, l’âge, le manque de stimulation comptent pour beaucoup dans la perte de l’érection.
- Le stress, l’anxiété, la peur de la non performance au cours du rapport sexuel, ou encore la peur d’un rapport sexuel non satisfaisant pour la partenaire, vont empêcher ou diminuer l’érection.
- Il est donc essentiel de considérer l’aspect psychologique parce qu’il est souvent dominant ; les hommes attendent trop longtemps pour consulter ; d’un petit trouble non traité pour que s’installe l’anxiété, puis l’homme s’enfonce en devenant totalement impuissant.
- L’origine comportementale liée à la masturbation dont la seule finalité est d’éjaculer rapidement : un exemple de ce bel africain, jeune homme de 25ans, dont la nounou tous les matins depuis l’âge de 10ans, le masturbait en le prenant en bouche pour qu’il passe une bonne journée ; il fallait faire vite pour éviter qu’ils soient surpris. De cette habitude certainement agréable pour la nounou, initiatrice pour lui, il en résultait une éjaculation très rapide qui faisait partie d’un processus que le jeune homme ne pouvait pas maîtriser.
- Autre cas : un homme jeune de 35ans, consulte pour ce même problème d’éjaculation précoce. Il m’explique qu’ayant toujours eu honte de son corps car pensait-il un corps d’homme se devait d’être musclé, épilé, bronzé qu’il était loin d’avoir puisque à ses yeux il était chétif, petit, poilu et bien pâle. De plus il s’imaginait que les filles qui couchaient avec lui le faisaient parce qu’elles n’avaient pas autre chose à se mettre sous la dent, elles le faisaient en oubliant son physique, ou encore qu’elles-mêmes avaient un problème sexuel… Donc ses rapports étaient très rapides pour en finir au plus vite avec absence totale de plaisir.
- Cet autre cas, cet homme avait très peur de la sexualité parce qu’enfant en entendant ses parents dans leurs ébats, était persuadé que son père, très autoritaire envers lui, violait sa mère qui lui était soumise. Pour lui le sexe était sale, l’homme dominait bestialement la femme passive et victime et qu’en aucun cas il ne voulait ressembler à ce genre d’homme. De ce fait il n’avait aucun désir dès qu’il avait des sentiments pour une femme ; de peur d’être rejeté, il ne voulait pas être bourreau de celle qu’il aimait, il ne supportait pas de la salir et refusait d’être une brute avec une femme à la manière dont il imaginait son père.
Voilà pour la précocité.
Par ailleurs, bien que souvent on ne retienne comme trouble de la dysfonction sexuelle que l’éjaculation prématurée il en est une qui fait rêver les éjaculateurs précoces, une qui pourrait s’apparenter à son contraire : l’éjaculation retardée ou pire l’anéjaculation ou l’absence d’éjaculation.
Quoiqu’on en pense, l’éjaculation rapide est bien plus naturelle (instinct de procréation, de survie quant à la continuation de l’espèce) qu’une absence d’éjaculation. Cette particularité bien peu fréquente concerne environ 4% des dysfonctions masculines, soit 0,4% de la population masculine. L’anéjaculation est l’incapacité à avoir une émission de sperme, en dépit d’une érection normale, de stimulations appropriées, érection qui tient sur la durée jusqu’à parfois des heures.
- Ainsi se plaignait cet homme André qui vint me consulter. Malgré le désir, le plaisir qu’il avait avec sa femme depuis 20ans, toujours amoureux comme au premier jour, depuis près de 2ans il n’arrivait plus à éjaculer, n’avait plus d’orgasme. Et c’est bien là le souci de ces hommes qui n’ont plus d’orgasme et pour lesquels cette érection devient un handicap puisque sans satisfaction.
Il faut faire la distinction entre cette anéjaculation sans orgasme et d’autres troubles comme l’éjaculation rétrograde ou encore l’éjaculation sèche qui est un orgasme sans éjaculation.
Un trouble aux multiples facettes : L’anéjaculation peut être :
- Totale, si quel que soit le comportement sexuel, solitaire ou avec un partenaire, il n’y a pas d’éjaculation ni d’orgasme
- Relationnelle, si l’homme peut avoir une éjaculation lorsqu’il est seul par masturbation.
- Coïtale ou vaginale, quand seul le coït est sans éjaculation
Plusieurs éventualités :
- l’une primaire qui provient d’inhibitions dans la personnalité, des difficultés de communication, la peur de perdre le contrôle, éducation stricte, rigide où le plaisir est suspect, la religion qui tient lieu de ligne de conduite, une mauvais apprentissage de la sexualité, dégoût et culpabilité d’être souillé par le sperme, masturbation rarissime ou masturbation violente (l’homme réussit à se masturber seul jusqu’à l’orgasme mais impossible quand il est sa partenaire dans un rapport coïtal ; parce qu’il a besoin de coups sur la verge, stimulation avec pression très forte).
- Un trouble secondaire :
- Est ce qui survient après une période de sexualité active sans difficulté d’éjaculation. Ce qui était le cas d’André. La thérapie dévoila un événement (la mort de sa mère suivie d’un mois par celle de son père) qui conduisit cet homme à déclencher et à installer une anéjaculation qui durait depuis près de 2ans.
- L’anéjaculation peut être mis en place suite à une grossesse de la partenaire, non désirée par le conjoint, ou encore suite à une infidélité de la femme. Installer ce trouble est un moyen pour l’inconscient masculin de prévenir (on ne l’y reprendra pas) ou même de punir. Dès que le problème est cerné, compris et surmonté la capacité éjaculatoire reprendra progressivement dès lors qu’il y a confiance et détente du patient.
J’ai pu constater que la plupart des hommes souffrant de cette affection présentent une personnalité rigide et compulsive, et redoutent l’orgasme car ils l’assimilent à une perte de contrôle.
Après avoir consulté pour identifier les causes organiques, rares la plupart du temps, on recherchera les causes d’origines psychiques. De loin les plus fréquentes. Les traiter revient à dissoudre le problème et remettre la mécanique en bon état marche.
Conséquences des dysfonctions érectiles dans le couple :
Qu’il s’agisse d’éjaculation précoce, ou même d’un départ avant d’être rentré en gare ou d’une arrivée à destination qui ne se fait jamais, vous l’aurez compris, dans un cas comme dans l’autre, les dysfonctions érectiles, trop vite, trop tôt, pas assez vite et rapport trop long posent problèmes au couple.
Pour l’homme : sans parler d’impuissance, le trouble de l’érection qui se manifeste, d’abord par des pannes dues à des soucis, à un stress, à des idées parasites peut devenir un véritable handicap qui peut se solder par la séparation du couple. Un homme perdra son désir, se sentira coupable de ne pouvoir donner satisfaction à sa compagne ; dans le meilleur des cas. Un couple dont la sexualité n’est pas satisfaisante se séparera à plus ou moins longue échéance.
La femme ne se sent pas désirée, à la hauteur, mal aimée et toujours insatisfaite puisqu’elle a besoin elle, d’un minimum de 8mn pour atteindre l’orgasme. Un homme avec défaillance érectile pas si tôt allumé que déjà éteint laissera une femme insatisfaite, frustrée, malheureuse, mal dans sa peau.
Les cas d’anéjaculation s’accompagnent d’une absence de jouissance pour l’homme et par le fait d’une insatisfaction où les partenaires se détourneront l’un de l’autre. La gêne qu’engendre l’anéjaculation impose à la femme des efforts répétés longs, épuisants et voués à l’échec ; elle est source d’inconfort physique par l’action mécanique induisant une sécheresse vaginale. Aline me disait furieuse « Il me prend pour un trou où il se masturbe sans fin. C’est une horreur » La sensation de bien être est entravée par l’absence de lubrification vaginale qui empêche le plaisir. Cette anéjaculation interpelle les femmes sur la santé psychique et physique du partenaire, la questionne sur la fidélité de son homme ; certaines culpabilisent de ne pouvoir satisfaire le partenaire, par manque de savoir faire, pensent-t-elles. Certaines arrêteront la relation ne désirant s’engager sur du long terme dans cette situation inapte à satisfaire leur désir de fertilité. Il y a quelques fois un sentiment qui se dégage où l’homme est ressenti comme incapable de faire don de soi par le partage envers l’autre.
Par cette absence d’éjaculation, la femme s’interroge sur son corps, sa désirabilité ; cette relation la laisse sans repère, sans limites claires (avec un début et sans jamais de fin) sans aboutissement qu’elle a du mal à comprendre. Un acte sans finalité avec durée illimitée qu’elle aura de plus en plus de mal à affronter, se sentant exclue de l’expérience orgasmique de son partenaire, elle finira par rejeter l’intimité du couple. Privée de spontanéité elle évitera toute intimité sexuelle.
Pour éviter ce phénomène, tel homme fuira toute relation sexuelle, par peur de passer pour un obsédé sexuel, ou encore il pourra un temps simuler l’orgasme ; les choses se compliqueront si la femme désire un enfant car en l’état de cette dysfonction il n’est pas possible à l’homme d’engendrer.
Alors que faire ? Comment réagir ? Et surtout pourquoi ?
Avant toute chose il faut communiquer, en parler dans le couple et ensuite consulter quelque soit le problème. Sans s’exprimer sur ce qui pose problème les situations se dégradent, l’évitement de toute intimité s’installe en altérant le lien des partenaires. La non communication voue à l’échec n’importe qu’elle relation en creusant une fissure qui éloigne les partenaires.
Le traitement en psychothérapie
Dans les cas de difficulté d’anéjaculation dû à un élément d’ordre psychique demander une aide psychothérapeutique de préférence en couple peut apporter beaucoup de réponses et d’éclaircissements. Seront identifiés de prime abord les circonstances réelles et fantasmatiques qui déclenchent une éjaculation afin de déterminer ensuite, si possible, ce qui constitue un obstacle à l’éjaculation. Dédramatiser la situation lors de la visite en couple, analyser les obstacles qui se présentent au fur et à mesure et rétablir la communication (et non la manipulation) qui favorisera l’échange des partenaires.
Conseils donnés en séance de psychothérapie :
- Pour commencer : la masturbation et la jouissance aux côtés de la partenaire sans pénétration
- Suivie d’un rapprochement du vagin et une éjaculation face à la partenaire
- Pour ensuite arriver à une masturbation couplée à la jouissance finale en pénétrant la partenaire
- Et enfin aboutir à une alternance de caresses sexuelles et de pénétration vaginale jusqu’à l’éjaculation vaginale.
Inciter le patient à accepter cette perte de maîtrise de soi ; la communication dans le couple en sort naturellement renforcée. Des résultats tangibles sont obtenus en neutralisant la peur panique de l’éjaculation vaginale, ce qui a pour effet de restaurer pleinement le désir.
Cependant, du fait des problématiques psychologiques profondément ancrées et des résistances aux traitements classiques et simplistes, les méthodes psycho dynamiques s’avèrent souvent nécessaires afin d’amener l’anéjaculateur à contrôler ce qu’il associe inconsciemment à l’éjaculation : le refus du don, les risques de donner ou de se laisser aller, la peur d’être « dévoré » etc..
En résumé, c’est sur la perte de contrôle qu’il convient de concentrer les efforts lors du traitement. Les patients souffrant d’anéjaculation ont le plus souvent perdu de vue l’aspect ludique de la sexualité, et restaurer cet esprit de jeu est alors essentiel. Tenter de lui faire évacuer son agressivité est également un aspect important, car cela constitue un préalable essentiel à la « remise en route » des fantasmes érotiques, trop longtemps neutralisés par les obsessions et la culpabilité évoquées. Finalement, travailler sur la peur et l’anxiété liées à l’éjaculation intra vaginale est essentiel à la réussite de la prise en charge. Dans le cas contraire, on ne se lassera pas de répéter que la voie royale de la résolution des difficultés sexuelles est la communication… Donc, parlez, parlez, parlez…
Ces trois derniers paragraphes sont des résumés de textes concernant le sujet.