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Désir

Avez-vous passé un bon week end ? Oui ! Alors, si vous êtes ok, on continue en parlant du désir.

Mais comment parler du désir ? Comment écrire sur ce thème lorsque le quotidien en est dépourvu ? Lorsque la seule chose désirée est une cigarette et que sur le paquet sont inscrites en lettres noires sur fond blanc : FUMER TUE ! Que penser du désir ?

En fait c’est bien de cela dont il s’agit : s’il n’y a pas de désir, il y a mort latente, il y a déprime. Sans désir, l’être se ratatine comme un figue laissée sur la branche du figuier. Parce que le désir est la chose qui nous tient en vie. En vie. Tiens donc, envie. Toutefois il est à distinguer l’envie du désir et le désir du besoin. La première (envie) contient une connotation de frustration où se niche souvent la jalousie. Le second sonne de manière érotique et l’érotisme est bien ce qui caractérise l’être humain dont parlait si bien Georges Bataille. Le troisième – le besoin – se doit d’être satisfait.

Alors que le propre d’un besoin est que l’on cesse de l’éprouver dès qu’il est satisfait, le propre du désir est qu’il n’est jamais satisfait. Le besoin est enraciné dans la survie, alors que le désir tente de nous faire dépasser notre condition animale, disait Paul Diel.

La psychanalyse affirme que le désir est créé par le manque et qu’il se manifeste,  en premier lieu, au niveau de la parole. L’enfant se trouve à dépendre, dès sa venue au monde, d’un Autre (la mère ou son substitut) à qui il revient à répondre par le biais du langage. Je m’explique : les pleurs du nourrisson vont signifier une demande qui,  interprétée par la mère, vont impliquer cet enfant dans le champ de la parole et donc du langage.

Or, l’enfant ne peut reconnaître le désir que s’il en est frustré. L’absence, le manque de réponse maternelle vont isoler la cause de sa satisfaction par l’objet (le sein, ici en l’occurrence) et sera cause de désir. De ce fait l’enfant, par le manque, va se constituer comme sujet désirant. Enfant désirant. Cet enfant désirant entérine, vit cela comme étant, une perte de l’objet (le sein:est-il utile de le rappeler?) et y substitue un fantasme qui est la représentation imaginaire de ce qu’il croit avoir perdu. La recherche pour satisfaire son désir (sa mère ET son sein ou biberon) va provoquer une excitation réelle à laquelle succèdera un fantasme qui fera écran à ce manque. C’est ce fantasme qui ressurgira dans la vie sexuelle du sujet…Et on ne peut séparer le fantasme du désir…

D’ailleurs, il est souvent constaté en thérapie, une demande, rarement explicite, qui est la restauration d’un état antérieur dont le désir caché dévoilera un fantasme.

  • Le désir évoquera par exemple, la plénitude du giron maternel – la parfaite symbiose dont le conflit était absent:
    « Ah! Si je pouvais revenir dans le ventre de ma mère, à ce moment là on était d’accord toutes les deux »
  • le désir, pour les hommes, d’inflation pénienne :
    « Qu’est ce que je ne donnerai pas pour retrouver l’ardeur de mes vingt ans »;
  • la première jouissance qui a laissé un sentiment de plénitude :
    « Ce que j’ai ressenti la première fois était extraordinaire, je ne le retrouverai jamais !

Nourriture et sexualité :

La nourriture est obscurément liée à la sexualité et comme elle, est faite de désir, de plaisir, d’attente mais aussi de renoncement. Le suçotement est une des première satisfactions. La nourriture comme la sexualité est un art et correspond à un besoin vital. Toutefois si dans l’une comme dans l’autre il y a « gavage », le sujet se retrouve dans la situation d’un mangeur gavé et repu par trop de nourriture en restant cependant torturé par la faim insatiable. La faim du manque, « incomblable » par nature. L’une et l’autre de ces activités mettent le corps en jeu. Or, le corps « gavé » par le trop plein de  nourriture et le sexe comblé par trop de sexe (trop de sexe tue le sexe) ne conduisent ni à l’harmonie ni à l’épanouissement encore moins au bonheur…

Après ce week end que je suppose équilibré en câlins et la satisfaction pour votre estomac d’avoir dégusté  avec plaisir votre dîner de ce soir, moi,  j’obéis à mes yeux qui n’ont qu’un seul désir : celui d’être éloignés de l’écran qui les fatigue. Toute chose est bonne, consommée avec modération…