Amour amitié/Je ne sais pas si par dépit ou par pitié/Je franchirai cet océan/ Qui va de l’ami à l’amant…chantait Pierre Vassiliu.
Henri Tachan chantait « Entre l’amour et l’amitié il n’y a qu’un lit de différence. Et moi je ne vais pas vous chanter cette difficile conjugaison mais vous en parler. Ne se rapproche-t-on pas en ces temps modernes de cette tendance à vouloir être ami-amant non pour supprimer les problèmes mais pour les empêcher d’être envahissants? Obsessionnels? L’amitié comme un lien égalitaire dans lequel la sexualité est détachée de la passion. C’est ainsi que l’on peut voir des amitiés amoureuses apaisées, civilisées, remisées de ses illusions. Comme à l’adolescence. À ce stade de l’être et sans qu’elle sache bien encore se situer dans sa sexualité (homo? hétéro?) l’adolescence cherche en l’autre une manière d’aimer, douce, non violente, sans avoir à subir la réprobation inconsciente attachée à l’homosexualité. (Si, si, l’homphobie existe encore de nos jours). En l’amour demeure l’expérience la plus dure de notre dépendance à l’autre. Dans ce mélange déserté par Eros l’amitié ne garantit-elle pas une banalisation d’une sensualité sans drame? Sans fusion des âmes, vécue dans l’amour, l’amitié ne protégerait-elle pas de l’assujettissement à un autre pour rejoindre ainsi son alter égo?
En dehors de l’adolescence, qui n’a pas fait l’expérience du coup de foudre en amitié? Pour une même qu’elle-même? Un même que lui-même? Jusqu’à vivre l’expérience de l’homosexualité et faire le deuil de l‘érotisme, de la sexualité, si l’un des deux protagonistes ne vit pas sur ce versant de la sexualité? Sans frustration pour celle/celui qui est hétérosexuel(le). Et de souffrance frustrée pour l’homosexuel(le) mais qui demeurera cependant une hétéro-amitié. Puisque la plupart du temps (mais pas toujours) les amitiés sont choisies entre personnes de même sexe : homo-amitié : les femmes amies entre femmes; les hommes amis entre hommes…
« Offrir l’amitié à qui veut de l’amour, c’est donner du pain à qui meurt de soif « dit un proverbe.
Mais encore : Il est des personnes qui au nom de l’amitié manipulent, abusent de la confiance accordée, se servent de leur prétendue amitié pour asservir et s’en servir à des fins peu honorables. Ce sont des amitiés poison; elles vampirisent. Telle un narcotique elle endort la victime et la rend plus docile qu’une esclave. Cette fausse amitié est identique à la passion amoureuse, ravageuse, dans laquelle se perd la notion de Soi, en conduisant à la perte et à la dépersonnalisation.
Qu’en est-il de l’amitié entre une femme et un homme? Cette amitié là est-elle possible sans sexualité? Oui, diront certain-e-s je l’ai vécue! Celles qui l’ont vécue (le plus souvent des femmes) ont occulté le désir caché de l’autre. N’ont pas voulu voir dans l’avalanche de cadeaux qui en signe la preuve. Comme une manière détournée de séduire pour faire céder par tant de « gentillesse« . Quand cette situation dure, pour autant que chacune des parties y trouve son compte, n’avons-nous pas à faire à une sublimation de l’attirance sexuelle? Car à y regarder de plus près, il s’agit la plupart du temps d’un masque que l’on affiche sur des pulsions sexuelles refoulées. Ce masque sert-il à approcher l’amour sans que l’amie s’en émeuve? Cela peut durer un temps, temps nécessaire pour des raisons contingentes ou difficilement avouables. Mais tôt ou tard le masque finit par tomber et la personne éconduite en sera humiliée. Face à l’offense elle peut devenir féroce, tel un soupirant repoussé.Parler de ses véritables sentiments peut résoudre bien des problèmes de cette pseudo-amitié.
De mes ami-e-s d’avant l’électronique j’attendais des lettres que je lisais avec l‘intensité du plaisir qu’elles provoquaient. Aujourd’hui à l’heure des mails, je suis toujours dans la même attente. Si les réponses ou les nouvelles se font désirer, l’attente devient vite pénible et peut provoquer de l’inquiétude. La trace de la lettre ou du mail tisse un lien, entretient l’amitié. Et pourquoi pas conserver les beaux mails en les imprimant et les enrubanner comme on le faisait des lettres?


septembre 12th, 2009 - 9 h 51 min
J’aime vraiment cet article.
?
Je crois savoir pourquoi
septembre 12th, 2009 - 14 h 07 min
Oriana, sache que je suis émue pour l’aide apportée par cet article. Me sentir utile a toujours été une priorité et que tu en bénéficies en tant qu’adolescente me réconforte et me convainc de continuer à écrire.
septembre 14th, 2009 - 2 h 43 min
J’ai l’habitude de dire que l’amitié est une question de temps.
Nous serons amis dans dix ans ou nous ne serons pas amis.
C’est dire que je me méfie du « coup de foudre » en amitié, pareil au feux de la passion.
Plus que « une même qu’elle-même », ce qui m’a étonnée dans les amitiés adolescentes c’est le contraste tant physique que moral qui caractérise ces « couples » (couples au féminin) d’ami-e-s inséparables.
Une grande et une petite, une grosse et une maigre, une belle et une laide, une bavarde et une taciturne, un miroir inversé mais un miroir tout de même. L’enfer c’est les autres affirme Sartre, dans cet enfer l’amour, l’amitié sont des oasis de bonheur fragiles.
La richesse spirituelle de l’homme est grande. La composante sexuelle, primordiale pas nécessaire (au sens mathématique du terme). Sublimation parfois, complémentarité souvent, l’amitié comble un vide et donne un sens à la vie face à son absurdité.
En amitié, en amour, on est seul, masochiste, à pouvoir ôter de notre mémoire le bonheur partagé dans des instants magiques. Certains ne s’en privent pas, et les observant, par empathie, j’en souffre.
septembre 14th, 2009 - 9 h 56 min
Le dicton « les contraires s’attirent » pourrait expliquer les différences que l’on retrouve dans les couples qu’ils soient d’amitié ou d’amour. Par contre il serait intéressant, sans pour cela contredire le dicton opposé, « qui se ressemble s’assemble » de connaître à quel niveau la ressemblance non apparente (différences comportementales ou/et physiques) font que les couples s’assemblent.
Question à creuser, pourquoi pas dans un prochain article? Merci Yaoline d’apporter de l’eau au moulin réflectif !