Est-on bien loin du phallus dont Freud institua la primauté en tant qu’organe de la jouissance pour l’homme et pour la femme? D’ici encore, on entend le soupir d’incompréhension du papa de la psychanalyse. La vie sexuelle des femmes lui était complètement inconnue comme il le révélait en la nommant le « continent noir« . Que connaissait Freud de la sexualité féminine? Pas grand chose, si ce n’est l’inaccessibilité, pour elles, à une sexualité réjouissante. Elle était entravée par les institutions religieuses, ligotée par la morale, piégée par l’obligation de se soumettre au seul désir de l’homme qui la transformait en objet sexuel. Pour Freud, la femme était-elle autre chose qu’un animal domestique à ne considérer que sous l’angle de la pathologique sexuelle? Hystérie des femmes mal aimées, frustration dans leur besoin d’exprimer l’amour autrement qu’en maternités qui leur remplissaient le ventre régulièrement tous les neuf mois? Sous prétexte qu’elle n’avait pas entre les jambes cette petite chose qui gonfle et qui ne servait qu’à satisfaire, en envoyant en l’air, l’homme qu’elle devait chérir. Pas si sûr que les choses aient beaucoup changé!
Si la contraception a permis de dissocier maternité et sexualité (dans l’absolu) il n’en va pas de même dans l’esprit des femmes qui cheminent encore avec un lourd bagage socioculturel. Les interdits, les tabous, la généalogie et l’histoire personnelle de chacune, font que les femmes ne sont jamais totalement déconnectées de l’amour dans leur rapport au sexe. Pour la plupart le sexe et le cœur sont intimement liés.
» La femme ne peut accepter d’être désirante qu’au nom de l’amour »
Cela a t-il changé? Oui, si l’on en croit certains magasines qui préconisent les jouets à la mode. Les sex toys s’exhibent ailleurs que dans les catalogues VPC où ils se cachaient auparavant. Certainement Internet a facilité la vulgarisation de ces objets de plaisir. Ils se répandent, comme des petits pains au chocolat dans les boulangeries, pour arriver jusque dans les demeures dans des réunions genre Tupperware.
Non, cela n’a pas beaucoup changé depuis 68, comme le diront certains spécialistes du sexe. Philippe Brenot (psychiatre et directeur de l’enseignement de sexologie à Paris V) grand prosélyte de la masturbation ne dira pas le contraire, lui qui conseille l’autoérotisme (Y a pas de mal à se faire du bien.) Il ajoute » la sexualité s’apprend ». Pour les hommes aussi bien que pour les femmes. « Ces dernières ont encore du mal à accéder au plaisir et au désir parce que contrairement aux hommes beaucoup ont une expérience limitée de la masturbation » précise t-il.
La sexualité est un art et comme la cuisine ça s’apprend. Ce n’est pas la recette sous vos yeux qui va faire le plat mais ce que vous allez y mettre d’art qui en fera la réussite. Les femmes sont excisées psychiquement parce que cette partie de leur corps est encore taboue, elles ont beaucoup de difficultés à s’en servir seule. Elles ont besoin de partager avec un-e- partenaire. Même si la sexualité des femmes de 20-50 n’a plus grand chose à voir avec celle de leurs mères ou de leurs grands-mères. Même si celle-ci ressemble de plus en plus à celle des hommes. Même si la multiplication des expériences est assumée sans complexes… la plupart des femmes a besoin d’aimer et de se sentir aimée pour avoir une sexualité épanouissante. Les jouets sexuels vont-ils remplacer ce besoin de partager qu’ont les femmes ? Qu’en pensez-vous messieurs?

