Le printemps est arrosé par une pluie diluvienne et une mer déchaînée, noire…Est-ce pour cela que le rose s’est automatiquement imposé à mon vêtement matinal pour palier la mornitude ambiante? Qui sait? Une manière comme une autre de forcer les éléments et restituer à l’énergie une douceur qui semble échapper à la plupart d’entre nous ces derniers jours. D’ailleurs l’estomac acide chlorhydrique, les intestins gazent à tout va. Encore des intempestives fabrications du corps manifestées par des d’organes qui semblent être en pleine débâcle. Tout s’effondre ma brave dame! La crise financière va jusqu’à se répercuter sur les cerveaux appauvris par le manque d’imagination.
J’ai reçu en clientèle de très jeunes personnes tellement tristes malgré leur jeunesse! Leur sourire a déserté leur bouche que deux rides mettent entre parenthèse. Alors je vais me remettre au travail, qui est celui – entre autre – d’écrire des articles sur ce site délaissé quelques jours pour m’occuper un peu de moi en attendant le printemps qui se fait désirer. Et reprendre, à la demande de certaines, la fonction de l’intitulé : la sexualité. Et l’amour! L’amour couple des contraires.
Il n’y a rien dans l‘univers qui ne soit un couple de contraire. Tout l’univers manifesté se développe et se déploie selon un rythme bi-polaire. Ainsi il en va de l‘activité et de son contraire la passivité, du mouvement et de l’immobilité, de l’amour et de la haine. Comment concevoir l’extérieur sans l’intérieur, le centre sans le contour, l’union sans la séparation? Le masculin et le féminin symbolisé par le Soleil et la Lune quand vient la nuit faisant suite au jour. Tout phénomène passe par le nécessaire accouplement des pôles complémentaires et opposés, l’interpénétration de forces antinomiques et cela dans tous les domaines, qu’il soit psychique ou physique. Il s’agit là d’un processus universel qui déborde du cadre individuel, physiologique et psychologique; processus bien antérieur à l’apparition du système de reproduction mâle-femelle et du développement des organes génitaux comme l’écrit Ruffié dans « Le sexe et la mort«
Or, le couple des contraires Eros et Thanatos (la pulsion de Vie et la pulsion de Mort) sont en permanence entremêlés. . .L’union sexuelle préfigure la préparation à la mort en révélant le trésor qui gît en l’être : n’appelle t-on pas un orgasme « la petite mort« ? Ce trésor est en principe voilé par nos pensées et nos passions. Transmuter la passion en sagesse, le désir en joie non duelle exige une maturité spirituelle.
Or, les problèmes et conflits surgissent lorsque le « moi-je » est inféodé à ses désirs exclusifs. Lorsque le « moi-je » oublie l’autre bout de la relation. Oubli qui crée la souffrance, la dépendance et la soumission. Ou l’égoïsme et la domination. Le masochisme et le sadisme. Autre couple (infernal) de contraires.
Pour éviter ce Moi hypertrophique il est nécessaire d’apprendre à se connaître soi-même (psychiquement) et apprendre à connaître l’autre afin de ne pas le dévorer. Ainsi peut-on éviter de vivre dans l’illusion qui consiste à créer une image en façonnant son objet d’amour en fonction de ses propres désirs. Cette image créée ne serait en rien fidèle à la personne que l’on désire aimer mais serait au contraire une production de son propre mental que l’on s’efforcera à faire coïncider avec un dictateur égotiste qui n’est autre que le Moi…
La pluie a cessé. Je vous laisse réfléchir pendant que je vais respirer le mauve des glycines qui embaume l’allée, insolentes de grappes joufflues riches de promesses encore à venir. Passerons-nous à l’été sans laisser le printemps s’installer, semblent elles interroger?

