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Le passé, à force de recherches, fait retour, chez elle, par la petite porte, laisse passer un rais de lumière en inondant les sens des  émois oubliés. Par l’interstice une image s’est glissée.  Blue jean, l’ouïe fine, le souvenir a pénétré sa mémoire recréant le fantasme d’un visage angélique d’adolescent. Fantasmes nourrit d’images juvéniles à peine pubères, romantisme d’une époque lointaine et révolue. La mémoire restitue  le désir des  gestes à peine ébauchés mais jamais terminés  pour toucher l’Autre, inaccessible.Habillée par un long travail de travestissement, la mémoire, toujours elle, lui tricote patiemment une écharpe en guise de doudou, objet transitionnel, pour entourer son cou les jours où le grisou explose dans sa tête.

Ô, la Vie! Malgré ses envies d’y mettre un terme, le désir de la continuer, d’aller plus loin l’emporte toujours et nous oblige à la vivre comme inscrit pour nous, là haut, dans les étoiles.  Et sourire. Sourire à ce qui n’a pas pu se vivre au temps de la jeunesse et rire. Rire, emporté par la vague déferlante, enveloppé d’écume  pour rejoindre le large horizon qui redessine l’espoir.

Elle me racontait son histoire de retrouvailles alors que sa vie, qu’elle ne maîtrisait plus, filait à vive allure. Allure vertigineuse aussi  dans ses paroles, elle me débitait les mots lus sur l’écran et disait-elle « ils me caressent les yeux« . Elle n’a jamais autant aimé lire les lettres noires sur ce mur froid et blanc « qui d’habitude explosent mes yeux », insistait-elle pour être sûre que je la crois. « Et tant pis si ça se révèle être un écran de fumée » dit-elle soudainement pessimiste…

Flash back d’un temps révolu et retrouvé elle pense à lui et son cœur s’emballe, et interrogative à mon encontre « Qu’en est-il du sien? Pouvez-vous me répondre?« 

Que pouvais-je répondre à son désir de vouloir faire vivre une histoire qui n’a jamais commencé mais que sa mémoire a très bien entretenu en la faisant évoluer? Juste lui suggérer qu’il s’agissait d’un fantasme qui est à la fois effet du désir archaïque inconscient et matrice des désirs (conscients ou inconscients) actuels et comme tel il pouvait en surgir, comme dans un rêve diurne, une possible réalité? Chacun de leur côté excitait leur fantasme créant un idéal de l’Autre. Savoir que quelque part un autre existe pour l’avoir rencontré sans jamais pouvoir l’approcher, jamais connu au sens biblique du terme, avais-je le droit d’intervenir dans son rêve?

Souvenir, souvenir, chantait Johnny et les Stones « Satisfaction« à l’époque dont me parlait cette femme. Le sien ne s’est jamais effiloché mais s’est transformé en fantasme puéril qui se « réalisera » ou non en prenant corps dans l’échange autre que virtuel. Sa patience est si grande et son désir si tenace qu’on ne peut que lui souhaiter bonne chance.

Et à vous tous bon week end…

Quelques heures après  après l’annonce de la Palme d’or, attribuée cette année à Michael Heneke pour son Ruban blanc,  la Planète Festival s’est désagrégée. Comme chaque fois la remise de la statuette désintègre la folie qui s’empare de la Croisette pendant 12 jours consécutifs enflammant les attroupements hystériques en bas des marches du palais. Palais où les princesses appelées star pavoisent en décolletés plongeants sur des attributs restitués par la chirurgie, lèvres en moue botoxées, gorges parées de perles et de diamants, incontournables accessoires prêtés par les joailliers pour monter les marches au tapis rouge. Mais le Festival est bien plus que ce qui s’exhibe en bas des marches puisque tout se passe dans la salle obscure. Les montées du matin,  séances de 9h,11h, quatre à quatre en jeans et T-shirt pour les professionnels du cinéma, les rubriques des journaux de cinéphiles. C’est aux marches du soir  qu’est le véritable spectacle sous les sunligts, habit de gala et nœud pap, le gratin  s’enfourne à l’intérieur, s’installe après l’ovation rituelle. Tout devient silence religieux et noir  le plus complet pour restituer la recette faite d’émotions, de violence, de sexualité qui fera un soufflet bien gonflé ou tout raplapla selon les films projetés. Le Festival offre une vitrine pour certains films qui n’ont aucune chance d’exister dans leur pays d’origine. Tel le film chinois « Nuit d’ivresse printanière« tourné sous le manteau par Lou Ye, réalisateur interdit de tournage pendant 5 ans dans son pays. Les films  quelle que soit leur provenance parlent de vies, de sociétés, de cultures différentes et se rejoignent finalement dans les émotions, les réflexions, les politiques, les frustrations, les entraves à la liberté…   Tout est dit dans la multitude de projections (20 films en Sélection officielle, compétition pour la Palme, plus les hors compétition, sans compter toutes les projections pour des sélections parallèles : Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique, les Écrans Juniors, l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion -ACID). Ça fait du monde et beaucoup de films à voir, quand on dispose de temps nécessaire et l’envie du cinéphile indispensables.

Beaucoup parlent de sexualité. Interdite, comme l’homosexualité interdite en Chine ou dans les pays à l’orthodoxie religieuse; sexualité pulsionnelle, démontrant l’animalité de l’homme évoquant la scène primitive (papa, maman dans un coït effréné surpris par l’enfant). Étaler les névroses sur l’écran, est-ce un moyen pour interroger nos propres névroses et y remédier ou seulement satisfaire nos fantasmes de voyeur par pellicules interposées? …

Et puis, tout ayant une fin, l’Huppert présidente Isabelle, ayant remis la Palme d’Or, les Cannois peuvent réinvestir l’espace; les barrières qui encerclaient le large périmètre du Palais en parquant les festivaliers  ne sont déjà plus le lundi matin à l’aurore. Les citadins repartent à l’assaut de leur ville et commenteront encore pendant quelques jours les prix décernés sans avoir vu, pour la plupart, un seul film. Il nous reste 365 jours pour repartir dans le délire  du « cinématographe » comme disait mon grand père qui avait dû assister à la projection en plein air d’un ou deux films, dans sa vie, sur la place du village, en été.

Après les péripéties cinématographiques me revoilà sur le site avec les méninges fatiguées, sollicitées par l’activité soutenue des images défilant sur l’écran (24 images/secondes pour tout film). Nous continuons donc à parler de la masturbation, l’inconcevable pratique, pourchassée aux siècles derniers. Après avoir condamné le délit de masturbation, la parole extirpée par l’aveu du coupable  avait vertu de déculpabiliser l’ignoble de ses faits (faute avouée faute à demie pardonnée, n’est-ce-pas?). Brandir la masturbation comme un acte conduisant à la déchéance physique et mentale n’était qu’une amorce pour condamner afin de mieux guérir les masturbateurs. L’arsenal thérapeutique les plus sophistiqués prescrits tels les potions, les onguents, les règles hygiéniques, les calmants, les antispasmodiques, les narcotiques, les somnifères qui en anesthésiant le corps endormaient le sexe. Les plantes aux vertus narcotiques et purgatives étaient largement utilisées (mandragore, belladone, l’opium, le camphre) pour combattre les pensées amoureuses et écarter les songes lascifs, dont on garnissait le lit pour préserver la vertu. Suivront les appareils de toutes sortes : des armures préventives, des systèmes protecteurs (camisole), … L’application de sangsues dans la région génitale pour apaiser le sexe prétendument congestionné par le désir sexuel. Il était conseillé des bains froids auxquels on aura pris soin d’ajouter dans l’eau de la limaille et de la cannelle; on évitera de rester trop longtemps couché, les couches trop molles, l‘oisiveté, les pantalons serrés, les ouvrages licencieux et… les amis suspects! Le corset anti-onanisme du Dr Lafond empêchait tout attouchement. Cacher les organes de la génération sans pour cela empêcher  d’uriner mais s’opposer à la masturbation, tel était le but…Plus tard dans le siècle, les organes génitaux étaient préservés par de précieux coffrets d’or ou d’argent qui garantissaient  l’inaccessibilité des bijoux de famille. Même le génial Dr Milton créa une ceinture de chasteté verrouillée pour le jour et et un anneau pénien muni de pointes érectiles pour la nuit. Quel sadisme lorsqu’on sait que les érections involontaires surgissent naturellement pendant le sommeil. Un autre médecin (Dr Demeaux) déposa un brevet pour les dortoirs d’adolescents. Cet appareil dont l’ingéniosité n’a d’égale que sa  monstruosité consistait en une cloison de bois  séparant la tête et les bras du reste du corps…Si rien de tout cela n’était suffisant, il était employé des moyens beaucoup plus dissuasifs comme la chirurgie, l’ablation de l’organe par la castration (autre que symbolique, celle là), la clitoridectomie(ablation du clitoris), la cautérisation au fer rouge ou à l’électricité ou encore la section des nerfs honteux(ceux qui commandent à l’érection). De telles réjouissances pour empêcher de jouir de la masturbation semblent aujourd’hui inconcevables et pourtant…

Je vous laisse avec cet attirail qui devait faire fantasmer le Marquis de Sade. Nous aborderons très bientôt comment fut levé cet anathème sur la masturbation. En attendant je vous souhaite de bonnes nuits sans cauchemar après la lecture de cet article.

Avec quoi? La masturbation pardi! Nous allons continuer à en parler versant filles. Elles aussi en ont usée (et continuent). Ph.Brenot dans son petit livre bleu évoque Lignac et son Traité de l’homme et la femme. Lignac pensait que la fécondité n’était due qu’aux seuls hommes, que le spermatozoïde, petit animal, était préformé dans le sperme et se développait dans l’utérus. L’homme seul assurait la descendance de l’humanité! Encore une manière comme une autre de mettre en avant le masculin et de lui attribuer la toute puissance de la progéniture terrienne.

Ah! les filles et leur clitorisIl faut se méfier, écrivait Lignac, de la perversion des filles, car la grandeur du clitoris, qui égale quelquefois et surpasse même celle de la verge, a porté des femmes à en abuser avec d’autres! Et les amours saphiques, il ne connaissait pas, ça, lui! Mais où allait-il chercher tout ça? Dans quel délire ce pauvre Lignac évoluait-il? Faisant ressurgir le mythe de la femme phallique, le clitoris devenait l’objet de déviances telles qu’il devait être coupé, brûlé, castré pour ramener les pulsions à la normale. D’après lui le clitoris grossissait  dès la puberté, grandissait, avec l’âge des filles et de leur tempérament érotique. Il appelait ce petit bouton « le mépris des hommes » puisqu’avec cette petite chose qui donne tant de plaisir à certaines, une femme peut se passer d’homme et vivre ainsi un célibat avantageux! Sans reproduction possible, l’auto-érotisme, l’autosuffisance féminine évinçait les hommes les laissant pour de simples subordonnés. Ces femmes à qui il arrivait d’être fouettées en place publique et qu’on nommait des « frotteuses« . Un autre médecin ( le Dr Jaf) racontait dans la Physiologie du vice qu’on retirait des vagins fourre-tout un nombre de corps étrangers aussi hétéroclites  que surprenants allant des aiguilles à coudre, des épingles aux légumes et tant d’autres choses encore dont la liste n’est pas exhaustive. En y réfléchissant n’était-ce pas une manière abortive que de remplir son vagin plutôt qu’un lieu de jouissance pour certaines à cette époque là?

L‘imagination devenait la grande fautive de cet acte criminel anéantisseur de la planète (si les femmes ne copulaient plus avec les hommes qui allait peupler la terre?). L‘imagination sous forme de fantasme devenait l’invisible subversion à combattre. Pendant la masturbation, un fantasme se substituait au partenaire, et, si l’on en faisait grand usage, il mettait en péril notre âme comme le disait ce cher Dr Tissot  » Un coït modéré est utile,quand il est sollicité par la nature. Quand il est sollicité par l’imagination, il affaiblit toutes facultés de l’âme »…Un autre médecin le Dr Coffin Rosny auteur de La nature outragée par les écarts de l’imagination dénonce l’onanisme mental (entendez par là la masturbation intellectuelle) et relate les faits de « jeunes filles qui parlent d’un jeune homme qui leur a plu… à  cette évocation qui prit de deux à cinq minutes tout au plus, l’une d’elles rougit, se sent mouillée, elle a remporté la palme du nervosisme imaginatif » …

Dans la suite de ces terribles intrusions mentales, il sera raconté comment les coupables étaient empêchés d’abord et ensuite punis de ne pouvoir mettre fin à cette coupable manipulation. En attendant, prenez soin de vous par le biais qui vous plaît.

J-3 : Le FIF

Le 62 ème Festival International du Film, le FIF fera son ouverture le 13 Mai. Cette année règne sur  la ville  un calme qui n’est qu’apparent loin du centre névralgique de la Croisette.  Pour m’en assurer j’ai été jeter un œil afin d’éviter de vous raconter de bêtises.  Bien m’en a pris : les camions déchargent le lourd matériel qui fera tourner pendant quelques jours en reliant Cannes au monde entier, les télévisions,  les radios  et les technologies nouvelles sur les plages qui bordent ce lieu magique décerné aux stars. Rien n’est encore en place, mais les installateurs, travaillent dans l’urgence, telle une équipe de fourmis, ils s’agitent, trimballent, transpirent et remplissent les chapiteaux – tous blancs – déjà posés sur le sable. Le Festival  de Cannes il faut le voir la nuit, comme Times Square à New York. Sinon la magie se perd en l’absence de lumières, de foule enstrassées,  de messieurs smokingés, de musique et d’annonces au bas des marches au tapis rouge où attendent pour être ouvertes, le défilé des limousines d’où émanent, évanescentes de sublimes créatures qui font rêver les badauds ébaubis. Les panneaux géants sont partout pour promouvoir les films qui passeront en compétition au grand palais. Brad Pitt est un bâtard – ce n’est pas moi qui le dis – mais le tag en anglais en bas de sa tête hirsute et mal rasée, mais beau tout de même. En même temps que lui s’affichent sur la devanture du Carlton les autres bâtards affirmant leur bâtardise.photo-cannes-62Rollex, comme un injure aux quidams quinquagénaires et anonymes donne l’heure dans son écrin à l’entrée de ce même hôtel. Pendant deux nuits encore la ruche va s’activer. Tout sera en place pour l’ouverture de l’événement cannois ce mercredi 13. L’affiche, dont vous avez la primeur, pavoise dans toute la ville qui sera fermée par des barrières, des sens interdits, des cordons de police, de quoi réjouir les cannois aux heures de pointer au bureau, au boulot. Oui, oui à Cannes aussi on travaille, ne croyez pas le contraire!

A l’aube du 62ème FIF, oui à l’aube, moment où pointe le jour encore entre chien et loup, aux premiers instants de l’aurore, au moment où le ciel blanchit à l’Est, l’aube est le moment où Cannes-Festival somnole. Après la fête, après les after, même la mer se calme, tout s’endort à l’aube en attendant le crépuscule où le déchainement refait surface comme les vagues les jours de tempête.  Déjà, les starlettes piétinent le macadam de la Croisette, tirent des plans sur la comète des producteurs se rêvant déjà à Hollywood Boulevard; des gens du cinéma biencomyfaut eux aussi tirent des lignes blanches au cordeau de leurs narines. Faut bien tenir le coup! Les bâtiments de croisière majestueusement installés, leur large cul dans l’eau de la baie de Cannes, attendent sagement l’ouverture et les réceptions grandioses qui s’y préparent. Pendant ce temps là  les cannois tirent la gueule puisqu’il est impossible de se déplacer, de bouger dans cette ville bâillonnée le temps du festival…

Bienvenue à  l’Huppert présidente : cette année Isabelle Huppert pour le festival 2009.  Douze jours de liesse,  douze jours qui font travailler des milliers de personnes. Douze jours qui feront oublier la crise et rêver à un monde meilleur. Le cinéma de plus en plus tourné vers le social, dénonce, montre ce qui veut se cacher. Rendez-vous le 24 Mai pour connaître la Palme.

Pour illustrer les paragraphes précédents sur la masturbation dont on n’a pas fini de faire le tour (ne vous inquiétez pas nous le ferons) je vous propose un cas vécu en thérapie. L’histoire de Robert est vieille de plus de dix ans et Robert a accepté que je puisse l’évoquer comme exemple pour illustrer non pas un cas de masturbation (il ne consultait pas pour cette raison) mais pour le débarrasser de cette obsession qu’il avait du contenu des corsages féminins…Bien entendu le prénom a été changé.

Robert n’est pas loin de la soixante décatie physiquement mais intellectuellement très alerte. Il traîne sa vie comme un boulet « parce qu’à mon âge il devient difficile de trouver des femmes qui se laissent aimer comme j’en ai besoin, à ma manière. J’ai besoin d’aide » furent les mots pour l’entrée en matière de la première séance. Robert me confia son obsession pour la poitrine des femmes. Il aimait les femmes menues avec une grosse poitrine et le « pied » pour lui était qu’il puisse se masturber entre leurs seins et bien sûr, si elles le laissaient faire, éjaculer en cet endroit. Sans cela, ne prenait pas son « pied » il ne jouissait pas. Lors des séances suivantes, en déroulant le fil de sa vie, j’appris que sa mère n’avait pu l’allaiter. Ce qu’il mit longtemps à confier était qu’il avait un frère  aîné qu’il haïssait. Cette haine prit sa source quand sa mère lui révéla (à sa demande «  Je lui ai demandé si je l’avais tétée ; j’avais six, sept ans« ) – que son grand frère lui avait bouffé les seins. Des crevasses, des infections – aux dires de celle-ci – l’avaient traumatisée en faisant de ses seins des masses informes que « moi, le petit dernier » c’est à dire Robert n’avait pas eu le droit de téter…De séance en séance, il avoua avoir toujours fantasmé sur la poitrine de sa mère qui la « cachait par des vêtements près du corps » sans jamais l’exhiber.  » Je ne l’ai jamais vue en maillot de bain alors que nous avions une piscine. Elle était trop pudique ». Sa mère avait trente huit ans de plus que lui et «  il s’agissait d’une époque » où les femmes « comme il faut, ne s’exhibaient pas en dehors du mari.« 

Je passe les détails concernant la haine du frère qui faisait écran à la colère qu’il avait envers sa mère…Elle touche une autre problématique débusquée par  cette analyse qui ne concerne pas le sujet abordé de la masturbation…Donc, sa quête désespérée et épuisante est le seul but de sa vie, mais il n’en peut plus  » parce que les femmes en ont marre que je les prenne pour des vases à sperme; je suis en plus très cruel avec elles. » Il finit par convenir qu’il était très en colère contre elle. « J’avais deux ans de moins que mon frère; elle aurait pu essayer au moins une fois, pour voir; en deux ans ses seins étaient guéris et moi je ne les aurais pas abîmés, j’aime trop ça les seins. Pourquoi me l’a telle dit? » En fait la mère finit par avouer à Robert qu’il n’était pas désiré: « En ce temps la pillule n’existait pas; je suis le rejeton d’un diagphragme rejeté » D’où la haine pour le frère qui faisait écran à la haine pour sa mère qu’il aimait démesurément. Et qu’il cherche en vain sous le corsage des  femmes.

La demande de cet homme : que son corps devienne sage. Son désir: vivre normalement une relation sexuelle où le corsage des femmes ne soit plus une obsession. Il dit bien aller maintenant, il est serein; il vit en couple avec une femme depuis plus de huit ans dans une belle relation de partage.

Onanisme : encore une histoire de famille vieille comme la Bible qui voudrait nous faire endosser une faute qui ne nous incombe pas : l’histoire d’Onan est celle dont parle le dictionnaire (Hachette) en ces termes: Personnage biblique, second fils de Judas; contraint par la loi des patriarches à susciter une « postérité » à la veuve de son frère, il éluda cette obligation en « fraudant » par terre (Génèse XXXVIII) Aussi l’Eternel le fit-il périr. Autrement dit : sur l’injonction de son Père en accord avec Dieu, Onan devait  engrosser sa belle sœur, la veuve de son frère Èr; Onan refusa d’obéir sachant que cet enfant ne serait pas le sien en répandant sa semence par terre (il frauda par terre). Cet acte de désobéissance lui valut la mort et l’invention de la contraception.Par le refus de faire naître une descendance à son Père, en révolte contre lui, naquit la contraception suite à ce coït interrompu.

Or, dans le dictionnaire faisant suite à Onan, nous pouvons lire onanisme qui sans autre explication nous renvoie au mot masturbation. Pour les frileux de ce génial livre, onanisme et masturbation sont identiques dans leur définition. Ce n’est pas vraiment le cas puisque l’un (onanisme) concerne une interruption volontaire du coït – lors de l’accouplement à des fins de non reproduction et l’autre une manipulation sexuelle plaisirogène à des fins orgasmiques. C’est quand même pas la même chose, non?

A l’origine donc, ce fameux Dr Tissot fort de la révélation du sperme  contenant la vie, répandit l’idée de fin du monde en laissant croire que la masturbation engendrerait un génocide planétaire si on laissait faire les hommes à ne satisfaire que leur plaisir sans engrosser les femmes. Mais qu’arriverait-il à la planète Terre sans terriens pour la peupler? On attribua donc à cette pratique tous les maux exterminateurs allant de la pâleur cadavérique à la maigreur squelettique. Le pratiquant étant peu soucieux de lui-même devient sale, malodorant, exsangue, amorphe atteint de débilité, incapable de bouger de son lit dont il remplissait les draps de ses excréments…Vision apocalyptique décrite sous la plume du Dr Tissot dont il reste encore traces, hélas, de nos jours dans l’esprit du commun des mortels mais aussi de certains psychanalystes pour qui la masturbation est d’être restée bloqué au stade infantile. (Nous en parlerons plus tard). Le sexe en solitaire devenait répréhensible et nuisible à la société à cause de la dénatalité qu’elle était supposée engendrer, brisait le lien conjugaldétruisait la famille, base essentielle de la société. Dr Lallemand in Les pertes séminales en 1838, nous renseigne Ph.Brenot.

Rien ne vous oblige mais rien non plus ne vous interdit de vous aimer car comme le dit Woody Allen,  (rappelé dans un commentaire par Lillith) « Ne te moque pas de la masturbation, c’est faire l’amour à quelqu’un que j’aime ». Sur ces paroles sensées, je vous souhaite de passer une très bonne soirée.

Comme précédemment c’est avec l’aide  du livre « Eloge de la masturbation » de Ph.Brenot que nous allons continuer le pèlerinage vers notre centre intime. Avant S.A.Tissot (1728) maître après Dieu  et créateur du mythe du fléau masturbatoire, on se masturbait allègrement dans les chaumières, sans y trouver à redire, sans que cet acte soit répréhensible ni comme pouvant mettre un terme à l’espèce humaine. Un siècle plus tôt avant ce médecin, la masturbation n’était condamnée ni par l’Eglise ni par la médecine ni par la société qui mettait seulement en garde contre ses excès. Il a suffit de la publication d’un ouvrage de Samuel Tissot en 1758 « Essai sur les maladies produites par la masturbation »  pour mettre le feu aux poudres et réveiller la chasse aux sorcières en transformant durablement les habitudes et la morale jusqu’au début du XX° siècle…  Mais avant cela, la découverte du spermatozoïde par Leeuwenhoek et  de son contenu vivant changea la donne des savants et des philosophes de l’époque  qui durent repenser la morale sexuelle à la lumière de cette nouvelle et étonnante perspective.(Ph. Brenot)  La publication d’un ouvrage anonyme attribué par Tissot à un certain Dr Bekkers : Onania ou le Péché infâme de la souillure de soi et toutes ses conséquences affreuses chez les deux sexes, avec des conseils moraux et physiques  à l’adresse de ceux qui ont déjà eu préjudice de cette abominable habitude dont Voltaire en recense  vingt quatre édition – rien que ça!-, met en marche le complot médico-religieux en condamnant la masturbation.

Au cours des XII et XIII ème siécle,  l’acte solitaire se vivait librement dans le plaisir, aucune condamnation n’y portait atteinte en ne laissant que peu de traces dans la littérature, si ce n’est quelque satire burlesque qui fait toujours de l’acte solitaire une alternative plaisante, mais stérile, au plaisir fécondant.  Elle (la littérature) nous informe sur l’acte solitaire comme étant un substitut quand il ne peut se réaliser à deux, un jeu de l’amour dans les préliminaires recommandé par Ambroise Paré; elle a toujours chanté la légitimité et …l’honnêteté de l’acte le plus naturel et le plus nécessaire à la nature humaine. Cette ambiance libre, érotique relativement libertine, est à mille lieux de penser à la tourmente qui va s’abattre au XVIIème causée par Tissot et ses préceptes liberticides auprès duquel  se confesseront Rousseau et Diderot qui tout deux se compromettent dans cette morale assassine. Ces deux là avaient le sexe solitaire, coupable, d’autres tourmentés par lui comme le fut Julien Green; certains refoulèrent les « mauvaises habitudes » ainsi firent Proust et Gide, et d’autres encore comme Sachs et Emmanuelle y trouvèrent une immense joie…

Il semblerait que le terme masturbation soit apparu sous la plume de Montaigne, écrivain lucide empreint de sagesse. Libre penseur et penseur libre de tout dogmatisme, Montaigne s’appuyant sur la Raison et la Nature était défenseur du loisir, du bonheur et de la Liberté de l’homme. Pendant plus d’un siècle coexistent deux mots manustupration (de manus, main et stupratio, action de souiller) et masturbation (du latin masturbatio, ou du grec mastropeuein, prostituer). L’usage de ces mots était rare puisqu’en ce temps de Montaigne la masturbation n’est pas frappée d’interdit mais a plutôt sa place naturelle  dans la maturation et dans l’épanouissement sexuel (Ph.Brenot) Il fallut attendre 1835 pour que ce mot fasse son apparition dans la sixième édition le Dictionnaire  de l’Académie ! Avant la naissance du mot masturbation, on se manuélisait, on se clitorisait. Se manuéliser ou se clitoriser était le seul moyen d’être sage au couvent, en prison, avant le mariage et en toutes circonstances où il ne fallait user des organes de la génération qu’à des fins de procréation.

À la fin du XIX on doit à un médecin anglais l’invention du terme autoérotisme qui définit la masturbation comme un fait naturel sans conséquence pathologique. Mais avant d’en arriver là, il faudra encore faire la différence entre celle-ci et l’onanisme. A bientôt pour la suite, en attendant soyez sage!

Enfin, elle aborde le sujet! J’entends d’ici (de ceux qui me l’ont demandé) les ravissements et le dédouanement (si tant est qu’ils en aient encore besoin pour continuer leur pratique auto-érotique). Car pourquoi aborder le sujet de la masturbation si intime et si commun (surtout à la majorité des hommes)? Tout simplement parce qu’au même titre que la sexualité dont elle fait partie, la masturbation, quand elle est évoquée  lors des séances en psychothérapie, l’est toujours  avec beaucoup de gêne. Sous-jacents à sa pratique d’innombrables qualificatifs  définissent le masturbateur (personne qui se masturbe) comme coupable, honteux, pécheur pour certains, acte contre nature pour d’autres, sans oublier la mention « sale » souvent ajoutée dès que l’aveu de la faute est exprimé.

Pour pouvoir vous entretenir sur ce sujet aussi sensible que tabou, j’ai ressorti de derrière les fagots le petit livre de Philippe Brenot dont le titre, il y a quelques années, avait attiré mon attention : « Eloge de la masturbation« . Je vais donc essayer de le résumer pour en finir avec ce qui demeure encore aujourd’hui, même si c’est moins prégnant, autre chose qu’une étape nécessaire et indispensable à la maturation et le garant de l‘autonomie sexuelle dans le couple comme le précise Ph. Brenot. La masturbation n’est ni sale, ni honteuse, ni perverse, ni réservée à l’adolescence, ni aux célibataires!

La masturbation est une pratique manuelle qui se joue en solitaire ou en couple et aboutit à l‘orgasme. Elle reste cependant le tabou le plus solide de la morale occidentale. Elle est sujette à bien des culpabilités à qui la pratique. Pourtant pouvoir en parler comme on parle de la sexualité, permettrait à sa nature aux fonctions multiples, de dédramatiser, de libèrer les tensions.  Après vous avoir mis l’eau à la bouche et la main au panier, je continuerai à vous en parler dans les jours qui viennent. En attendant la suite faites-vous plaisir et délivrez-vous des préjugés assassins auxquels elle était enchaînée.