Quelques heures après après l’annonce de la Palme d’or, attribuée cette année à Michael Heneke pour son Ruban blanc, la Planète Festival s’est désagrégée. Comme chaque fois la remise de la statuette désintègre la folie qui s’empare de la Croisette pendant 12 jours consécutifs enflammant les attroupements hystériques en bas des marches du palais. Palais où les princesses appelées star pavoisent en décolletés plongeants sur des attributs restitués par la chirurgie, lèvres en moue botoxées, gorges parées de perles et de diamants, incontournables accessoires prêtés par les joailliers pour monter les marches au tapis rouge. Mais le Festival est bien plus que ce qui s’exhibe en bas des marches puisque tout se passe dans la salle obscure. Les montées du matin, séances de 9h,11h, quatre à quatre en jeans et T-shirt pour les professionnels du cinéma, les rubriques des journaux de cinéphiles. C’est aux marches du soir qu’est le véritable spectacle sous les sunligts, habit de gala et nœud pap, le gratin s’enfourne à l’intérieur, s’installe après l’ovation rituelle. Tout devient silence religieux et noir le plus complet pour restituer la recette faite d’émotions, de violence, de sexualité qui fera un soufflet bien gonflé ou tout raplapla selon les films projetés. Le Festival offre une vitrine pour certains films qui n’ont aucune chance d’exister dans leur pays d’origine. Tel le film chinois « Nuit d’ivresse printanière« tourné sous le manteau par Lou Ye, réalisateur interdit de tournage pendant 5 ans dans son pays. Les films quelle que soit leur provenance parlent de vies, de sociétés, de cultures différentes et se rejoignent finalement dans les émotions, les réflexions, les politiques, les frustrations, les entraves à la liberté… Tout est dit dans la multitude de projections (20 films en Sélection officielle, compétition pour la Palme, plus les hors compétition, sans compter toutes les projections pour des sélections parallèles : Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique, les Écrans Juniors, l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion -ACID). Ça fait du monde et beaucoup de films à voir, quand on dispose de temps nécessaire et l’envie du cinéphile indispensables.
Beaucoup parlent de sexualité. Interdite, comme l’homosexualité interdite en Chine ou dans les pays à l’orthodoxie religieuse; sexualité pulsionnelle, démontrant l’animalité de l’homme évoquant la scène primitive (papa, maman dans un coït effréné surpris par l’enfant). Étaler les névroses sur l’écran, est-ce un moyen pour interroger nos propres névroses et y remédier ou seulement satisfaire nos fantasmes de voyeur par pellicules interposées? …
Et puis, tout ayant une fin, l’Huppert présidente Isabelle, ayant remis la Palme d’Or, les Cannois peuvent réinvestir l’espace; les barrières qui encerclaient le large périmètre du Palais en parquant les festivaliers ne sont déjà plus le lundi matin à l’aurore. Les citadins repartent à l’assaut de leur ville et commenteront encore pendant quelques jours les prix décernés sans avoir vu, pour la plupart, un seul film. Il nous reste 365 jours pour repartir dans le délire du « cinématographe » comme disait mon grand père qui avait dû assister à la projection en plein air d’un ou deux films, dans sa vie, sur la place du village, en été.


juillet 24th, 2011 - 8 h 04 min
Merci Amaya !
Lyli