« Rousseau considère la masturbation comme un acte coupable, tout particulièrement chez les autres. Ni Sade, ni Meslier n’ont condamné la masturbation, ni même Diderot, cité dans les articles précédents, dans son livre “ Le Rêve de d’Alembert” non publié de son vivant, défend l’homosexualité et la masturbation. » C’est un besoin, disait Diderot, et quand on n’y serait pas sollicité par le besoin, c’est toujours une chose douce. » Comme le fait remarquer ce commentaire, la littérature s’est nourrie de la sexualité sans oublier sa part la plus intime, la masturbation.
Dans la littérature, la sexualité, l’amour et ses dérives, sont depuis toujours au devant de la scène, ont toujours inspiré les écrivains, les poètes, et plus près de nous les cinéastes. La littérature et le cinéma ont toujours été à l’avant garde pour refléter la conscience intérieure, la morale de chaque époque, bien au delà des opinions scientifiques, religieuses ou même sociétales. Faisant ainsi, la littérature participe à l’émancipation des lecteurs en contrevenant aux lois et lèvent ou dénoncent les tabous en vigueur. Selon les époques, la littérature et le cinéma relatent la « chose » sexuelle » soit avec pudeur et de manière voilée, soit avec ostentation. Ils parlent du corps et de ce qui le met en mouvement; parlent d’érotisme et de pornographie. De la masturbation, Martial à l’époque de la Rome libertine, déclarait dans un texte en parlant de sa main – de ta putain de gauche tu uses , et fais servir ta main amie à tes plaisirs ».
De de Sade, dont les longues années d’incarcération élève l’acte solitaire au rang de culte, de nécessité et même d’un art de vivre, à de Nerval qui affirme « On n’est jamais si bien branlé que par soi-même » tous avouèrent leur plaisir solitaire. Jean Jacques Rousseau quant à lui, suite à son refuge à Genève consécutif à sa condamnation devient l’ami de ce cher Dr Tissot par qui toute la répression arriva; (pour mémoire voir premier article). Tous deux ont été élevés dans la bourgeoisie calviniste par des pasteurs hostiles à la sexualité, tous deux nourris au dégoût sexuel découvrent à l’adolescence l’Onania de Bekkers. Cette publication inspira Tissot pour l’écriture de la Masturbation et l‘Émile pour Rousseau, dans lequel il dira « S’il connaît une fois ce dangereux supplément, il est perdu. Dès lors il aura toujours le corps et le cœur énervés; il portera jusqu’au tombeau les tristes effets de cette habitude, la plus funeste à laquelle un jeune homme puisse être assujetti…Si les fureurs d’un tempérament ardent deviennent invincibles, mon cher Emile, je te plains ». Pauvre Jean Jacques dont l’Emile fut brûlé en place publique à Paris et lui-même condamné par le Parlement. Pourtant ce pauvre Rousseau, inhibé sexuellement, sera chaste sa vie durant avec celle qu’il nomme « maman » et ceci expliquant certainement cela, il n’en fut pas moins un masturbateur solitaire et régulier, lié à une période d’exhibitionnisme, de fétichisme et de soumission masochiste. On ne va pas s’éterniser sur Rousseau, mais seulement préciser, qu’à la suite de sa rencontre avec Tissot, il avoua son crime d’avoir perdu non sa virginité mais son pucelage! Ce vice, cette honte, ce funeste avantage, ce dangereux supplément tels sont les termes pour autant de prétextes hypocrites que Rousseau ami de Tissot, employait dans l’Emile qu’il confessa. Zola de son prénom Émile dira dans Nana » Nana s’était absorbée dans son ravissement d’elle même« ; avec quelle délicatesse Zola parlait de la masturbation.
Tout près de nous Céline, Le Breton et son argot, Henri Miller et ses délires, Georges Bataille et ses obsessions maternelles et parmi tant d’autres, Bukowski dans ses « Mémoires d’un vieux dégueulasse » témoignent d’un libertinage actuel, affranchi des tabous sexuels appelé fantaisie érotique par certains et par certains autres perversion. Pour Louis Aragon la première femme qu’il aima lui rappelait ses habitudes solitaires et anciennes. Nous n’oublierons pas Violette Leduc avec Thérése et Isabelle édité en 1966 après deux ans d’interdiction. Plus près encore au féminin est Emmanuelle Arsan avec son tapageur « Emmanuelle« …Nous arrêterons là, puisqu’il faudrait noircir autant de pages que d’œuvres et d’auteurs pour faire le tour de ce plaisir souvent comparé à celui de l’écrivain dont l’écriture est un acte de plaisir solitaire mais qui finit par fatiguer la main.

