« L’érotisme ne peut être envisagé, que si l’envisageant, c’est l’homme qui est envisagé. …En particulier, il ne peut être envisagé indépendamment de l’histoire du travail, il ne peut être envisagé indépendamment de l’histoire des religions »
D’après Georges Bataille, dont citation ci-dessus issue de « L’érotisme« , il existe trois sortes d’érotisme: l’érotisme des corps, l’érotisme des cœurs et pour finir l’érotisme sacré. Dans l’érotisme des corps tout est mis en œuvre pour atteindre le plus intime en nous. Cet état de l’intime, impliqué dans le désir érotique, préfigure la dissolution de l’être que nous sommes – c’est ainsi que l’on parle d’une vie dissolue, en désignant une personne qui a une importante activité érotique.
Dans ce premier mouvement des corps unis dans l’érotisme, ne retrouve t-on pas la violence faite par la violation de l’intime de l’être des partenaires? Cette violation confine à la mort dont la « petite mort » en figure une représentation. « Il y a dans le passage de l’attitude normale au désir, une fascination fondamentale à la mort » (G.Bataille) Cette violation, consentie et recherchée, qui œuvre dans l’érotisme, va déstructurer l’être fermé et discontinu (état normal) des partenaires. La nudité (se mettre à nu aussi bien symbolique que physique) qui accompagne l’érotisme dépossède d’un état établi, d’un Moi (dis)continu et entier, d’une forme de vie sociale, régulière.
L’érotisme des cœurs différemment de l’érotisme des corps, matériel, fait lien avec le sentiment amoureux des partenaires entre eux. Et c’est de ce sentiment souvent passionnel que surgit la violence. Cet état de passion introduit un trouble, un dérangement si grands qu’ils peuvent atteindre, sinon souhaiter, la mort. La sienne ou celle du partenaire : « Je préfère mourir que de le perdre; ou le tuer plutôt qu’il s’en aille »; paroles entendues relativement souvent dans la consultation pour une problématique passionnelle. Car comme nous l’avons vu à l’article « La passion » celle-ci est intimement liée à la souffrance, et, ai-je envie d’ajouter, elle lui est proportionnelle. Puisque « seule la souffrance révèle l’entière signification de l’être aimé« , c’est toujours Georges Bataille qui le dit.
La passion nous engage hors de nos limites que sont les interdits, elle nous engage dans la souffrance, puisqu’elle n’est au fond que la recherche d’un impossible. La recherche d’un impossible que l’on pense avoir trouvé durant le temps que dure la passion – celle-ci unissant deux êtres pour n’en faire qu’un – cet impossible étant de pallier notre solitude. Cette promesse illusoire qui ne dure dans la passion que le temps d’une fusion de deux corps, peut être meurtrière si on la tient pour réalité en désirant la perpétuer dans la continuité. Cependant on retrouve dans la passion la vérité de l’être et sa continuité: « L’acte d’amour est un aveu » disait Albert Camus.
La continuité de l’être se façonne depuis la nuit des temps par le travail (on peut voir les outils retrouvés – entre autre – dans les grottes de Lascaux, dans les tombeaux). Le travail met en conscience de la mort et fait partie, avec les interdits réglant et limitant la sexualité, des conduites fondamentales qui gèrent le genre humain. L’érotisme découle de cette évolution, de cet aspect de la vie intérieure liée à la religion (religion voulant dire relier)
Faire se rejoindre l’érotisme et l’amour, telle fut la découverte de nombreux chercheurs de l’amour. L’amour - au sens du don, de l’altruisme, de la compassion, la sexualité d’où s’origine l’enfant et l’érotisme dont est issue toute sensualité, sont des formes compatibles de l’amour et, peuvent, ensemble, former un pont unique pour atteindre la rive du divin. On en reparle bientôt.

