Le profane et le sacré s’entremêlent dans le monde. Le monde profane est celui des interdits. Le monde sacré, celui de la fête, celui du plaisir jusqu’à la licence; il est le monde des rois et des dieux et à ce titre il autorise la transgression. Dans l’érotisme la transgression est mise en évidence par la dimension du plaisir qui en découle. Ne retrouve t-on pas dans l’érotisme cette création paradoxale ayant valeur d’attrait suscité par l‘interdit?
La détermination de l’érotisme est primitivement religieuse… d’après Georges Bataille. Or, l’érotisme fut condamné par le christianisme; cette religion s’érige en forme de dogme (faire confiance à une personne – d’église – supposée avoir eu l’Expérience). Sans pour autant chercher à polémiquer, c’est à ce niveau que le bât blesse, puisque dans l’érotisme il s’agit de se référer à sa propre « expérience intérieure ». Avoir sa propre expérience intérieure sans l’accord du religieux qui tient les fidèles sous son joug en interdisant l’accès à la connaissance de la vie et de la mort. Le paradis est ici dans la conscience pleine et totale et non dans un au-delà hypothétique. Les missionnaires prosélytes envoyés dans les pays aux cultures dites sauvages, forcèrent le trait d’un paradis ailleurs que terrestre. Ils occultèrent le fait que ces peuples pouvaient avoir une autre vue et une autre approche de l’acte religieux (animiste, par exemple) et s’en servirent pour museler la masse.
C’est là que la transgression – par sa propre expérience érotique – vient balayer toutes les autorisations religieuses. Atteindre son être au plus intime et apprendre sur l’autre et sur soi, n’est possible que par cette expérience. N’est-ce-pas à cause de l’interdiction par une quelconque instance qu’il est jouissif de s’y adonner? Sans l’interdit, sans le primat de l’interdit, l’individu ne serait jamais parvenu à la conscience claire. Pour exemple les gros mots interdits aux enfants qui s’y adonnent avec délectation.
Pécher: voilà où se situe le mal pour le judéo-christianisme : aborder la Connaissance comme Adam et Eve, premier homme, première femme. Ils ont entaché toute leur postérité en mangeant le fruit défendu, fruit de la Connaissance du bien et du mal, de la Vie et de la Mort. Ces êtres de la mythologie biblique, chassés du Paradis Terrestre, ont servi de prétexte pour poser l’anathème sur les générations suivantes. C’est ainsi que, dans l‘inconscient collectif, la sexualité entre deux êtres (en dehors du mariage de même qu’à l’intérieur de celui-ci s’il n’est pas consommé au seul titre de la procréation), a été érigée en interdit et qui le transgresse sera interdit d’accès au paradis. Cependant l‘interdit(inter-dit) sur lequel est basé en conscience notre humanité (interdit de l’inceste, du meurtre) barre l’accès à la violence – notamment sexuelle. Or, la violence s’est construite à cause des interdits qui n’ont pas pu se dire, elle s’est constituée sur son refoulement. Transgresser l’interdit provoque l’angoisse en faisant apparaître l’expérience (inconsciente, là encore) du péché, du mal. Si la transgression est réussie, le maintien de l‘angoisse portée par l’interdit, sera d’en jouir.
Car la connaissance de l’érotisme ou de la religion demande une expérience personnelle de l’interdit et de la transgression.
Reconnaître l’expérience érotique – sans la dimension intérieure – ferait preuve d’un état maladif. Ne dit-on pas : je suis malade d’amour?Dans ce cas là, l’amour devient un objet extérieur, une expérience seulement connue du dehors, qui, demeurant au dehors du champ de conscience devient une expérience mineure. Ainsi l’interdit devient névrose que l’on allait jadis confesser au prêtre, aujourd’hui que l’on confie à son psy. L’interdit met en place la peur (de transgresser) en empêchant le désir. Or, le désir seul conditionne l’expérience intérieure, la transgression signe cette expérience. La passion transfigure comme nous avons pu le voir au chapitre » la passion« . Il semblerait que la raison de cette transfiguration incombe à l’interdit transgressé.
Les deux interdits essentiels concernent la mort (le meurtre, tu ne tueras point) et la sexualité (le tabou de l’inceste). La violence est libérée dès qu’il y a transgression. La transgression efface les limites par la levée de l’interdit, la violence résiduelle, en tant que pulsion immédiate, ressurgit. La sexualité est le lieu où s’exprime facilement cette violence, lieu où la raison cesse d’agir…
Tout est en place dans la chaleur de l’été pour vivre un érotisme torride! Qu’attendez-vous?

