Au sujet de la passion, comment savoir à quel moment décrocher ? C’est comparable à la drogue. Doit-on suivre sa raison ou sa passion ? V, une jeune femme me posait cette question à laquelle je vais essayer de répondre.
La passion du latin patio veut dire « souffrir ». La passion est être dans une relation où aimer crée la souffrance, souffrance qui prend toute la place. « Je l’ai dans la peau » diront les passionnés. Cela exprime en même temps une joie intense, extériorisée où se mêle en parallèle une sourde et pesante inquiétude due à une relation trop violente, lourde à vivre parce que trop puissante.
Vivre la passion est vivre possédé. Vivre la passion est être tenu par un lien enchaînant. Un lien étrange avec ou sans lequel on ne peut vivre. Un lien tel que même l’amour à l’intérieur de cette liaison ne peut y être vécu. La passion ravage; elle enferme deux êtres dans un univers unique; elle efface le passé, ne projette pas d’avenir, elle ne se vit qu’au présent de l’autre. La passion exécute une danse possessive, macabre qui entremêle deux corps où l’acte sexuel est une domination fatale qui se termine par un orgasme cataclysmique proche de la mort.
Céder à la passion c’est s’enfoncer dans une voie destructrice, dans un puits sans fond d’où il est pratiquement impossible de remonter puisque le vide est fait autour de tout ce qui ne la concerne pas. C’est aller chercher, c’est vouloir trouver quelque chose qui n’existe pas. C’est avoir une démarche animale, archaïque.
D’après certains auteurs, vivre une passion c’est répéter un lien pathologique vécu avec sa mère, en même temps que combler un vide laissé et créé dans ce lien jamais satisfait. L’enfant en perdant la mère, perd le point d’ancrage et tout son univers s’écroule. Ce qui procure un sentiment proche de la mort en même temps qu’une jouissance extrême. La passion entre adultes sert à masquer le premier manque (maternel) qui sera recherché dans le corps, l’odeur, la voix de l’autre. Elle met en jeu tous les sens. Or, le manque maternel est incomblable bien que ce soit ce manque là qui est recherché dans la passion. Ce manque là, n’a jamais existé, n’a jamais été vécu sous ce mode, il est donc inconnu. (Si ce n’est pas le cas, il s’agit d’un lien incestueux). Ce qui est recherché est la représentation de ce que l’enfant était supposé être : tout pour sa mère. L’illusion. Le narcissisme premier de l’enfant : « Je suis tout pour ma mère. Et sa raison de vivre«
La passion est une maladie d’amour. Ce qui se cherche dans la passion : un Rien. Rien de ce qui n’a jamais existé que dans le fantasme d’un enfant. Ou un trop qui s’est vécu de manière fusionnelle, c’est à dire dans cet état qui consiste à aimer et être aimé violemment, de manière destructrice. Un état qui ne laisse aucune place à être Soi.
Se poser la question comme l’a posée V est déjà avoir un éclair de lucidité dans la compréhension quant au rapport destructeur de ce phénomène qu’engendre la passion. Alors suivre la raison peut être le début du tunnel pour décrocher de cette dépendance. Mais pas suffisante. Pour suivre sa raison, quand elle est encore là, il sera indispensable d’aller fouiller dans l’enfance, dans ce qui a été vécu trop ou pas assez dans la relation mère/enfant. Suivre sa passion sera rester dépendant d’une souffrance masochiste qui confine au désir de mourir. À la pulsion de mort.
Quel sera le chemin ? Le choix semble facile pour qui n’a pas connu la passion!

