Tout dans le langage familier peut prendre une coloration sexuelle; qu’il s’agisse d’animaux de compagnie ou de fruits ou légumes comme nous allons le voir.
Tant mieux si Étienne a la queue encore verte comme celle du poireau, malgré ses tempes grises. L’heure finira par arriver où comme nous tous Étienne mangera les pissenlits par la racine. En attendant faire et défaire c’est toujours travailler comme disait la grand-mère à sa petite fille aux yeux myrtille, ou noisette et en amande; ça dépendait de la couleur des lentilles. Car à l’âge où ils commencèrent à se dessiner, Marie ne put choisir la forme de ses seins : poire ou pomme selon la femme qu’elle devint. La grand-mère aujourd’hui n’existe plus. Eugénie, c’était son prénom, avait sur la fin de sa vie des fesses en goutte d’huile (d’olive?) et se muscler, n’aurait servi à rien, vu son âge. Elle en voulait à Marie d’avoir les jambes longues comme deux asperges et de ressembler à Barbie sans vinaigrette. De cette poupée Marie n’a gardé que l’âge (cinquante ans cette année) et ses longs et blonds cheveux pareils aux blés du champ qui jouxte le jardin d’Eugénie, la mère-grand. Et le couteau qui crisse comme le chantait Léo. Léo? Oui, Ferré, banane! Quand Marie écoutait Léo, ses yeux de biche partaient dans le vide et devenaient secs. Mamé la ramenait sur terre en lui faisant éplucher des oignons pour la faire pleurer; elle en profitait pour cuisiner la purée Soubise. Quel régal, la purée Soubise ! Eugénie était un tantinet sadique avec ses oignons. Marie s’obligeait à manger des carottes pour avoir les cuisses d’un bel étalon, tout en gardant son beau teint. L’étalon dans l’écurie était le fantasme de mamé; Marie pestait » Toi, tu ne devrais manger que des carottes, peut-être deviendrais-tu aimable ». Faut dire que le grand-père n’avait pas besoin d’avaler de pruneaux, Eugénie faisait office de laxatif pour toute la famille.
En grandissant les lèvres de Marie devinrent des cerises, bigarreaux, griottes selon le maquillage. Des cerises à l’eau de vie quand elle rentra pompette le soir de son premier bal du village Rabajoie. Le lendemain elle n’avait plus sa peau de pêche et Eugénie fut une vraie peau de vache. Une nuit suffit à Marie pour s’émanciper. Sure d’elle, elle demanda à sa grand-mère de lui lâcher la grappe, d’arrêter de lui casser les noix. Eugénie, outrée d’un tel langage, l’accusa de parler comme un mauvais garçon, un charretier; elle pivota sur ses gambettes en montrant son derrière de potiron-cuit- et ron et ron petit patapon!
Que vient faire cette histoire de fruits et légumes dans un blog sur la sexualité? Tout y ramène n’en déplaise à Etienne : du régime crétois au beurre dans les épinards, nombreux légumes et fruits peuvent avoir une connotation sexuelle. D’ailleurs d’après les jeunes gens, c’est dans les vieux pots qu’on fait de bonnes soupes. Alors sans pour autant être ni gérontophile ni gérontophobe vaut mieux mettre de jeunes poireaux dans le pot au feu. Patate!

