Écriture d’invention par Oriana, adolescente de 16ans.
L’énoncé : Imaginez la suite du discours sur l’autodafé que Candide (de Voltaire) pourrait prononcer pour sa défense devant le Tribunal d’Inquisition.
Pris de cours dans ses réflexions peu approfondies sur le triste sort de ses compagnons, Candide se fit conduire au tribunal de l’Inquisition non loin de Lisbonne, sans se faire prier. Une fois rendu, des hommes d’Eglise vêtus de blanc et ceux de Justice en noir étaient dressés de chaque côtés du condamné ; cela le fit penser à une cérémonie matrimoniale.
Un homme, placé en hauteur et dominant admirablement l’ensemble de la salle prit la parole :
« - Vous, jeune homme, êtes condamné pour avoir survécu à ce bel autodafé, ce qui a réveillé la rage de notre si belle terre comme vous le dites si bien et qui, pour nous le faire savoir, l’a faite remonter à la surface une deuxième fois.
- Moi ? Un condamné? Qu’ai-je fait ? Moi pour qui tout était merveilleux… Comment cela peut être un délit ? Comment peut-on trouver la mort à ne pas manger de lard ou épouser celle que l’on aime qu’elle soit amie ou commère ? Comment cette terre où nous vivons puisse t’elle être considérée comme la plus belle des terres possibles s’il on vous condamne pour avoir soutenu que tout ce qu’elle avait à nous offrir était bien ?
Bien entendu, nous ne répondrez pas à mes questions, d’ailleurs qui pourrait y répondre?…Moi je suis condamné ? Pour avoir subi depuis mon exil toutes les mauvaises aventures que le ciel avait à offrir ? Je suis fessé en cadence devant des spectateurs émus du spectacle et par cette belle musique. Aurais-je dû trouver la mort, comme la somptueuse Cunégonde aux entrailles sanglantes? Comme le vaillant Pangloss qui a emporté toutes ses théories avec lui ? Que va-t-il penser du plus merveilleux des mondes désormais? Il doit sûrement avoir une vision de la chose bien différente de l’endroit où il se trouve à présent… »
Candide regarda en direction du ciel, en direction du sol, ce sol qui l’avait jusque là porté et qui en tremblant allait lui enlever toute liberté ; puis il releva la tête et une larme coula le long de sa joue ; dans cette larme aussi petite soit-elle se trouvait la réponse à toutes ses questions. Il comprit alors qu’il était innocent. Il fit un pas en avant en regardant longuement ce damier gigantesque d’hommes se trouvant face à lui.
« … Moi, le condamné qui fus fessé pour avoir simplement soutenu, et, pour mon plus grand malheur, que cette terre diabolique était la plus belle. Moi qui viens de perdre femme et compagnons pour celle qui m’a aveuglé ! Moi je suis Innocent ! Je ne peux être condamné pour l’amour aveugle que j’ai porté à ce monde qui aurait dû, d’après les sages, être conçu pour nous accueillir, pour faire de nous des hommes libres, non pour nous y enfermer. Ce n’est pas le monde qui nous fait mais nous qui faisons le monde. Nous ne sommes rien face à cette immensité féroce, dont un simple battement de cœur fait trembler et démoli une ville entière.
Ce ne sont pas vos cérémonies carnavalesques et vos flammes bienfaitrices qui pourront y changer quoi que ce soit.
Regardez-vous échiquier géant ! Tous vêtus de noir et blanc dans l’attente que l’on vienne vous donner des ordres à exécuter tels des pions à vous approprier la liberté d’un homme. De cette liberté qu’en ferez vous ? Personne ne voudrait d’une liberté volée.
Le monde est en réalité un être cruel qui souffre du mal que les hommes lui infligent et s’infligent entre eux.
« Je suis innocent, innocent d’avoir cru que tout cela était vrai ! Insouciant à tel point que je n’ai pas pu me rendre compte du réel spectacle de la vie, celui qui se déroule derrière le rideau. Vous êtes condamnés, condamnés du monde, répandant le mal, le vice et l’injustice autour de vous. Vous ne voyez qu’au travers des usages, en vous cachant derrière vos rôles et vos costumes aussi beaux soient-ils. Vous vous êtes condamnés vous-mêmes.
Je suis innocent, je suis libre. Je suis en vie. »
À ces mots Candide comprit qu’il s’était passé quelque chose en lui, comme si la rage que la terre cherchait à faire remonter à sa surface avait traversé son corps, son cœur et son esprit afin qu’il prenne enfin conscience de son rôle sur terre, cette terre qui va lui permettre enfin de grandir et de s’épanouir.
Les adolescents s’opposent pour mieux se poser. Et même si Candide n’était pas un adolescent mais un adulte, il est utile de relire les textes d’une autre époque, les fables et les contes, nous pouvons y vérifier l’omniprésence de la violence.
Merci à Oriana de m’avoir confié sa belle et lucide imagination et d’avoir accepté que je le publie sur le blog.


février 25th, 2010 - 17 h 53 min
Ca me fait plaisir de partager ce petit devoir !
<3 <3 <3
JE T 'AIME !
février 25th, 2010 - 18 h 15 min
moi aussi Oriana, j’ai eu du plaisir le mettre en forme pour le publier.