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D’un rendez annulé, je saisis l’aubaine, trop belle, pour aller faire un tour dans le jardin. Je descends lentement les marches qui mènent au parc où je n’irai pas. Les  branches  des arbres ont été coupées et il ne reste du seul eucalyptus qu’un tronc débarrassé de ses écailles et des moignons qui rendent l’aspect de ce qu’il en reste  tristounet. Amputé, l’eucalyptus n’a plus rien d’élégant encore moins de majestueux; il est maintenant isolé de la fraternité des pins dont les branches pareilles à des bras se touchaient, s’embrassaient presque. Pauvre Eucalyptus ! Il paraît bien seul au milieu du parc et les pins, dont les jardiniers ont aussi raccourci les branches, sans toutefois les transformer en arbre-tronc, se détournent, arrogants, de cet arbre castré qui n’a plus rien à exhiber qu’un tronc pâle, lisse, triste à pleurer.

Assise sur une marche face au soleil, je respire profondément en méditant sur la beauté de la végétation qui m’entoure. Le bruit léger d’un craquement me fait ouvrir les yeux sur un écureuil dont la queue en panache roux, saute de branche en branche et, se retrouvant sur l’herbe, sa tête, un coup à droite, un coup à gauche, disparaît dans le laurier sauce…

Trop malin lui ! Prévoyant (n’est-il pas l’emblème de l’épargne ?) il s’éloigne du genre humain.

Et ma tête s’en va à New York. Les écureuils là-bas ne sont pas qu’à gambader dans Central Parc; ils viennent  sur le rebord des fenêtres frapper leur museau sur la vitre. Les écureuils de la ville de NY ne sont pas beaux comme celui-ci. Gris, le pelage d’un rat des villes. Comme les Roms au carrefour de la voie rapide implorent pour avoir de l’argent, les écureuils de leurs petits yeux vifs implorent leur nourriture. Jamais on n’ouvrait  la fenêtre de peur d’être mordus par ces petites bêtes affamées.  Leur morsure pouvait – se disait-il – provoquer la rage…

Les étirements, la tête d’un côté, de l’autre sur mes épaules endolories remettent en place mon dos maltraité par l’assise devant l’ordinateur… Je remonte lentement les marches en humant les iris parés de leur couleur mauve; ils embaument l’escalier. C’est au tour des glycines à peine ouvertes à prendre le relais par leur parfum tenace. Décidément, je n’ai pas envie de rentrer. Pas tout de suite. Pas si vite. Pas de consultation qui m’y obligerait. Alors, je vais rendre visite au camélia rouge qui a déjà perdu toutes ses fleurs. Ne restent que ses tiges vertes, épaisses.   Le cadeau de ma fille, un pommier magnifique dont les fleurs presque toutes ouvertes annoncent le printemps chéri à mon cœur. Et puis, dans une des jardinières qui marquent l’interdit à stationner, une tulipe jaune tombée là par hasard parmi les géraniums qui lui ont fait une place.

Hésitante, je n’avais toujours pas envie de me poser devant l’écran. C’est alors que je succombais. »Allez, prolonge un peu ta promenade ! Profite encore du soleil, » disait ma voix intérieure ! Sans trop me faire prier, je contournais la bâtisse. Il fallait que je vérifie une chose étrange pour savoir si cette chose  relevait d’un effet d’optique ou de la réalité de ce que mes yeux avaient vue.  Il y a quelques jours, regardant le ciel chargé de gros nuages noirs, j’aperçus par la fenêtre de la cuisine située plein Nord, une tige de tomate.  Elle était là, dressée dans la jointure, coincée dans le renflement des canalisations qui s’imbriquaient l’une dans l’autre. Quelques jours en arrière après cette constatation il m’a semblé voir sur la tige une petite, toute petite fleur jaune. Ce n’est qu’aujourd’hui que je pus vérifier la  véracité  de  la petite fleur jaune  qui entre temps s’est transformée en une toute petite, mais bien réelle, tomate rouge cerise.  Encore une fois je m’ émerveillais d’être témoin de Dame Nature qui contournait tous les obstacles en donnant la vie.

N’allez pas croire à un poisson d’avril. N’allez pas croire non plus qu’avec cette tomate-cerise il y a de quoi faire une salade. Je vous invite seulement à constater  par vous-même l’étonnante force de la vie qui s’infiltre partout et réussit à s’adapter quels que soient les obstacles…

 

 

L’amour physique ne suit aucune règle autre que celle de la parfaite bienveillance de l’un pour l’autre (Duyckaerts). L’érotisme suit un rythme qu’un rien détraque (page 256 de « Cette chose là »

La femme frigide ne « supporte pas le climat créé par la présence charnelle de l’autre »(Edita Fried) Elle ne désire rien que l’objet de son rêve.

Et vous à  quoi pensez-vous pendant l’étreinte ? Vous laissez-vous envahir par les fantasmes en dérivant  sur la vague de vos rêves ? Échafaudez-vous une tour de béton dans laquelle vous vous enfermez pour être hors d’atteinte? Repassez-vous en boucle tout ce qui vous reste à faire pour le lendemain ? Ne pensez-vous qu’à son plaisir en oubliant le vôtre qui lui en donnerait ? Fantasmez-vous d’être brutalisée pour arriver à la jouissance ? Seriez-vous cette succube qui profiterait du sommeil de son homme pour le séduire parce qu’éveillé il est inoffensif ? Seriez-vous de celles qui simulent pour garder un compagnon, au risque de  le perdre à tout jamais ? Préférez-vous votre propre monde intérieur à la présence d’un homme amoureux ? Vous pensez-vous objet sexuel alors qu’il est fou de vous et son seul moyen de le montrer est de bander ?

Alors que votre amant n’est que raffinement vous arrive t-il de prendre cela pour du vice ? Vous est-il arrivé de vous sentir humiliée par le manque de désir d’un partenaire? Celui-là va trop vite : trois petits coups, trois petits tours, il se retire. Ou bien celui-là qui reste à l’entrée, sans jamais pouvoir pénétrer sa tige étant trop flexible,  pas assez rigide… Et puis certains dont la raideur ne se répand jamais pris dans un priapisme douloureux. Cet autre marqué par l’impuissance sera catalogué par la femme de «pauvre mec.» Et méprisé par elle. A moins que lui impuissant et elle frigide ce couple accommode de tiédeur leur problématique qui les soude.  Jusqu’au réveil de l’un d’eux. Catastrophe pour l’équilibre que le  couple avait trouvé dans ce compromis.

Voilà quelques troubles qui sévissent malgré la prétendue libération sexuelle. La difficulté à dire, à parler des véritables entraves à une sexualité épanouie qui au-delà de ce que disent les magazines est toujours tabouisée, bien qu’exposée sans pudeur… Quel monde complexe, ne trouvez-vous pas ?

Avez-vous trouvé de beaux œufs dans le jardin des délices ?

« Si le potage avait été aussi chaud que le vin, le vin aussi vieux que la poularde et la poularde aussi grasse que la maîtresse de maison, cela aurait été presque convenable » Curnonsky, fondateur de l’Académie des gastronomes.

Tout engagement important, qu’il soit contrat d’affaires,  sentimental ou relationnel se prépare autour d’une table… à manger. Penserions-nous à nous reproduire, nous attablerions-nous aussi volontiers autour d’un repas à faire frémir nos papilles  sans plaisir au rendez-vous ? C’est le plaisir, seul, qui fait le lit de la table et transforme la table en lit. Le plaisir est un convive qui s’invite à notre insu; il émoustille nos ébats amoureux, il se partage autour d’un plat, ne fut-il  que de pâtes.

Ève et la pomme

Adam aurait-il porté à sa bouche la pomme qu’Ève la tentatrice lui présenta s’il n’avait senti monter en lui le désir ? En même temps que son geste ne lui offrit-elle pas la révélation d’un plaisir terrestre ? Le plaisir de  croquer la chair de l’amour.  Ce plaisir qui conditionne notre nature humaine, prétexte pour multiplier les plaisirs de la bouche et les plaisirs sexuels.

L’histoire de Marie-Lise, haute comme trois pommes, et d’Édouard avec ses oreilles en feuilles de chou vous sera ici contée.

Édouard  qui n’en pouvait plus de bouffer de la vache enragée avec les femmes proposa à sa « fiancée » qu’il n’avait pas encore consommée, d’aller dans les sous-bois ramasser des champignons. Ce n’était pas  encore la saison, Marie-Lise la naïve au cœur d’artichaut, lui dit sa préférence  à cueillir des fraises. Des fraises des bois, insistait-elle. Fraises ou champignons qu’importe, lui répondit Édouard en la mangeant des yeux, le plus beau fruit  à manger est là devant moi.

Marie-Lise ragaillardie par la remarque sans équivoque d’Édouard rajusta  son corsage sur ses seins gros comme des pomélos qui en débordaient. Elle enlaça son ami, prit son chapeau de paille et bras dessus-dessous ils cheminèrent sur le sentier qui conduisait au bois. Heureuse de cette promenade Marie-Lise retrouva  une pêche d’enfer, la banane fendait son visage d’une oreille à l’autre.

Édouard sans être végétarien rêvait de lui manger l’abricot. Il rêvait de lui ouvrir le coquillage et de s’engouffrer dedans comme l’anguille pénètre la fente des rochers. Il fantasmait sur le festin que mijotaient ses pensées. Il était prêt, si elle se laissait faire, à la dévorer entièrement. Il devenait un ogre pantagruélique à la vue des  appâts de Marie-Lise.

Chemin faisant les pensées de Marie-Lise, s’agitaient. Malgré ses formes callipyges, sa façon de manger ressemblait à celle d’un oiseau : aussi peu mais aussi souvent qu’eux. Elle picorait comme une poulette. Aussi après qu’ils aient fureté sans succès dans les buissons pour y dénicher des fraises, au pied des arbres pour y déloger des champignons, Édouard invita sa belle à s’assoir dans l’herbe épaisse. Les mains croisées sous la nuque, Édouard se laissait butiner les lèvres, grignoter le lobe de l’oreille, mordiller les tétons… Sûr qu’elle y prenait plaisir autant que lui. Marie-Lise dont les mains s’aventuraient au niveau de la ceinture, transforma par leur pouvoir le cornichon russe en concombre libanais et les deux figues qu’elle imagina sèches et ridées se retrouvèrent au creux de sa main gonflées de désir.

Excité par ces préliminaires, sorte d’entre-mets savoureux, Édouard impatient salivait à l’idée de déguster le dessert. Il se voyait déjà trempant son biscuit dans la crème, retourner  sa Marie-Lise comme une crêpe et l’appeler dans la foulée Suzette.

Marie-Lise ne l’entendit pas de cette oreille. Son désir à elle était de continuer les préliminaires, de se gaver de sensations nouvelles pour elle; de faire durer ce plaisir qui n’en finissait pas de monter comme une mayonnaise. Pas assez mûre pour  l’instant elle n’avait nulle envie de passer à la casserole quand soudain…

Un rire éclata dans la gorge de Marie-Lise. Ivre. Elle était ivre, d’une ivresse qui succède à l’ingestion d’un vin chaud, épicé et capiteux et succomba à la tentation de le boire jusqu’à la lie…

Dès l’ouverture de la boîte à chapeau où les photos sont enfermées surgissent de ma mémoire des images qui s’affichent : 17ans la tête pleine de rêves, le corps réserve de l’avenir, l’odeur de la rose à peine éclose, le tiki à la bouche juste pour la photo : mon cœur revenu du voyage des îles  restait à quai, quai où très vite j’attachais mes amarres et gonflais mon ventre de sève promesse d’un futur printemps.

47ans se sont écoulés de là-bas à ici; l’eau s’est souvent tarie de mes yeux pour mouiller ma bouche et humecter les mots d’amour restés coincés au travers de ma gorge; le corps s’est fait lourd, oh, à peine un peu plus, par trois fois. Le temps qui passe est à l’amour chante je ne sais plus quel troubadour des temps modernes quand les images continuent à affluer en souvenirs-écrans masquant ainsi une réalité qui  fut quelques fois grise  mais que le temps a peint en rose. C’est cela à quoi servent les souvenirs-écrans, à rendre plus agréable ce qui ne le fut pas forcément et qui appartient à l’enfance.

Parce que finalement que signifie « se souvenir »? Quelle part de rêves, de fantasmes, confectionne le voile que nous étendrons devant nos yeux pour y projeter  nos propres visions? Nous avons vécu côte à côte et n’avons pourtant pas les mêmes souvenirs. Pourquoi ?

Parce que la vie n’est pas ce que l’on a vécu mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient. Les souvenirs reflètent nos humeurs, ils nous gouvernent, influencent nos décisions, nos choix…

La tempête s’est calmée; ma tête ne brinquebale plus d’un côté, de l’autre;  le souvenir de nous n’est plus ce désastre de pleine mer  qui s’écopait à seaux les jours de tourmente.Nous ne parlerons plus du temps qui nous agitait ni de la couleur de nos bleus au cœur encore moins de l’épaisseur de nos murs intérieurs. S’ils ont existé nous les cacherons derrière nos souvenirs-écrans pour qu’on ne voit de nous que notre vain désir à maintenir l’ouvrage que l’organe des générations continue à tisser.
Aujourd’hui mon esprit est bien moins agité que les nuages du ciel par le vent qui les pousse en ce début de printemps et les dégage, laissant le bleu limpide sans pour autant éclaircir mes pensées.
Allez ! Continuons à créer des souvenirs, la route est encore longue même si pour la parcourir il ne reste plus autant de temps.