Manuèlisation pour désigner l’occupation de ses mains sur son sexe afin de se donner du plaisir. Quand le mot n’était pas encore inventé on se manuèlisait, maintenant on se masturbe… Est-ce que se prendre la tête entre les mains est se masturber? Oui, si on considère la masturbation intellectuelle, mentale ! « Arrête de te prendre la tête ! Ou encore » Arrête de te masturber
les méninges ? Masturbation des méninges jamais jouissive, toujours obsessionnelle virant à la pathologie. Un serpent se mort la queue. Transgression – Préoccupation – Obsession – Promotion (sur canapé ?) Réalisation – Idéation – Radicalisation – Fermeture – Ouverture légale -
Non, non, illégale dans ce cas présent. Transgression par la loi des hommes qui font violemment la loi en la transgressant. Les violeurs de loi. « Ils sont rentrés chez moi comme des cambrioleurs, par la fenêtre entre-ouverte! » Alexia, revenait pour sa consultation d’hiver. Toujours poussée par l’urgence elle déversait à son habitude et en vrac ses tourments; elle en avait gros sur la patate. Mais de quoi parlait-elle, me demandais-je en lui laissant le temps de reprendre ses marques et ses esprits ? Alexia finit par remettre de l’ordre dans ses précipitations, réajuster son zoom arrière et visionner en flash-back l‘intrusion, la violation de son territoire par des huissiers. Tout dans son énumération laissait penser que la rumination désordonnée, obsessionnelle agaçait son estomac jusqu’à le trouer; tous ses événements se bousculaient sans avoir pu prendre une place définie et constitutive de sens.
« Mon côlon est squatté par un bouchon de merde que je n’arrive pas à expulser » fut sa deuxième tirade qui laissait entrevoir dans son corps un plein de vide occupé par l’absence totale de repères. La dimension symbolique volait en éclat, l’éthique était piétinée. Depuis l’intrusion de son domicile par la fenêtre et non comme il se doit par la porte une dictature merdique omniprésente impossible à évacuer bloquait ses viscères; sa pensée confinée dans un périmètre abdominal au péristaltisme absent quoique douloureusement présent, Alexia se concentrait sur son ventre pour acheminer les matières vers la sortie dans des douleurs qui ressemblaient plus à un interminable travail d’accouchement, terme d’une grossesse non désirée.
Alexia faisant référence à la réplétion de ses organes se disait colonisée sans pouvoir désobéir aux ordres de ce côlon avec chapeau qui se retrouvait coincé dès l’instant où elle apprit la violation de son domicile… « N’y a t-il pas un moyen de …? » sans me laisser terminer ma phrase elle m’assura qu’elle allait porter plainte compte tenue de la réponse qu’elle reçut et déplia devant mes yeux la page qui stipulait ceci :


Si elles s’y attardent, elles en sont fortement perturbées. La pensée est bien trop rigide, bien trop disciplinée et ne peut agir selon un ressenti inexistant.
Dans une salle faite d’attentes où s’entassent des magasines people. Sur l’un d’entre eux, un Paris Match pour ne pas le nommer, s’allonge toute en jambes et en bustier ne cachant pas ses seins, la silhouette de Sharon Stone. Avec cette apostrophe « J’ai 50 ans et alors ! » Elle revendique. Et alors quoi ? L’œil d’Alix Malka n’est pas le seul à la voir magnifique, qui, on le comprend, a pris plaisir à la mitrailler de son objectif, à la réinventer comme dit Sharon. Il l’a (très peu) vêtue de noir, chaussée d’aiguilles, bustier et cuissardes non pour marquer un deuil mais pour souligner les courbes de cette femme splendide qu’Alix Malka, artiste photographe, transforme en oeuvre d’art. Il montre l’architecture parfaite d’un corps aimé par sa propriétaire. En fait ce n’est pas tant une anatomie qui se donne à voir mais la joie, l’énergie d’un corps sculpté qui exulte. Non pas un corps de gamine, ni un corps rabiboché, siliconé, puisque dit-elle « Je ne comprends pas ces femmes qui veulent toutes se ressembler et se font tirer la peau en perdant toute expression ». « Fais du bien à ton corps pour que ton âme ait envie de l’habiter »est ma devise mais certainement aussi la sienne.