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« Être femme ICI est une blessure ouverte qui ne peut guérir » écrivait Toni Morrison dans « Un don » en 2008

CARE rappelle au passage les chiffres alarmants de la condition féminine dans le monde : les femmes représentent les deux tiers des adultes analphabètes, ne gagnent que 10 % des revenus mondiaux alors qu’elles exercent les deux tiers des heures travaillées. Une femme sur trois est victime de violence au cours de sa vie. Plus d’un pays sur deux ne condamne pas le viol conjugal. Toujours d’après l’ONG, une baisse de 10 % des mariages forcés entraînerait une diminution de 70 % de la mortalité maternelle. Des violences et une précarité qui ont un impact direct sur le bien-être des familles, l’éducation et le développement économique et social des pays 

Qu’est donc une femme, sinon un être humain identique à l’homme mais sans roupettes?  Et sans droits identiques, non plus.

Déjà 3 jours qu’a été célébrée La Femme. Et puis l’actualité fabrique des infos qui tombent dans nos oreilles comme les cheveux sous les ciseaux du coiffeur. Vite, ils s’amoncellent en tas, balayés. Ceux qui restent sur (et dans) la tête sont séchés, brushés. Et au suivant ! A la tête suivante. A l’évènement suivant. Au drame suivant…

En fait les femmes se battent depuis la nuit des temps… Être femme est un combat de chaque jour pour ne pas reléguer aux oubliettes les (si durement) acquis. Ces acquis menacés encore et toujours aujourd’hui malgré les apparences trompeuses.

À travers le monde et depuis plusieurs siècle, les femmes se battent  pour obtenir les mêmes Droits que ceux accordés à la population masculine qui eux, n’ont qu’à naître hommes pour les avoir. Je ne dirai rien sur Olympe de Gouges, qui n’était pas une femme mais une féministe comme me le fit remarquer ma voisine qui n’aime pas les féministes. C’est en 1791 qu’Olympe publie la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. » Elle insiste sur les droits de la citoyenne pour rappeler que la citoyenneté masculine ne concerne que la moitié du genre humain, l’autre moitié étant des femmes. Elle fut décapitée en 1793. Un homme sur deux est une femme : ce slogan féministe parle de l’oubli de cette moitié de la population, le masculin se considérant comme universel.

Les Louise Michel (mai 1830/janvier 1905) sœur en souffrance de toutes les causes des opprimés et des crève-la-faim. Sœur des jeunes filles dont elle défend le droit à l’instruction. « Ce que nous voulons « nous les femmes » c’est la science et la liberté » – l’instruction qui les libérerait de la soumission à l’époux – et la liberté de prendre des décisions prises par d’autres, les hommes, pour elles, les femmes. Déportée en Nouvelle Calédonie elle épousa la cause des Kanaks. Sa façon à elle de jamais arrêter le combat à la cause des opprimés.

Non soumises mais debout à défendre ce qui pour certains est considéré comme utopie; ne jamais baisser la garde, ne jamais oublier que s’arrêter c’est régresser. La soumission des femmes renforce la toute puissance des hommes.

Et ça Eunice Katleen Waymon le savait avant même de devenir Nina Simone; elle prend conscience qu’elle est noire dans un pays gouverné par des blancs et femme dans un monde dirigé par des hommes.1

Accéder aux mêmes  droits qu’ont les hommes parait tellement indéniables aux jeunes filles modernes qu’elles prendraient bien leurs aïeules pour des demeurées. Sauf pour celles dont les grand-mères ont participé à ces luttes là. Mais beaucoup trop de femmes – y compris ici et maintenant – continuent à souffrir du joug conjugal, du machisme, de l‘ignorance, de la brutalité, de la violence de certains hommes…

Plus d’un pays sur deux ne condamne pas le viol conjugal.

Rien, jamais, n’a été donné sans combat aux Femmes : ni égalité, ni dignité, ni la pleine citoyenneté, écrit Françoise SELIGMANN.

Dans certains pays on ne peut continuer à ignorer que l’absence de virginité pour une  jeune fille est un crime. Et qu’à ce titre elle court le risque d‘être lapidée, battue, vitriolée, enfermée, le soir de ces noces. Si le sang de la défloraison n’a pas  tâché les draps. Oui, ici en France ça l’est plus que jamais. Certaines Femmes peuvent être répudiées si elles ne donnent pas d’enfants mâles à leur mari. L’ignorant ne sachant pas qu’il est le seul à détenir le chromosome Y qui donnera le sexe masculin à sa progéniture. Et ce malgré les dizaines d’années qui nous séparent du premier planning familial en 1956 qui ne portera ce nom qu’en 1960.  Combien  a-t-il fallu de combats pour avoir le droit de prendre la pilule anticonceptionnelle? Combien d’autres en a-t-il fallu pour avoir le droit à l‘avortement? En 1971 « Le manifeste des 343 salopes » déclarent avoir avortées, manifeste publié dans le Nouvel Observateur, je crois. En 1975 est créée la loi SIMONE VEIL relative à l’interruption de grossesse(IVG) qui ne sera votée définitivement qu’en 1979. Il a fallu attendre 1980 pour dénoncer le viol comme étant un crime ! Qui sont les juges et les violeurs?

Ni putes ni soumises, créé en 2003. Ce mouvement des Femmes révoltées des banlieues a repris le flambeau du MLF. Ce mouvement met en évidence le mariage forcé, le viol, l’excision.  L’identité humaine n’est pas composée de deux entités, femme et homme, mais d’un humain unique qui se différencie en Femme ou en Homme.

Combien de Norma Jean déguisée en Marilyn se sont battues pour sortir du « schéma d’idiote » décidé pour elles par les hommes de pouvoir (du cinéma, du foyer conjugal). La place de la femme était « sois belle et tais-toi » pour le cinéma; derrière les fourneaux et à torcher des mômes (en quantité) résultat du devoir conjugal. Combien en moururent de n’être pas regardées autrement que pour satisfaire la lubricité des mâles et la production de chair à canon? Combien moururent sous l’infection d’un avortement clandestin ?

Plus près de nous et de notre époque : qu’elles aient été et soient noires, – Angela Davis, Nina Simone, Toni Morrison – ou blanches – Barbara, Joyce Carol Oates, Janis Joplin, Simone de Beauvoir – tant et tant d’autres artistes, comédiennes, écrivaines chacune à leur manière, chacune avec leur blessure ont défendu, solidaires, la cause des femmes. Leur blessure à l’origine de la cause qu’elles défendent. Cette partie d’elle-même qui a été abimée, salie, violée. Inces-tuées ; certaines mises enceintes par leur propre père. En chacun de ces grands noms qui tant ont fait pour les droits des femmes, s’y retrouvent les combats familiers : contre la servitude du mariage, pour le droit d’une femme de disposer de son corps, pour le droit d’aimer librement autant d’hommes ou de femmes sans que cela soit dit contre nature, amoral. Complètement dévolues à leur art qui a souvent exorcisé leurs tourments. Chacune à leur manière elles se sont battues par ce pourquoi elles ont survécu et lutté. Ségrégation raciale, racisme, violence incestueuse, viol-ence conjugale; la violence omniprésente des pauvres; l’alcool qu’engendre la misère.

Qui mieux que ces femmes, si proche de nous, simples mortelles, qui mieux que ces écrivaines, artistes, peuvent dire inlassablement, à cause des blessures qui les ont constituées, la violence au sein du couple, d’une famille qui s’étend comme tentacules au pays, au monde tout entier ?

Voyez vous, dans ces combats, les femmes sont loin de revendiquer le refus des tâches ménagères, de passer la serpillière et l’aspirateur. C’est vraiment ailleurs que « ça » se passe.

Bien sûr, et heureusement ils existent des hommes qui se battent aux côtés des femmes… En petit nombre mais avec toutes les Femmes qui se sont battues pour que leurs semblables aient une vie plus douce. Un combat pour ouvrir les yeux fermés sur l’immonde. Ne baissons jamais les bras, il y a encore tant à faire, tant de droits à acquérir avant que La Femme et l’Homme soient à égalité.

10 Responses to “Être femme ICI est une blessure ouverte qui ne peut guérir : 8 mars journée de la femme”

  1. Delphine

    Et oui, pas de roupettes, pas de pépettes ! J’ose faire un peu d’humour, après un texte qui vous retourne le cœur par sa vérité, sa dureté… Merde 1975, 1980 c’était hier !

  2. lyli

    Oui, Delphine,
    c’était hier; et c’est avec aujourd’hui que demain se fait.
    Soyons conscients, à chaque instant.
    Bises affectueuses chère Petite
    lyli

  3. Fifou

    Malheureusement c’est un combat qui est loin d’être fini. Le capitalisme et la surconsommation ont su détourner les messages féministes et les demandes de liberté en moyens de faire toujours plus de profits. Les femmes sont maintenant prises à un double piège où elles doivent remplir tous les rôles, de la femme d’affaires à la carrière prestigieuse tirée à quatre épingles du matin au soir à la mère et femme parfaite. Les femmes travaillent trop, pour gagner moins et se sentir toujours en défaut!
    A quand la possibilité d’être soi-même sans être coincée dans le carcan des dichotomies imposées par de fausses moralités?

  4. flora

    Triste constat que ce texte nous offre, en effet ….Combien de combats les femmes auront elles encore à poursuivre pour qu’enfin les hommes acceptent de poser les armes et nous considèrent comme des égales, des alliées dans la construction d’un monde meilleur, sans se déchirer pour un pouvoir dérisoire …

  5. deroche armand

    Au monde du pouvoir de l’ argent et du narcissisme, vous avez raison,la mâle tyrannie existe auréolée de parité comme une hostie,offerte à se faire pardonner de véniels péchés
    Aux mondes en surseoir,de lois égalitaires ,il des humains hommes, qui savent sans tyrannie reconnaitre, vos sensibilités, et vous aimer femmes matrices du monde
    Armand

  6. Oliver

    Faut juste ne pas mettre tous les hommes dans le même panier !

    • lyli

      Hé, coucou Oliver !
      Si tu relis jusqu’au bout l’article tu y trouveras que les hommes ne sont pas tous rangés dans les tyrans.
      D’ailleurs ceux que j’ai fréquentés étaient des féministes !
      Allez sois tranquille, tu n’as pas à rentrer dans ce panier là!
      Bises,
      lyli

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