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Coup de foudre

Enlèvement d'Europe La foudre : feu céleste d’une violence inouïe, elle brûle ce sur quoi elle est tombée. Arme du dieu du Ciel, elle frappe toute chose, fend la Terre, engendre destruction et création de son double pouvoir. Elle est vie et mort à la fois. Précédée par les éclairs (deux charges électriques opposées fortement attirées l’une vers l’autre) suivie du tonnerre (sous-produit de la foudre) expansion explosive qui accompagne une montée soudaine et rapide de la température, la foudre s’abat en faisant des dégâts. De la même manière le coup de foudre est une décharge énergétique qui ébranle la personne la laissant foudroyée, euphorique, fiévreuse. Le coup de foudre existe bel et bien. Le coup de foudre, aussi rapide que l’éclair, aussi bruyant que le tonnerre vous immole en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Foudroyée par le coup que lui porta la foudre, elle s’avachit sur le trottoir et se consuma pendant trente ans…

Zeus en est-il la cause? Lui qui préside à toutes les manifestations du Ciel en déchaînant la foudre, il symbolise la colère de Dieu. Il est l’autorité outragée. Par son complexe, Zeus a tendance à monopoliser l’autorité, à détruire tout ce qui apparaît comme une manifestation de l‘autonomie. Ses éclats autoritaires vont affirmer une compréhension sociale et donner chez ce type de personnes des colères calculées qui en feront un autocrate au pouvoir absolu. Mais que cache l’excès d’autorité sinon trahir un défaut de raison?

Comme tel et en tant qu’emprise, le coup de foudre s’abat comme l’éclair dont il nait sans aucune possibilité de discernement, d’autonomie psychique, de raison gardée. Le coup de foudre aliène la personne qui devient esclave de sa toute puissance. Tout devient désordre et chaos; prison aux limites étroites d’un tonnerre intérieur qui a réduit le champ de vision de la perception. Il nous aveugle comme la foudre qui tombe juste à côté, brûle tout sur son passage.

Combien de fois ai-je entendu, dans le secret de la thérapie,(1) cette plainte du coup de foudre qui ne s’est jamais transformé en relation durable et équilibrée? » La seule vue de cet homme que je ne connaissais pas m’a foudroyée. Pas question de sexe, à ce moment là. Seul mon regard l’avait touché, nos mains ne s’étaient pas encore frôlées, encore moins nos corps, je n’avais même pas entendu sa voix »… Comment raconter, sans blesser, l’histoire des hormones dont le coup de foudre est le résultat? Simple comme une odeur, une histoire de chimie corporelle, de sécrétions organiques agissent comme déclencheur de la fusion de deux corps. Est-ce l’ocytocine (hormone de l’attachement, de la confiance) qui déclenche la réaction psycho-biologique du coup de foudre ou ce dernier qui provoque le processus hormonal et neurochimique? Qui de la poule ou de l’oeuf…

Le coup de foudre dépossède une personne d’elle même; elle n’a plus la maîtrise ni de ses pensées ni de ses actes. Elle va s’entourer de vide pour le combler d’une seule et obsessionnelle présence : «   Tu es ma vie, mon sang qui coule dans mes veines » …  De cette constatation on peut facilement comparer le coup de foudre à une maladie que l’on aurait contractée. Passé ce cap de la maladie et de la convalescence peut-on penser que le coup de foudre vécu comme une expérience transcendantale garantirait l‘immunité? Qu’une fois immunisés l’on puisse dès lors vivre le bel et vrai amour sans pathos?

Le véritable amour, loin de la foudre et des éclairs, ne concerne t-il pas la maturité psychique? N’est-il pas là pour nous apprendre quelque chose de nous, au delà de nous ? Transmuer le coup de foudre en relation amoureuse demande aux intéressés d’être responsables du bout de leur relation dans un respect réciproque. La vie amoureuse d’un couple demande de s’adapter et non de manipuler. Une union en conscience assurant à la fois l’indépendance et la liberté de chacun. Dans la liberté il n’y a plus de dominant ni de dominé.

L’amour c’est de rendre l’autre libre.

(1)Thérapie : un site pour vous aider efficacement  en toute discrétion : <http://www.therapeute-en-ligne.com>

« L’érotisme ne peut être envisagé, que si l’envisageant, c’est l’homme qui est envisagé. …En particulier, il ne peut être envisagé indépendamment de l’histoire du travail, il ne peut être envisagé indépendamment de l’histoire des religions »

D’après Georges Bataille, dont citation ci-dessus issue de « L’érotisme« , il existe trois sortes d’érotisme: l’érotisme des corps, l’érotisme des cœurs et pour finir l’érotisme sacré. Dans l’érotisme des corps tout est mis en œuvre pour atteindre le plus intime en nous. Cet état de l’intime, impliqué dans le désir érotique, préfigure la dissolution de l’être que nous sommes – c’est ainsi que l’on parle d’une vie dissolue, en désignant une personne qui a une importante activité érotique.

Dans ce premier mouvement des corps unis dans l’érotisme, ne retrouve t-on pas la violence faite par la violation de l’intime de l’être des partenaires? Cette violation confine à la mort dont la « petite mort » en figure une représentation. « Il y a dans le passage de l’attitude normale au désir, une fascination fondamentale à la mort » (G.Bataille) Cette violation, consentie et recherchée,  qui œuvre dans l’érotisme, va déstructurer l’être fermé et discontinu (état normal) des partenaires. La nudité (se mettre à nu aussi bien symbolique que physique) qui accompagne l’érotisme dépossède d’un état établi, d’un Moi (dis)continu et entier, d’une forme de vie sociale, régulière.

L’érotisme des cœurs différemment de l’érotisme des corps, matériel, fait lien avec le sentiment amoureux des partenaires entre eux. Et c’est de ce sentiment souvent passionnel que surgit la violence. Cet état de passion introduit un trouble, un dérangement si grands qu’ils peuvent atteindre, sinon souhaiter,  la mort. La sienne ou celle du partenaire : « Je préfère mourir que de le perdre; ou le tuer plutôt qu’il s’en aille »; paroles entendues relativement souvent dans la consultation pour une problématique passionnelle. Car comme nous l’avons vu à l’article « La passion » celle-ci est intimement liée à la souffrance,  et, ai-je envie d’ajouter, elle lui est proportionnelle. Puisque « seule la souffrance révèle l’entière signification de l’être aimé« , c’est toujours Georges Bataille qui le dit.

La passion nous engage hors de nos limites que sont les interdits, elle nous engage dans la souffrance, puisqu’elle n’est au fond  que la recherche d’un impossible. La recherche d’un impossible que l’on pense avoir trouvé durant le temps que dure la passion – celle-ci unissant deux êtres pour n’en faire qu’un – cet impossible étant de pallier notre solitude. Cette promesse illusoire qui ne dure dans la passion que le temps d’une fusion de deux corps, peut être meurtrière si on la tient pour réalité en désirant la perpétuer dans la continuité. Cependant on retrouve dans la passion la vérité de l’être et sa continuité: « L’acte d’amour est un aveu » disait Albert Camus.

La continuité de l’être se façonne depuis la nuit des temps par le travail (on peut voir les outils retrouvés – entre autre – dans les grottes de Lascaux, dans les tombeaux). Le travail met en conscience de la mort et fait partie, avec les interdits réglant et limitant la sexualité, des conduites fondamentales qui gèrent le genre humain. L’érotisme découle de cette évolution, de cet aspect de la vie intérieure liée à la religion (religion voulant dire relier)

Faire se rejoindre l’érotisme et l’amour, telle fut la découverte de nombreux chercheurs de l’amour. L’amour - au sens du don, de l’altruisme, de la compassion, la sexualité d’où s’origine l’enfant et l’érotisme dont est issue toute sensualité, sont des formes compatibles de l’amour et, peuvent, ensemble, former un pont unique pour atteindre la rive du divin. On en reparle bientôt.

Amitié

Beaucoup de mes amis sont venus des nuages; avec soleil ou pluie comme uniques bagages; ils ont fait la saison des amitiés sincères, la plus belle saison des quatre de la terre… Cette belle chanson chantée par Françoise Hardy était source de joie dans mon adolescence; depuis, je la chante encore souvent. L’amitié m’évoque un sentiment très  fort et indestructible dont je vais vous entretenir.

Des vrais amis, on en a très peu, si peu, pas tellement à vrai dire. Ou alors ce sont des copains, copines, des relations. Mais l’amitié, la vraie, est source d‘apaisement, elle est le rocher sur lequel le lien se solidifie malgré le temps qui passe, malgré les saisons qui transforment les états d’âme, malgré les changements successifs de la vie, cette amitié là se compte sur les doigts d’une main. L’amitié privilégie la durée sur l’intensité, elle a un rapport au temps. Dans ces temps instables l’amitié constitue un point fixe. Un arrimage certain dans la galère de la vie. Lien dont l’intimité ne s’appuie ni sur les liens de sang ni sexuel, encore moins sur l’intérêt ou conventions sociales. L’amitié éloigne la solitude, permet, plus que tout autre sentiment, les confidences, le partage des joies et des peines et supporte, sans défaillir, l’absence. Dans un véritable ami on peut avoir confiance il ne nous trahira pas; on peut compter sur lui, dans tous les cas, il sera là; sa fidélité est constante. L’amitié doit-elle avoir des goûts communs, partager des mêmes valeurs, des activités identiques ? Pas forcément. Une des possibilités qu’offre l’amitié est que l’on peut avoir des opinions différentes. « Croire en«  ou être totalement mécréant ne changera rien aux sentiments indéfectibles des vrais amis. Nous pouvons avoir la même soif d’absolu sans pour cela être dans la même dimension quant à l’absolu.

Cependant confondre amitié et amour est chose aisée. Ces deux  s’éprouvent comme un sentiment qui unit et l’on se réjouit du bien être de la personne aimée. Le lien amical est le lieu où se forme, plus encore que dans l’amour, des échanges de pensées, des complicités drastiques. L’amour naît sans raison alors que l’amitié est un terrain où l’on se reconnaît en l’autre, où quand elle est véritable elle ne suppose pas plus la trahison que l’abandon, contrairement à l’amour qui lui peut s’en nourrir. Si l’amitié est trahie, elle se délite, elle cesse d’exister. Elle se révèle ne pas être une amitié authentique. S’il y a  des amitiés qui ne le sont plus, l’ont elles jamais été? Sinon,  pourquoi finiraient-elles par se fracasser comme un pot déjà bien ébréché? « Qui cesse d’être un ami ne l’a jamais été « dit l’adage.

Dans l’amitié la passion physique est exclue, ce n’est pas le cas d’une relation amoureuse où la dépendance et la dépossession pour l’objet d’amour jouent souvent un rôle essentiel. L’amitié est un sentiment qui transporte ailleurs, amène ailleurs, dans un ailleurs qui ne peut être détruit par la passion, puisque celle-ci n’existe pas dans cette relation. L’amitié se satisfait de preuves sans paroles; toutefois la parole peut se dire sans que l’autre en prenne ombrage…

Je vous laisse réfléchir sur l’amitié. Demain nous parlerons des fausses amitiés, celles auxquelles on a cru et qui se sont révélées n’être que tentatives pour arriver à des fins intéressées par des chemins détournés.