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Posts tagged ‘destin’

« Ah ! Parlons en des marques d’amour de mes parents, » s’exclamait Josiane en séance. Ma mère était tellement en phase avec sa vie de merde, qu’elle nous a abandonné, mon petit frère et moi; j’avais 3ans. Et mon père ? Lui était seulement responsable de sa bouteille; ses valeurs étaient celles du PMU. Lorsqu’il misait sur des canassons, des tocards ou des outsiders dont un avait la chance d’être dans les trois premiers il allait au bar du coin s’arsouiller jusqu’à ce qui ne lui reste plus une thune. Vous en voulez des parents responsables de leur progéniture ? Venez chez moi ! sanglotait-elle.

Régine évacuait ses larmes discrètement. Mon père ? Mon père, ricanait-elle férocement à son souvenir. Il est parti avec la meilleure amie de ma mère qui pleure encore vingt ans après.

Et pourtant ces quatre là, ces deux couples parmi tant d’autres qui donnèrent Vie, ont prononcé à un moment donné le « JE T’AIME » fatidique sans aucun autre engagement que celui qui les a enchaîné à un destin sordide

Que signifie cette déclaration d’amour qui, pour Derrida « est un mot valise qui signifie qu’un message conformément à son destin ne peut arriver à destination »

« Je t’aime, je t’aime c’est tout ce qu’elle sait dire » chantait Claude Nougaro : Un’ petit’ fille en pleurs dans une ville en pluie/Où est-ell’ Nom de Dieu !/Elle a dû remonter par la rue d’Rivoli/J’ai d’la flott’ plein les yeux/Parc’ qu’elle avait rêvé je ne sais quel amour/Absolu, éternel/Il faudrait ne penser, n’exister que pour elle/Chaque nuit, chaque jour/Voilà ce qu’elle voudrait. Seulement y a la vie/Seulement y a le temps/Et le moment fatal où le vilain mari/Tue le prince charmant/L’amour, son bel amour, il ne vaut pas bien cher/Contre un calendrier/Le batt’ment de son cœur, la douceur de sa chair…/Je les ai oubliés./Où donc est-ell’ partie ?/Voilà qu’il pleut des cordes/Mon Dieu regardez-moi/Me voilà comme un con, place de la Concorde !/Ça y est, je la vois/Attends-moi !/Attends-moi !/Je t’aime !Je t’aime !Je t’aime !…(Vous entendrez les paroles en musique en cliquant sur ce lien http://www.youtube.com/watch?v=RhzB7xQc34U

« Je t’aime  » Alors que les portes du train se fermaient, sa bouche en un rond formait un « je t’aime » distinct. Que voulaient dire ces mots là dans sa bouche qui ne l’avait jamais prononcé, qui ne le prononcerait plus parce que sa vie le quittait ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ne m’a-t-il jamais dit je t’aime quand il aurait pu le dire ? À qui le disait-il? À sa vie qui s’enfuyait ? À sa mère qui ne le lui avait jamais dit ? À son fils qu’il ne reverrait pas ? À toutes les femmes qu’il avait aimé et dont je représentais un échantillon de l’amour inconditionnel donc masochiste ?Voulait-il avant le grand saut s’assurer de mon amour  éternel pour lui ?Je ne saurais jamais si ce « je t’aime » m’était totalement destiné mais qu’importe puisque sur le quai de la Gare de Lyon, un homme que j’ai aimé jusqu’à me renier me disait enfin JE T’AIME.

Dire « je t’aime » n’est-ce-pas attendre de l’autre une déclaration d’amour ? Car les gens qui s’aiment ont -ils besoin de se le dire ? Je vous laisse répondre à ces questions.

L’avion pris en sandwich entre deux couches de ouate nuageuses incite déjà à lâcher prise. Lâcher-prise sur les événements incontrôlables tels que le rendez-vous avec le destin en différant l‘orgasme annonciateur de  petite mort, condition indispensable pour renaître encore et encore à l’amour quand, comme le printemps, il reviendra. Dans cet avion  nulle trace d’érotisme qui puisse faire songer à rejouer « Histoire d’O » d’Emmanuelle. En révisant les conditions nécessaires à l’orgasme et ce bien après le décollage,  le  souffle en hyper ventilation prend possession des poumons, du sang et du cerveau. Ce faisant, par l’oxygénation massive provoquée, s’installent de nouveaux fantasmes qui très vite occupent soigneusement tout l’espace.  L’utilité de cette mise en oeuvre psychique appelé fantasme rend supportable cette position bien inconfortable d’un siège d’avion en rééquilibrant la réalité frustrante en scénarios satisfaisants. Sans atteindre le 7ème Ciel,  bien que s’en approchant, le fantasme donc, redonne ses  lettres de noblesse au  principe de plaisir en lieu et place d’une montée en puissance d’une pulsion libidinale. Vous l’avez compris c’est ce à quoi sert le fantasme : à rendre plus agréable une réalité qui ne l’est pas toujours. Ne vous en privez donc pas pour vous mettre en appétit sexuel quand la faim vient à manquer, le fantasme prendra le relais et fera d’un plat de pâtes un repas de roi.

Le lâcher-prise, le fantasme, l’hyper-ventilation, le dialogue, le partage, le désir sont aussi nécessaires  à la montée orgasmique, que de se libérer des tabous. Laisser faire et ne rien vouloir, ne pas faire de la volonté une condition de réussite puisqu’elle nuit à la réalisation du plaisir.Tout est permis dès l’instant où rien n’est imposé, où chacun respecte le désir de l’autre, où il n’ y a pas de contrainte…

Difficile dans un avion de pratiquer un yoga sexuel. Toutefois il est possible de faire circuler l’énergie, la dirigeant par la pensée dans tout le corps tout en restant sagement assis dans ce fauteuil inconfortable. Les yeux fermés. Le dos aussi droit que possible, la tête dans la continuité, le menton légèrement rentré et la bouche fermée, les poumons se remplissent d’air par de longues aspirations nasales. Cet air inspiré  va envahir la boîte crânienne par la jonction de la pointe de la langue sur le palais et redescendre le long de la colonne vertébrale. Au niveau du sacrum cette énergie va se séparer et redescendre le long des fessiers qui seront contractés, parcourir les jambes,  puis se disperser au niveau des pieds. Faites cet exercice plusieurs fois en concentrant votre pensée sur le souffle. Les mains sous le nombril ressentez l’énergie chaude qui s’en dégage. La bouche se remplit de salive. Le bien être envahit tout votre corps, toutes vos pensées…

Ouvrez les yeux et ne soyez pas déçus en voyant  le steward ou l’hôtesse; il ou elle vous proposera un thé ou un café mais pas de quoi vous expédier dans un fantasme délirant. Leur tête fatiguée, à peine souriante, n’invite ni aux jeux sexuels ni à leur représentation. Il suffit de fermer les yeux pour se reconnecter à l’énergie et retrouver sa chaleur bienfaisante, s’y envelopper et  s’endormir en attendant que l’oiseau se pose.