Après les péripéties cinématographiques me revoilà sur le site avec les méninges fatiguées, sollicitées par l’activité soutenue des images défilant sur l’écran (24 images/secondes pour tout film). Nous continuons donc à parler de la masturbation, l’inconcevable pratique, pourchassée aux siècles derniers. Après avoir condamné le délit de masturbation, la parole extirpée par l’aveu du coupable avait vertu de déculpabiliser l’ignoble de ses faits (faute avouée faute à demie pardonnée, n’est-ce-pas?). Brandir la masturbation comme un acte conduisant à la déchéance physique et mentale n’était qu’une amorce pour condamner afin de mieux guérir les masturbateurs. L’arsenal thérapeutique les plus sophistiqués prescrits tels les potions, les onguents, les règles hygiéniques, les calmants, les antispasmodiques, les narcotiques, les somnifères qui en anesthésiant le corps endormaient le sexe. Les plantes aux vertus narcotiques et purgatives étaient largement utilisées (mandragore, belladone, l’opium, le camphre) pour combattre les pensées amoureuses et écarter les songes lascifs, dont on garnissait le lit pour préserver la vertu. Suivront les appareils de toutes sortes : des armures préventives, des systèmes protecteurs (camisole), … L’application de sangsues dans la région génitale pour apaiser le sexe prétendument congestionné par le désir sexuel. Il était conseillé des bains froids auxquels on aura pris soin d’ajouter dans l’eau de la limaille et de la cannelle; on évitera de rester trop longtemps couché, les couches trop molles, l‘oisiveté, les pantalons serrés, les ouvrages licencieux et… les amis suspects! Le corset anti-onanisme du Dr Lafond empêchait tout attouchement. Cacher les organes de la génération sans pour cela empêcher d’uriner mais s’opposer à la masturbation, tel était le but…Plus tard dans le siècle, les organes génitaux étaient préservés par de précieux coffrets d’or ou d’argent qui garantissaient l’inaccessibilité des bijoux de famille. Même le génial Dr Milton créa une ceinture de chasteté verrouillée pour le jour et et un anneau pénien muni de pointes érectiles pour la nuit. Quel sadisme lorsqu’on sait que les érections involontaires surgissent naturellement pendant le sommeil. Un autre médecin (Dr Demeaux) déposa un brevet pour les dortoirs d’adolescents. Cet appareil dont l’ingéniosité n’a d’égale que sa monstruosité consistait en une cloison de bois séparant la tête et les bras du reste du corps…Si rien de tout cela n’était suffisant, il était employé des moyens beaucoup plus dissuasifs comme la chirurgie, l’ablation de l’organe par la castration (autre que symbolique, celle là), la clitoridectomie(ablation du clitoris), la cautérisation au fer rouge ou à l’électricité ou encore la section des nerfs honteux(ceux qui commandent à l’érection). De telles réjouissances pour empêcher de jouir de la masturbation semblent aujourd’hui inconcevables et pourtant…
Je vous laisse avec cet attirail qui devait faire fantasmer le Marquis de Sade. Nous aborderons très bientôt comment fut levé cet anathème sur la masturbation. En attendant je vous souhaite de bonnes nuits sans cauchemar après la lecture de cet article.

