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Le Ça : petite révision: chaque personne arrive sur terre avec un sac rempli de Ça. (A l’origine tout était Ça.) Influencé par le monde extérieur, l’environnement, une toute partie du Ça va se modifier et servir d’intermédiaire entre lui et l’extérieur. Cette infime partie échappée du Ça va  constituer le Moi. Or, nous l’avons vu, le Ça ne sait que désirer, il n’est pas raisonnable puisqu’il n’est que pulsionnel. Il ne satisfait qu’à ses besoins innés en n’obéissant qu’au principe de plaisir, qu’à ses besoins instinctuels.

La fin en soi du Ça n’est ni la conservation de la vie ni une protection contre les dangers. Il est totalement inconscient, n’est-ce-pas? C’est au Moi à qui il appartient de s’occuper du travail d’auto conservation et de protéger des dangers.  Bien que les pulsions soient multiples il s’en dégagent deux fondamentales : La pulsion de vie (sexuelle d’auto conservation, conservation de l’espèce, se nourrir, se défendre) et la pulsion de mort; les deux sont opposées l’une à l’autre ou se combinent l’une et l’autre. L’une étant de conserver, l’autre de détruire. En fait c’est de cela dont il s’agit quand le Ça saute la barrière du refoulement pour se transformer en symptômes somatiques (corporels), ils s’expriment pour dire le malaise de la psyché. C’est à ce moment là que le Ça crée.

Par la force constante, somatique (qui s’exprime par et dans le corps) le Ça par la pulsion représente une excitation pour le psychisme. Les différentes pulsions se rassemblent en deux groupes qui fondamentalement s’affrontent : la pulsion de vie et la pulsion de mort. Eros et thanatos. C’est dans cette dernière que va se nicher le « mal a dit« . Dans la maladie le Ça se met en évidence en s’exprimant par des symptômes corporels. La maladie est une perversion du corps à multiples  facettes, le lieu où va s’exercer  « sauvagement » sa créativité. C’est aussi pour les thérapeutes la voie royale qui permet d’appréhender l’être humain. Le Ça est la « verbalisation » de la chair. Or, pour comprendre la maladie il est nécessaire d’aller fouiller dans l’inconscient, l’inconscient restant le dernier lieu où s’ affiche la liberté individuelle. Son propre lieu, inaliénable. Groddeck, créateur du Ça, disait à ce propos : Si la maladie était comprise, elle risquerait de se trouver à son tour, comme la sexualité, aliénée. Car le Ça, totalement inconscient (est-il utile de le répéter?) tend à révéler l’état de celui-ci.  Les rêves, les lapsus, les actes manqués en dessinent les contours. La maladie en raconte le symptôme. Le Ça sert à raconter l’histoire, la nôtre, histoire refoulée au plus profond de nous-même. Telles des bulles remontant des profondeurs de l’océan (l’inconscient) et exploseraient, incontrôlables, à la surface de l’eau (conscient).

Le Ça, sert donc à ça: à crever l’abcès pour permettre l’accès à notre inconscient. Si l’on ne sert pas du Ça  pour explorer notre inconscient, il va agir dans son domaine (pulsionnel).  Avant d’être débusquée, la maladie s’exhibe sur le devant de la scène par la plainte (ça me fait mal; j’ai peur; je ne dors ni ne mange plus; je n’ai plus de désir;  la vie n’a aucun sens…etc…) Autant de symptômes révélateurs d’un ça qui ne cherche qu’à se dire, qu’à franchir la barrière de l’inconscient.  Ne pas s’en préoccuper ou refuser tout diagnostic ouvrira le lit de la pulsion de mort qui œuvrera en menaçant la santé du psychisme et agira sur un mode agressif, auto destructeur.

Et que crée le Ça? – Des comportements inadéquats – La maladie – Des passions destructrices – Des besoins compulsifs – Du sadisme – Des passages à l’acte : agressivité contre soi ou les autres;  violence contre soi ou les autres; les tentatives de suicide ou le suicide réussi…La destruction de soi ou des autres qui se soldera à plus ou moins longue échéance par la mort.

D’un Moi non discipliné rejaillira un Ça qui ordonne de jouir à l’extrême et sans entrave. Or, la jouissance totale est impossible et la rendre possible est un billet d’aller simple pour la mort…

Nous n’en sommes pas là, n’est-ce-pas? Portez-vous bien sans museler votre Ça et ça ira!

Sa carrosserie est celle d’une Ferrari : magnifique. Son moteur, hélas, celui d’un vieux camion poussif. Des ratés dans les reprises, trop de gaz toxiques s’engouffrent après le retour de flamme; des amortisseurs à plats, des pneus trop usés à rouler sur les routes cabossées de sa vie amoureuse. Trop de Paris Dakar sans cœur de rechange. Tout se déglingue à l’intérieur mais rien ne se voit à l’extérieur, elle tient le coup. Elle arrive à tout concilier, elle continue à rouler propre : Son amour en débine; ses enfants, merveilleux, une semaine sur deux; ses voyages d’affaires dans des pays de plus en plus éloignés; sa psy, régulièrement visitée, lui remonte les bretelles en sachant que son aide ne peut être expérience.

Le burn out, elle connait, elle en a déjà fait les frais. Ne veut y replonger. Sa vie, elle la mène comme elle l’entend.  À quoi servirait qu’on lui propose notre propre expérience dont elle ne pourrait user? Cette rebelle trouverait insupportable que les uns et les autres conduisent son véhicule, qu’ils décident à sa place de ses besoins et désirs. Depuis longtemps elle sait. Personne mieux qu’elle ne peut l’obliger de sa route à suivre, ni lui donner un autre itinéraire que celui dicté par sa passion : elle est libre. Libre comme l’air même quand il vient à manquer. Libre comme le désespoir qui la fait avancer. Libre comme la jeunesse à laquelle elle reste accrochée. Libre et passionnée.

Alors tant pis si le moteur se déglingue, si en chemin, elle perd quelques pièces.  Avec persévérance, elle remet inlassablement l’ouvrage sur le métier de la compréhension. Elle ne s’endort pas. Elle travaille, travaille dans tous les domaines pour réparer son moteur. Elle veut en comprendre la mécanique illogique qui la pousse dans l’impasse. Cette voie sans issue où le moteur s’emballe et se grippe.

Mais un jour, Eros freinera devant sa porte. Carrossé de 1000 chevaux vapeur, l‘Amour viendra faire le plein de son réservoir. Celui de la belle est  rempli d‘énergie amoureuse qu’elle dispense généreusement sans attendre  le prince charmant sur son cheval blanc, bêtement comme La belle au bois dormant.

Ce jour là, au volant d’une voiture aux accus rechargés, le plein des sens, super de préférence, ils roulerons vers une plaine du Far West qui s’étendra juste à côté…