Comme Pénélope, elle attend. Devant son écran qui lui tient lieu d’ouvrage, elle attend.
Elle attend un message, un signal. Il vient quelques fois truffé de tendresse et de mots virtuels qui engagent le retour de son Ulysse.
Attente, les yeux rivés à l’écran telle Pénélope elle n’abandonne pas l’ouvrage. Patiente, déterminée. La promesse – j’arrive bientôt – tant de fois répétée promesse d’un retour non daté tiendra éloignés les prétendants. Aux hommes qui la sollicitent elle leur dit : « Ne voyez-vous pas que mon cœur est pris par le retour d’Ulysse ? L’attente est devenue ma seconde nature. De vous, je ne sais rien et je ne veux savoir. Ce que je sais de lui est contenu dans mon corps-coffre dont lui seul a la clé ». Demain est un autre jour qui le ramènera.
Le jour tombe. Avant qu’elle ne tombe de sommeil comme tombe la nuit, elle efface son écran et ferme d’un clic l’espoir muet qui redevient page blanche, morte.
L’ouvrage n’a plus de réalité qu’un amas de gribouillis, pensées jetées, feuilles d’automne éparpillées par le vent d’autan. Demain, demain…
Demain, elle recommencera. Elle posera ses yeux sur l’horizon dès que s’éclairera la lucarne. Elle reprendra l’ouvrage à filer l’espoir, à tisser les mots; elle érigera des tours qui la protégeront des hommes, elle construira des murs qui la confineront dans une nouvelle attente sereine, conditionnée l’eau à la bouche aux seuls souvenirs des embrasements passés où les nuits rejoignaient les jours.
Demain. Demain on fait crédit disait le panneau dans la vitrine de la boutique « Aux Rêves ».
Demain ne devenait jamais aujourd’hui…



