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L’érotomane trouve mille raisons d’espérer ψ

Qu’est-ce que l‘érotomanie ?

L’érotomanie est une illusion délirante d’être aimé(e) d’une personne ayant un statut élevé (médecin, homme politique, acteur, avocat…); personne souvent inaccessible. Mise en évidence par G.G de Clérambault, cette maladie appartient au groupe des psychoses passionnelles. Ce délire amoureux, chronique est classé parmi les délires passionnels, c’est une psychose paranoïaque.

Le syndrome érotomaniaque est une structure qui se fonde sur un délire invariable. Invariable dans le sens, où pour l’érotomane, c’est toujours la victime qui a commencé, c’est la victime qui aime le plus, ou qui est la seule à aimer. Cet état passionnel touche essentiellement les femmes, très peu d’hommes en sont atteints. Cet état passionnel évolue en trois périodes. L’histoire de Florence, femme érotomane vous sera ici contée.

Première phase: l’espoir en mouvement. Période souvent très longue dont l’élaboration peut durer des années. « Il y a quelques mois, un carton d’invitation m’a été adressé personnellement par Simon X en personne. Il est évident que Simon désirait me voir au cocktail de manière discrète pour ne pas éveiller les soupçons de sa femme. Je m’y suis rendue sans pour cela  le déranger; je suis restée très discrète mais très émue lorsqu’il a prononcé son discours qui manifestement m’était adressé ; depuis j’attends qu’il se libère de ses obligations pour le retrouver.«  Florence, est en attente dans l’espoir que Simon lui déclare son amour. Dès lors il se manifeste un délire que l’entourage ressent de façon inquiétante.

Pendant la première période Florence élabore son roman. Jamais elle ne se résigne ni se s’aperçoit que cette histoire est une construction de son esprit malade. « C’est quand même lui qui est venu me chercher. Moi je ne lui ai rien demandé  » insiste-t-elle lorsqu’en séance elle repasse en boucle la réception du carton d’invitation qui lui a permis de monter de toutes pièces son histoire érotomaniaque. Pleine d’espoir puisque « c’est lui qui est amoureux » (il le lui a prouvé en envoyant une invitation) mais il est empêché par sa situation conjugale, ses contraintes politiques. Florence n’existe que pour et par Simon, son objet d’amour, sur lequel elle a jeté son dévolu. Simon qu’elle épie et traque sur son lieu de travail (à la mairie, où elle se rend plusieurs fois par jour), Simon qu’elle surveille sur le Facebook de cet homme public.  Bien évidemment tout cela sans que Simon ne sache rien même de l’existence de Florence.

Tout ce que Florence interprète de la part de Simon comme étant une incapacité  à ses dégager de ses  obligations politiques  et conjugales (avec tout le travail qu’il a, le plaint-elle) constitue la conduite paradoxale de  ce délire en tant que structure.  Structure invariable aussi puisque l’érotomane interprétera le refus de la personne concernée comme autant de preuves à devoir redoubler ses efforts. C’est ainsi que l’érotomane va amorcer et alimenter les refus comme étant  des preuves incontestables de l’amour que lui porte la personne élue. L’érotomane trouve mille raisons d’espérer, mille excuses aux dérobades de son objet d’amour et incombe à sa propre faute, à sa propre attitude maladroite (j’ai manqué d’à propos quand il m’a remerciée d’être présente)pour justifier le peu d’intérêt que lui marque celui que sa tête délirante a choisi.

De ce fait la structure érotomaniaque est un arrêt sur image, la répétition d’un scénario richement élaboré qui assied cette assertion comme étant le squelette du délire.

La phase suivante est une phase de dépit: Le temps qui passe ne rapproche jamais l’érotomane de son objet d’amour. Le temps  implique et maintient  l’érotomane dans la certitude (la vérité) où la foi est le noyau de l’épreuve à laquelle elle se trouve soumise. Il y a comme une présence divine, mystique  qui va « envoyer » des signes à l’érotomane: « Plus que l’amour c’est l’aveu de l’amour qui est sollicité par l’érotomane; écrivait G.G de Clérambault. Preuve qui  s’articulera sur l’Autre, absent, qui ne pourra en aucun cas opposer un démenti puisque seulement l’Autre est présent dans l’imaginaire de l’érotomane.  Malgré tous les signes que l’érotomane « reçoit » de sa victime, malgré les trésors d’inventivité qu’elle déploie pour l’approcher,  elle attribuera  l’absence de manifestation amoureuse de sa victime à sa propre incapacité, et de dépit, finit par désespérer. Cette phase débouche sur la dépression et des idées suicidaires.

La troisième phase sera celle de la rancune: dépitée, Florence avait atteint cette étape pendant laquelle elle haïssait Simon « de tout le mal qu’il lui faisait subir ». Sa colère envers lui s’amplifiait et son agressivité débordait de ses paroles. Elle menaçait de tout dire à sa femme  » S’il croit pouvoir se débarrasser de moi après m’avoir séduite, il se trompe. Je vais tout lui raconter à madame Simon, lui montrer comment est vraiment son mari ». Elle épiait le couple dont elle avait repéré la maison. Le poursuivait et faisait le guet devant sa chambre d’hôtel quand il était en déplacement.Elle devenait dangereuse pour cet homme duquel elle attendait une déclaration d’amour, un vrai regard qui ne viendrait jamais. Mais cela elle ne le savait pas. Suite à un accident provoqué par elle-même, Florence fut hospitalisée. Son délire persistant a conduit le médecin à faire  un état des lieux psychiatrique…

Il est important de savoir que ce délire érotomaniaque est essentiellement platonique. Le rapport sexuel avec la personne aimée est inenvisageable pour l’érotomane. Cet état non seulement transforme la vie de la personne atteinte mais devient un véritable enfer pour la personne aimée si cette dernière est approchée.

De nombreux films racontent l’histoire de l’érotomanie…

Tout l’univers manifesté se développe et se déploie selon un rythme bi-polaire. Ainsi il en va de l’activité et de son contraire la passivité, du mouvement et de l’immobilité, et évidemment de l’amour et de la haine. La haine est ce sentiment extrême d’autant plus violent que l’amour aura été passion. La haine est de l’amour exacerbé. Le fait  de n’être pas ou n’être plus aimé va susciter un sentiment de vengeance qui se transforme le plus souvent en haine. Il l’a quitte pour une autre et  la jalousie, la haine s’emparent d’elle, à moins que la notion oblative se soit développée en elle.

Outre la haine, nombreux sont les sentiments opposés qui, de plus s’opposent à l’amour :  l’indifférence, la peur de l’autre, le mépris, la rancœur. Aux émotions suscitées par l’amour telle la joie, l’enthousiasme, la générosité, la vie, s’y opposent  la tristesse,  le pessimisme, la cupidité (et je reprends ma moulinette, mon frigidaire…comme le chantait Boris Vian)  la déprime et la mort dès que l’amour a déserté les amants.

Le couple des contraires Eros et Thanatos sont en permanence entremêlés. L’amour et la mort, miracle des voyelles…

L’amour que l’on porte à une personne naîtrait-il de ce que l’autre nous apporte ou est susceptible de nous apporter ? Aimer ne serait-il pas une façon inconsciente d’avouer son manque d’autonomie ? On reste parce que l’on a peur de rester seul. Dans ce cas là on peut se rendre compte qu’il ne s’agit plus d’Amour, ce sentiment extraordinaire, mais d’un sentiment ordinaire fait d’habitude soumis à la peur de se retrouver seul. Que me reste t-il si il n’est plus là pour m’appuyer dessus ? Combien de couples sont ensemble parce qu’ils ne savent pas aller seuls?

La route de l’amour est difficile. Elle demande des remises en questions, des partages, une communication véritable, un sentiment de Soi fait de clarté et d’honnêteté.

Demain nous aborderons l’amour sous l’aspect de la chimie qui gouverne le sentiment amoureux. En attendant soyez amoureux de la vie à défaut d’un autre !

Amour / Haine – Lumière /Obscurité
Joie / Tristesse – Pulsion / Répulsion
Passion / Indifférence – Amour / Désamour
Autonomie / Indépendance

Et le vice versa dans la débauche; débauche par la recherche excessive du plaisir sexuel, ça va de soi. Au nom de l’hygiène, au nom de la religion les petites filles  ont été et sont toujours excisées. Interdites de plaisir; seulement autorisées à se soumettre. Caressez un cercle il deviendra vicieux. Mais je m’égare… Allons voir la transformation d’un sentiment d’amour quand l’amour s’est fait la malle.

À l’amour s’oppose la haine; toutes les émotions positives ressenties dans l’état d’amour se transforment négativement dans son corollaire la haine, dès lors que cesse cet état. S’y ajoutent le mépris là où était la considération; la rancœur là où était l’admiration; la peur là où était la sécurité. Une très mince frontière sépare ces sentiments extrêmes quand les digues de l’amour bafoué cèdent. L’amour s’extravase des vaisseaux du cœur, vient grossir les veines de la gorge qu’expulse en un cri l’amour transformé en haine. Comme une hydre, le couple amour/haine forme un sentiment monstrueux. Bien que  mort, croit-on, on cherche encore à le tuer, à l’anéantir dans l’oubli. Pareille à la tête terrifiante de l’hydre éradiquée, la haine multiplie ses rejetons qui à leur tour grandissent et détruisent. Malgré les apparences, la violence de  la passion n’est pas destinée à détruire l’autre  mais seulement à se détruire soi-même au risque de la folie.  Quand bien même est-elle extirpée le poison de la passion continue à ravager le corps, le cœur,  la tête, les tripes. Quel est ce mal d’amour qui comme une hydre aux têtes décapitées revient en force harceler, s’emparer de l’être ?

Dans ses comportements, la passion dévorante, la fusion totale, révèle des aspects semblables à l’altération d’un état mental perturbé. L’humeur est exaltée, les pensées obsessionnelles, intrusives accompagnent très souvent de troubles bi-polaire, des troubles alimentaires compulsifs.

Il a été constaté qu’à partir du sentiment amoureux s’élabore un mécanisme de récompenses (revalorisation narcissique, confiance et estime de  soi, humeur dopée de dopamine)  dont la personne devient dépendante. La perte de l’amour dépossède la personne des récompenses générées par l’état amoureux; s’instaure alors un état de manque identique à celui dont souffrent les toxicomanes. C’est ainsi  que l’amoureux trahi, abandonné, largué, sera à la recherche de tout ce qui va pouvoir combler le manque,  l’absence.

Ô, souffrances qui justifient le trop plein donné; qui révèlent la chute d’autant plus haute que l’idéal semblait atteint (il avait tout ce que je désirais enfant); souffrances qui existent au même titre si les rejets sont virtuels comme on a pu le constater avec Alexia…

Que le temps passé avec vous-même vous soit doux.

Pour illustrer les paragraphes précédents sur la masturbation dont on n’a pas fini de faire le tour (ne vous inquiétez pas nous le ferons) je vous propose un cas vécu en thérapie. L’histoire de Robert est vieille de plus de dix ans et Robert a accepté que je puisse l’évoquer comme exemple pour illustrer non pas un cas de masturbation (il ne consultait pas pour cette raison) mais pour le débarrasser de cette obsession qu’il avait du contenu des corsages féminins…Bien entendu le prénom a été changé.

Robert n’est pas loin de la soixante décatie physiquement mais intellectuellement très alerte. Il traîne sa vie comme un boulet « parce qu’à mon âge il devient difficile de trouver des femmes qui se laissent aimer comme j’en ai besoin, à ma manière. J’ai besoin d’aide » furent les mots pour l’entrée en matière de la première séance. Robert me confia son obsession pour la poitrine des femmes. Il aimait les femmes menues avec une grosse poitrine et le « pied » pour lui était qu’il puisse se masturber entre leurs seins et bien sûr, si elles le laissaient faire, éjaculer en cet endroit. Sans cela, ne prenait pas son « pied » il ne jouissait pas. Lors des séances suivantes, en déroulant le fil de sa vie, j’appris que sa mère n’avait pu l’allaiter. Ce qu’il mit longtemps à confier était qu’il avait un frère  aîné qu’il haïssait. Cette haine prit sa source quand sa mère lui révéla (à sa demande «  Je lui ai demandé si je l’avais tétée ; j’avais six, sept ans« ) – que son grand frère lui avait bouffé les seins. Des crevasses, des infections – aux dires de celle-ci – l’avaient traumatisée en faisant de ses seins des masses informes que « moi, le petit dernier » c’est à dire Robert n’avait pas eu le droit de téter…De séance en séance, il avoua avoir toujours fantasmé sur la poitrine de sa mère qui la « cachait par des vêtements près du corps » sans jamais l’exhiber.  » Je ne l’ai jamais vue en maillot de bain alors que nous avions une piscine. Elle était trop pudique ». Sa mère avait trente huit ans de plus que lui et «  il s’agissait d’une époque » où les femmes « comme il faut, ne s’exhibaient pas en dehors du mari.« 

Je passe les détails concernant la haine du frère qui faisait écran à la colère qu’il avait envers sa mère…Elle touche une autre problématique débusquée par  cette analyse qui ne concerne pas le sujet abordé de la masturbation…Donc, sa quête désespérée et épuisante est le seul but de sa vie, mais il n’en peut plus  » parce que les femmes en ont marre que je les prenne pour des vases à sperme; je suis en plus très cruel avec elles. » Il finit par convenir qu’il était très en colère contre elle. « J’avais deux ans de moins que mon frère; elle aurait pu essayer au moins une fois, pour voir; en deux ans ses seins étaient guéris et moi je ne les aurais pas abîmés, j’aime trop ça les seins. Pourquoi me l’a telle dit? » En fait la mère finit par avouer à Robert qu’il n’était pas désiré: « En ce temps la pillule n’existait pas; je suis le rejeton d’un diagphragme rejeté » D’où la haine pour le frère qui faisait écran à la haine pour sa mère qu’il aimait démesurément. Et qu’il cherche en vain sous le corsage des  femmes.

La demande de cet homme : que son corps devienne sage. Son désir: vivre normalement une relation sexuelle où le corsage des femmes ne soit plus une obsession. Il dit bien aller maintenant, il est serein; il vit en couple avec une femme depuis plus de huit ans dans une belle relation de partage.