Sans l’alchimie du verbe, l’amour se réduirait à bien peu de chose : une attirance, une rencontre, une passade. Nommer c’est faire exister.
De la passion on peut dire que c’est un état de souffrance, une pathologie.
Pathologie, qui étymologiquement, veut dire étude des passions. Pour Romain Gory, la passion est le discours de la souffrance; pour Freud, l’intérêt de cette passion aide à supprimer le refoulement. Tant il paraît évident que dans l’amour on cherche à donner soit ce que l’on n’a pas eu, soit à combler ses failles et celles de l’autre, soit encore à reproduire ce que l’on a reçu. L’amour passion réactualise tous les manques de l’enfance, notamment au 8ème mois, moment de l’enfance où se crée l’angoisse de la séparation. Sentiment d’abandon. Abandon qui se vit à la fin d’une histoire d’amour quand la passion se termine.
Dans le salon Shiva après interrogation de Liliane « qui a vécu la passion? qui n’a jamais vécu de passion? » quelques mains se levèrent nous permettant d’identifier celles et ceux qui ont vécu des passions torrides et ceux qui n’en ont jamais vécu; il y avait aussi Marco qui n’a vécu ses histoires d’amour qu’au travers de la passion et ne conçoit pas, tel Don Juan, vivre l’amour autrement que passionnément. Celui-ci se plaint de ce que les femmes le quittent dès que leur passion s’achève pour elles. Marco ne veut pas transformer cette passion en amour plan plan, routinier; c’est, dit-il, l’idée qu’il se fait de l’amour une fois que la passion abandonne les femmes qu’il a aimées.
Liliane fait remarquer que rester dans la passion dépasse les capacités humaines qui, poussées à leur paroxysme, épuisent le corps. La passion est comme une guerre qui fatigue; il faut savoir à un moment donné déposer les armes et transformer ce cap de la passion en une relation constituée de deux personnes distinctes qui vont avancer ensemble dans le respect, l’amour, la tendresse. Marine fait justement remarquer à Marco qu’il est plus dans une relation fusionnelle qu’il nomme passion. La passion est destructrice, dit-elle. La passion est un état qui implique un certain masochisme pour qui l’éprouve et fait face à son pendant sadique.
Le couple infernal soumission/domination-bourreau /victime tel est le visage de la passion. Martine parle de passion qui ne peut durer lorsqu’elle demeure virtuelle via Internet. On a besoin de voir l’autre…Là, on est plus dans le désir insatisfait, on ignore ses propres besoins, on n’est plus dans l’échange; on se nie. Le corps et le psychisme souffrent de frustration, de privation.
Charlotte fait partie des personnes qui ont connu la passion. Elle parle d’absence de réciprocité où il est difficile d’exprimer ses désirs; on ne peut exister que par le désir de l’autre. Bien qu’être dans cet état, n’était pas pour elle être malheureuse. Oui ! bien sûr, tant que dure la passion! « Il faut avoir la capacité de vivre la passion. Ce n’est que rétrospectivement que je me suis rendue compte de la souffrance; que j’étais prête à souffrir pour rester avec lui. Il y a un décalage de l’amour entre les deux personnes. »
L’amour confirme Liliane est d’être dans les névroses complémentaires. Arlette prend la parole pour ajouter qu’il est important de vivre la passion pour arriver à aimer sereinement. La passion immuniserait-elle ? Il faut savoir se remettre en question. On est pas là pour être le sauveur de l’autre. Il est important de se poser des questions lorsqu’on répète le même scénario. La passion nous oblige à revivre la souffrance de l’enfant que l’on a été à ne pas avoir été aimé comme on aurait aimé l’être par ses parents. Apprendre à lâcher prise avec ses attachements. Le lâcher prise est une prise de conscience à ne pas confondre avec le compromis. Les problèmes dans le couple surviennent souvent à cause de la confusion dans les niveaux relationnels. On attend de la personne que l’on aime qu’elle nous aime autant, ou mieux que le parent nous a aimé. La confusion vient de ce que les rôles que l’on attribuent au conjoint sont vécus hors situation, sur des schémas qui n’ont plus cours et qui n’appartiennent pas à la relation présente.
Le couple est le creuset de toutes les névroses. Ne jamais oublier que la relation d’amour se joue autour de six personnes, au moins. La tendance de l’humain est de devenir paresseux en oubliant d’entretenir le feu; de ce fait le couple s’endort, la routine s’installe. Il est important de rester dans l’envie, cultiver le désir comme on le ferait pour son jardin.Le manque de créativité casse le couple. Rester éveillé, à soi, à l’autre.
Martine pense qu’un couple se fait à deux, or, les gens vivent pour eux, font abstraction de l’autre, ne le font pas exister; certains marchent seul, oublient l’autre. On a besoin de carburant et si le super ne convient plus il faut passer au diesel.
Pour aimer une personne il faut se connaître pour la connaître; aller à la rencontre de son propre passé affectif; ne pas rester sur ni avoir peur de l’échec. Chaque personne étant différente il est bon de rentrer en relation en étant vrai, authentique, éviter de se cacher derrière un masque pour plaire. La transparence rend-elle manipulable ? Se repositionner à partir de notre histoire personnelle. Savoir de quoi est rempli le sac que nous trimbalons; quelles casseroles traînons-nous derrière nous. Rentrer dans la conscience de ce que nous portons en nous qui ne nous appartient pas. Ne pas se renier, ne pas déroger à ses propres valeurs.
Martine a peur que la transparence rende manipulable et se veut exigeante et sélective pour éviter d’être manipulée ou de tomber sur des prédateurs…
Alors que nous allions aborder comment sortir du chagrin d’amour…la vidéo s’est arrêtée. Donc nous laisserons le dernier mot Marco qui dit « qu’en trente ans de passion je n’ai souffert que 2ans tout cumulé. Vingt huit ans de bonheur pour deux ans de souffrance, je ne regrette rien. Je n’y perds pas au change. »
Je vous souhaite une belle soirée.



