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Couleurs d'Orient

Beaucoup de femmes se plaignent de leur compagnon quant à leur sexualité virtuelle. Beaucoup d’hommes confirment la plainte se disant “accros” à des sites dont le contenu pornographique les éloignent de leur partenaire. Ces sites, disent-ils, font appel à leurs fantasmes dont ils ingurgitent les images sur le mode passif sans aucune obligation de résultat si ce n’est leur propre jouissance. La masturbation, partenaire idéale toujours satisfaite, est l’objet assouvissant la pulsion… J’entends déjà quelques agacements réprobateurs signalant qu’il n’y a pas que ça dans la vie, du sexe ! Bien évidemment il n’y a pas que du sexe, même si pour beaucoup d’individus le quotidien s’articule autour de l’hyper-consommation qui veut faire croire à la jouissance immédiate. La technologie va de plus en plus vite pendant que la pensée, qui n’a pas le temps de suivre, se ralentit. Tout est fait pour mettre la personne en état de dépendances multiples et toute dépendance est ramenée au pulsionnel à satisfaire coûte que coûte. Et c’est en cela que chaque image produite fera du spectateur un voyeur ou un exhibitionniste, un sadique ou un masochiste ou encore un bourreau ou une victime d’actes qui se révéleront de nature purement sexuelle ; en ce sens que l’imaginaire convoque les souvenirs, réactualise les traumatismes d’où ressurgissent les frustrations qui en appelant le manque réalisera le fantasme au travers du fantasme, celui-là même qui pourvoira à l‘excitation.

“Tout est affaire de décor, changer de lit changer de corps”…Ainsi a écrit Louis (Aragon) ainsi a chanté Léo (Ferré). Sans changer de page nous allons changer de décor en évoquant nos amis.

Qu’il est doux d’évoquer avec tendresse ses amis amoureux qui expriment avec pudeur, sur la pointe des mots, leur battement de cœur. Rassurez-vous ! Vous pouvez me dire sans complexe votre bonheur de vivre ; vous pouvez me dire la félicité d’avoir réuni vos deux moitiés d’orange et vous en servir de barque pour voguer sur une mer étale aux eaux limpides… Permettez-moi de profiter de votre bonheur, d’en partager la joie, d’en apprécier les rejaillissements ; ce n’est rien que du plaisir qui laisse espérer des jours meilleurs pour réveiller l’éros endormi… Pour chacun d’entre nous, souvent il suffirait de presque rien, comme un peu plus de travail pour ne pas avoir l’impression de perdre sa vie à vouloir la gagner ; il suffirait de recevoir des mails comme des billets doux pour ressusciter le fantôme nommé Désir ; et pourquoi pas flirter avec un cœur libre qui passerait par là ? Tiens cueillons-le…Des choses simples, quoi ! Ne plus avoir à sublimer les manques pour faire revivre l’inspiration, ne plus être terrifié par la désertion des mots, mais simplement écrire… L’espoir en bandoulière, nous pourrions aussi ouvrir une brèche où s’engouffreraient les maux pour combler la solitude de volutes bleues de fumée qui ne seraient plus celles d’une cigarette mais celles des flammes d’un feu de cheminée. Arrêter de fumer et en être fier crée des satisfactions. On a les joies et les victoires que l’on s’autorise !

Pour le moment ce ne sont pas les infos ahurissantes balancées à la radio dès potron-minet qui changeront les états d’âme qui côtoient le bord du gouffre. Il est inutile de chercher à identifier un événement perturbateur en particulier puisque, les news débitées en un vrac pathétique assorti d’une certaine lassitude, heure après heure, une profusion d’oxymores nous sont régurgités, de quoi faire disjoncter n’importe quel écrivain de SF. Mais là un D se glisse entre les lettres S et F et ce n’est pas de la Science Fiction, quoiqu’on pourrait le croire. SDF en fait c’est cela qui a plombé ma journée de samedi. Une Miss SDF a été élue. Oui, oui, vous ne rêvez pas ! A 53 ans cette femme se disait fière d’avoir, enfin, GAGNÉ. Elle qui toute sa vie a été bordée par la mère misère. UN JOUR (un jour seulement) elle sort de l’ombre. Son élection la propulse sur le devant de la scène. Elle a gagné le titre de Miss. Qu’importe les lettres qui viennent ensuite. “Est-ce ainsi que les hommes vivent ?” Chante Ferré, chante. Continue à chanter dans tes cendres.

Si nous continuons la poursuite de la recherche de sens nous finirons bien par le trouver, non ? Même s’il doit être sens dessus-dessous, histoire encore de donner du fil à tordre pour le remettre à l’endroit… Comprenez-vous ce que je dis, là ? Oui, eh, bien tant mieux !

Masturbation

Enfin, elle aborde le sujet! J’entends d’ici (de ceux qui me l’ont demandé) les ravissements et le dédouanement (si tant est qu’ils en aient encore besoin pour continuer leur pratique auto-érotique). Car pourquoi aborder le sujet de la masturbation si intime et si commun (surtout à la majorité des hommes)? Tout simplement parce qu’au même titre que la sexualité dont elle fait partie, la masturbation, quand elle est évoquée  lors des séances en psychothérapie, l’est toujours  avec beaucoup de gêne. Sous-jacents à sa pratique d’innombrables qualificatifs  définissent le masturbateur (personne qui se masturbe) comme coupable, honteux, pécheur pour certains, acte contre nature pour d’autres, sans oublier la mention « sale » souvent ajoutée dès que l’aveu de la faute est exprimé.

Pour pouvoir vous entretenir sur ce sujet aussi sensible que tabou, j’ai ressorti de derrière les fagots le petit livre de Philippe Brenot dont le titre, il y a quelques années, avait attiré mon attention : « Eloge de la masturbation« . Je vais donc essayer de le résumer pour en finir avec ce qui demeure encore aujourd’hui, même si c’est moins prégnant, autre chose qu’une étape nécessaire et indispensable à la maturation et le garant de l‘autonomie sexuelle dans le couple comme le précise Ph. Brenot. La masturbation n’est ni sale, ni honteuse, ni perverse, ni réservée à l’adolescence, ni aux célibataires!

La masturbation est une pratique manuelle qui se joue en solitaire ou en couple et aboutit à l‘orgasme. Elle reste cependant le tabou le plus solide de la morale occidentale. Elle est sujette à bien des culpabilités à qui la pratique. Pourtant pouvoir en parler comme on parle de la sexualité, permettrait à sa nature aux fonctions multiples, de dédramatiser, de libèrer les tensions.  Après vous avoir mis l’eau à la bouche et la main au panier, je continuerai à vous en parler dans les jours qui viennent. En attendant la suite faites-vous plaisir et délivrez-vous des préjugés assassins auxquels elle était enchaînée.

Le lapsus ! À lui tout seul, le mot lapsus contient deux représentations imagées : la première concerne le temps dans son intervalle : laps, et us : l’usage, les traditions, les us et coutumes. La seconde image peut concerner ce qui se passe pour un chat (par exemple) dans le fait de boire : il lap-e- et la seconde partie -sus- est la période orale de l’enfant qui tète. En tétant ce dernier suce le sein de sa mère. L’animal lape et l’enfant suce. Toutes ces actions se retrouvent dans le laps de temps qui est d’usage dans l’enfance où il n’est pas rare pour un enfant de faire le chat en lapant  son potage à même l’assiette, après avoir sucé le sein de sa mère. Ceci est une petite digression  en forme de récréation  sur  le lapsus qui est toujours révélateur de désirs inconscients.

Mais le lapsus n’est pas du langage des oiseaux quoique l’on puisse se servir de ce mot pour en faire. Je vais donc évoquer un beau lapsus fait par un homme que je massais une fois par semaine et cela depuis plusieurs mois. Il me fit comprendre à plusieurs reprises que là où il allait avant, la personne qui avait cessé son activité, le massait en terminant par une libération. Oui, c’est le mot que la plupart des hommes emploie pour savoir comment je termine le massage : « Y a-t-il une libération?  » demandent-ils invariablement au moment de prendre le rendez-vous. Ce à quoi je réponds si je suis de bonne humeur « Pourquoi vous êtes enchaîné à votre sexe ? »

Donc, ce monsieur que j’appellerai Jean pour l’occasion, était patraque ce jour là et se mit à tousser pendant le massage.  « Vous êtes enrhumé, il faut vous soigner, Jean ! » «  Oh! non, je ne suis pas malade  » me répond-il  et enchaîne « Je mousse beaucoup et touche peu, mais ça va passer!  » Je retins mon rire en lui demandant de redire ce qu’il venait d’exprimer et à ma stupéfaction il répéta la même phrase en essayant toutefois de la dire autrement sans y parvenir : « Heu! Enfin, oui, je mousse beaucoup et touche peu ». Je lui fis remarquer le beau lapsus. Jean, à la limite de l’agacement, s’énerva presque: « Oh! ça va!!! »

Connaissant le désir de Jean, ayant eu au fil des séances des confidences de sa vie conjugale, je mis ce lapsus sur le compte du désir non satisfait ni par sa femme encore moins par moi. Il avait recours à soixante treize ans à la masturbation et il espérait que je prenne le relais puisque Jean en avait assez « que sa main soit la seule à le faire mousser qui plus est sans toucher quoique ce soit d’une autre qui viendrait nourrir son fantasme « 

Vous l’aurez compris « Je mouche beaucoup et tousse peu » était ce que voulait dire Jean.

Cet article édité en Janvier 2009 a ouvert le blog www.libidosexualite.com/Parce qu’il a obtenu un franc succès  en voilà la réédition pour clôturer le mois d’août. Passez un beau week-end.

Aline, mère d’un garçon unique de 11 ans est arrivée totalement désorientée, titubant presque en rentrant en consultation. Où Aline  avait-elle laissé  la belle assurance que je lui connaissais en tant que  patiente? Pas besoin de la prier pour qu’elle raconte l’objet du remue-ménage intérieur  qui l’affectait : «   Depuis quelques semaines Marvin, est excité comme une puce; pour s’exprimer il n’emploie que des mots grossiers; quand il est sur le canapé et de préférence quand je suis dans le salon, il  serre sa bistouquette (?) entre ses cuisses et se donne du plaisir. Évidemment je suis choquée, le lui dis;  je lui précise que la chose là, assurément agréable, qu’il auto pratique doit se faire dans sa chambre, quand il est seul! »

- Voilà une bonne réponse qui ne devrait pas vous mettre dans cet état! – « Oui, non, rétorque t-elle, c’est la suite qui me perturbe » – Je l’engageais à me raconter cette suite qui  manifestement la tourneboulait.

« Les femmes ont deux sexes m’a soutenu Marvin avec l’air effronté de celui qui sait! – « Savez-vous d’où lui vient cette information saugrenue? – Oui, il m’a avoué avoir regardé chez ma sœur un film X en pleine nuit, pendant que je dormais. Deux hommes enfilaient une femme avec leur gros machin, un dans le sexe de devant l’autre dans le sexe de derrière! Ce sont ses mots! C’est horrible! Je n’ai su quoi répondre et depuis je pleure devant le vice de mon fils…

Rassurer Aline était une priorité : son fils n’était pas plus vicieux que n’importe lequel des enfants de son âge mais tout simplement curieux de la chose interdite, jamais parlée. A 11 ans un garçon, pré-pubère, doit s’arranger avec la montée fulgurante des hormones. La manière provocatrice est le moyen qu’il a trouvé pour en parler avec sa mère. Avec ses mots, dire ce qui a été vu et qui dépasse certainement son entendement. Et dire dans  l’urgence ne s’énonce pas forcément dans les règles de l’art de la bonne éducation (stérilisée) que Marvin a reçue.

Éducation stérilisée étant donné que les mots tels que masturbation, pénis, anus, vulve, ne sont jamais prononcés par Aline quand elle s’adresse à son fils pas plus qu’elle ne les emploie quand elle  parle de son fils. Comme si ces mots là ne pouvaient franchir ses lèvres. Bâillonnée. Aline comme beaucoup de parents ne savent pas quoi faire avec les mots du sexe. Encore moins les employer à bon escient.

Je demandais alors à Aline s’il lui arrivait encore de moucher son fils. « A 11 ans? Vous voulez rire! Pourquoi une telle question? - »Que faites-vous quand son nez coule, si vous ne le mouchez pas? – Je lui dis d’aller moucher son nez avec un kleenex. – Il faut donc lui parler de la sexualité de manière aussi naturelle qu’un nez à moucher. Marvin a vu une femme se faire sodomiser. La sodomie d’une femme, que Marvin interprète comme étant son deuxième sexe,  pendant qu’un autre lui pénètre la vulve est non seulement choquant pour un enfant mais qui plus est, lui incruste des images d’une grande violence, inadéquates à cet âge. Ces images traumatisantes perturbent les enfants; elles ont le pouvoir de faire de la pornographie un modèle de la sexualité adulte comme étant la norme sexuelle…   Il est urgent de dire les mots adéquats, comme on le fait pour parler du visible nez au milieu de la figure. Il est urgent de nommer les organes génitaux et tout ce qui touche au sexuel avec les noms appropriés, simples, sans sous-entendus honteux ou vulgaires, pour les normaliser.  Et ceci afin de préserver les enfants qui n’auront pas à aller chercher dans le cloaque de la pornographie, lieu malsain par excellence pour les enfants. Rien, dans les relations sexuelles entre adultes conscients et consentants n’est sale ni dégradant…Il en va tout autrement pour les enfants. Appeler un chat un chat, un sexe d’homme un pénis, un sexe de femme une vulve… Vous êtes choqué?

Les mots tus tuent. Ils déguisent les adultes en devenir en pervers en puissance. Voyeurisme, exhibitionnisme, sadisme sont les comportements de pervers et le résultat de scénarios figés, condition de la jouissance pour ces personnes.

(?)A propos de bistouquette employé par Aline pour désigner le pénis de son fils : coup d’oeil sur le dictionnaire pour vérifier l’existence de ce mot. Non, il n’est pas dans le dictionnaire (pas  dans le mien en tout cas). Par contre  j’y ai trouvé le  bistournage : procédé de castration des animaux domestiques par torsion des cordons testiculaires. Je crois que c’est un peu ce qui se passe avec les enfants : une castration psychique quand on ne nomme pas les choses du sexe…

« Rousseau considère la masturbation comme un acte coupable, tout particulièrement chez les autres. Ni Sade, ni Meslier n’ont condamné la masturbation, ni même Diderot, cité dans les articles précédents, dans son livre “ Le Rêve de d’Alembert” non publié de son vivant, défend l’homosexualité et la masturbation. » C’est un besoin, disait Diderot, et quand on n’y serait pas sollicité par le besoin, c’est toujours une chose douce. » Comme le fait remarquer ce commentaire, la littérature s’est nourrie de la sexualité sans oublier sa part la plus intime, la masturbation.

Dans la littérature, la sexualité, l’amour et ses dérives, sont depuis toujours au devant de la scène, ont toujours inspiré les écrivains, les poètes, et plus près de nous les cinéastes.  La littérature et le cinéma ont toujours été à l’avant garde pour refléter la conscience intérieure, la morale de chaque époque, bien au delà des opinions scientifiques, religieuses ou même sociétales. Faisant ainsi, la littérature participe à l’émancipation des lecteurs  en contrevenant aux  lois et lèvent ou dénoncent les tabous en vigueur. Selon les époques, la littérature et le cinéma relatent la « chose » sexuelle » soit avec pudeur et de manière voilée, soit avec ostentation. Ils  parlent du corps et de ce qui le met en mouvement; parlent d’érotisme et de pornographie. De la masturbation, Martial à l’époque de la Rome libertine, déclarait dans un texte en parlant de sa main – de ta putain de gauche tu uses , et fais servir ta main amie à tes plaisirs ».

De de Sade, dont les longues années d’incarcération élève l’acte solitaire au rang de culte, de nécessité et même d’un art de vivre,  à de Nerval  qui  affirme « On n’est jamais si bien branlé que par soi-même » tous avouèrent leur plaisir solitaire. Jean Jacques Rousseau quant à lui, suite à son refuge à Genève consécutif à sa condamnation devient l’ami de ce cher Dr Tissot par qui toute la répression arriva; (pour mémoire voir premier article). Tous deux ont été élevés dans la bourgeoisie calviniste par des pasteurs hostiles  à la  sexualité, tous deux nourris au dégoût sexuel découvrent à l’adolescence  l’Onania de Bekkers. Cette publication inspira Tissot pour l’écriture de la Masturbation et  l‘Émile pour Rousseau, dans lequel il dira « S’il connaît une fois ce dangereux supplément, il est perdu. Dès lors il aura toujours le corps et le cœur énervés; il portera jusqu’au tombeau les tristes effets de cette habitude, la plus funeste à laquelle un jeune homme puisse être assujetti…Si les fureurs d’un tempérament ardent deviennent invincibles, mon cher Emile, je te plains ». Pauvre Jean Jacques dont l’Emile fut brûlé en place publique à Paris et lui-même condamné par le Parlement. Pourtant ce pauvre Rousseau, inhibé sexuellement,  sera chaste sa vie durant avec celle qu’il nomme « maman » et ceci expliquant certainement cela, il n’en fut pas moins un masturbateur solitaire et régulier, lié à une période d’exhibitionnisme, de fétichisme et de soumission masochiste. On ne va pas s’éterniser sur Rousseau, mais seulement préciser, qu’à la suite de sa rencontre avec Tissot, il avoua son crime d’avoir perdu non sa virginité mais son pucelage! Ce vice, cette honte, ce funeste avantage, ce dangereux supplément tels sont les termes pour autant de prétextes hypocrites que Rousseau ami de Tissot, employait dans l’Emile qu’il confessa. Zola de son prénom Émile dira dans Nana  » Nana s’était absorbée dans son ravissement d’elle même« ; avec quelle délicatesse Zola parlait de la masturbation.

Tout près de nous Céline, Le Breton et son argot, Henri Miller et ses délires, Georges Bataille et ses obsessions maternelles et  parmi tant d’autres, Bukowski dans ses « Mémoires d’un vieux dégueulasse » témoignent d’un libertinage actuel, affranchi des tabous sexuels appelé fantaisie érotique par certains et par certains autres perversion. Pour Louis Aragon la première femme qu’il aima lui rappelait ses habitudes solitaires et anciennes. Nous n’oublierons pas Violette Leduc avec Thérése et Isabelle édité en 1966 après deux ans d’interdiction. Plus près encore au féminin est Emmanuelle Arsan avec son tapageur « Emmanuelle« …Nous arrêterons là, puisqu’il faudrait noircir autant de pages que d’œuvres et d’auteurs pour faire le tour de ce plaisir souvent comparé à celui de l’écrivain dont l’écriture est un acte de plaisir solitaire mais qui finit par fatiguer la main.

Enfin, elle aborde le sujet! J’entends d’ici (de ceux qui me l’ont demandé) les ravissements et le dédouanement (si tant est qu’ils en aient encore besoin pour continuer leur pratique auto-érotique). Car pourquoi aborder le sujet de la masturbation si intime et si commun (surtout à la majorité des hommes)? Tout simplement parce qu’au même titre que la sexualité dont elle fait partie, la masturbation, quand elle est évoquée  lors des séances en psychothérapie, l’est toujours  avec beaucoup de gêne. Sous-jacents à sa pratique d’innombrables qualificatifs  définissent le masturbateur (personne qui se masturbe) comme coupable, honteux, pécheur pour certains, acte contre nature pour d’autres, sans oublier la mention « sale » souvent ajoutée dès que l’aveu de la faute est exprimé.

Pour pouvoir vous entretenir sur ce sujet aussi sensible que tabou, j’ai ressorti de derrière les fagots le petit livre de Philippe Brenot dont le titre, il y a quelques années, avait attiré mon attention : « Eloge de la masturbation« . Je vais donc essayer de le résumer pour en finir avec ce qui demeure encore aujourd’hui, même si c’est moins prégnant, autre chose qu’une étape nécessaire et indispensable à la maturation et le garant de l‘autonomie sexuelle dans le couple comme le précise Ph. Brenot. La masturbation n’est ni sale, ni honteuse, ni perverse, ni réservée à l’adolescence, ni aux célibataires!

La masturbation est une pratique manuelle qui se joue en solitaire ou en couple et aboutit à l‘orgasme. Elle reste cependant le tabou le plus solide de la morale occidentale. Elle est sujette à bien des culpabilités à qui la pratique. Pourtant pouvoir en parler comme on parle de la sexualité, permettrait à sa nature aux fonctions multiples, de dédramatiser, de libèrer les tensions.  Après vous avoir mis l’eau à la bouche et la main au panier, je continuerai à vous en parler dans les jours qui viennent. En attendant la suite faites-vous plaisir et délivrez-vous des préjugés assassins auxquels elle était enchaînée.

Continent noir

Est-on bien loin du phallus dont Freud  institua la primauté en tant qu’organe de la jouissance pour l’homme et pour la femme? D’ici encore, on entend le soupir d’incompréhension du  papa de la psychanalyse. La vie sexuelle des femmes lui était complètement inconnue comme il le révélait en la nommant le « continent noir« . Que connaissait Freud de la sexualité féminine? Pas grand chose, si ce n’est l’inaccessibilité, pour elles,  à  une sexualité réjouissante. Elle était entravée par les institutions religieuses, ligotée par la morale, piégée par l’obligation de se soumettre au seul désir de l’homme qui la transformait en objet sexuel. Pour Freud, la femme était-elle autre chose qu’un animal domestique à ne considérer que sous l’angle de la pathologique sexuelle? Hystérie des femmes mal aimées, frustration dans leur besoin d’exprimer l’amour autrement qu’en maternités qui leur remplissaient le ventre régulièrement tous les neuf mois?  Sous prétexte qu’elle n’avait pas entre les jambes cette petite chose qui gonfle et qui ne servait qu’à satisfaire, en envoyant en l’air, l’homme qu’elle devait chérir. Pas si sûr que les choses aient beaucoup changé!

Si la contraception a permis de dissocier maternité et sexualité (dans l’absolu) il n’en va pas de même dans l’esprit des femmes qui cheminent encore avec un lourd bagage socioculturel. Les interdits, les tabous, la généalogie et l’histoire personnelle de chacune, font que les femmes ne sont jamais totalement déconnectées de l’amour dans leur rapport au sexe. Pour la plupart le sexe et le cœur sont intimement liés.

 » La femme ne peut accepter d’être désirante qu’au nom de l’amour »

Cela a t-il changé? Oui, si l’on en croit certains magasines qui préconisent les jouets à la mode. Les sex toys s’exhibent ailleurs que dans les catalogues VPC où ils se cachaient auparavant. Certainement Internet a facilité la vulgarisation de ces objets de plaisir. Ils se répandent, comme des petits pains au chocolat dans les boulangeries, pour arriver jusque dans les demeures dans des réunions genre Tupperware.

Non, cela n’a pas beaucoup changé depuis 68, comme le diront certains spécialistes du sexe. Philippe Brenot (psychiatre et directeur de l’enseignement de sexologie à Paris V)   grand prosélyte de la masturbation ne dira pas le contraire, lui qui conseille l’autoérotisme (Y a pas de mal à se faire du bien.) Il ajoute  » la sexualité s’apprend ». Pour les hommes aussi bien que pour les femmes.  « Ces dernières ont encore du mal à accéder au plaisir et au désir parce que contrairement aux hommes beaucoup ont une expérience limitée de la masturbation » précise t-il.

La sexualité est un art et comme la cuisine ça s’apprend. Ce n’est pas la recette sous vos yeux qui va faire le plat mais ce que vous allez y mettre d’art qui en fera la réussite. Les femmes sont excisées psychiquement parce que cette partie de leur corps est encore taboue, elles ont beaucoup de difficultés à s’en servir seule. Elles ont besoin de partager avec un-e- partenaire. Même si la sexualité  des femmes de 20-50 n’a plus grand chose à voir avec celle de leurs mères ou de leurs grands-mères. Même si celle-ci ressemble de plus en plus à celle des hommes. Même si la multiplication des expériences est assumée sans complexes… la plupart des femmes a besoin d’aimer et de se sentir aimée pour avoir une sexualité épanouissante. Les jouets sexuels vont-ils remplacer ce besoin de partager qu’ont les femmes ? Qu’en pensez-vous messieurs?



Le lapsus ! Je pourrais dire d’ores et déjà qu’à lui tout seul, le mot lapsus contient deux représentations imagées : la première concerne le temps dans son intervalle : laps, et us : l’usage, les traditions, les us et coutumes. La seconde image peut concerner ce qui se passe pour un chat (par exemple) dans le fait de boire : il lap-e- et la seconde partie -sus- est la période orale de l’enfant qui tète. En tétant ce dernier suce le sein de sa mère. L’animal lape et l’enfant suce. Toutes ces actions se retrouvent dans le laps de temps qui est d’usage dans l’enfance où il n’est pas rare pour un enfant de faire le chat en lapant  son potage à même l’assiette, après avoir sucé le sein de sa mère. Ceci est une petite digression  en forme de récréation  sur  le lapsus qui est toujours révélateur de désirs inconscients.

Mais le lapsus n’est pas du langage des oiseaux quoique l’on puisse se servir de ce mot pour en faire. Je vais donc évoquer un beau lapsus fait par un homme que je massais une fois par semaine et cela depuis plusieurs mois. Il me fit comprendre à plusieurs reprises que là où il allait avant, la personne qui avait cessé son activité, le massait en terminant par une libération. Oui, c’est le mot que la plupart des hommes emploie pour savoir comment je termine le massage : « Y a t’il une libération?  » demandent-ils invariablement au moment de prendre le rendez-vous. Ce à quoi je réponds si je suis de bonne humeur « Pourquoi vous êtes enchainé à votre sexe ? »

Donc, ce monsieur que j’appellerai Jean pour l’occasion, était patraque ce jour là et se mit à tousser pendant le massage.  « Vous êtes enrhumé, il faut vous soigner, Jean ! » «  Oh! non, je ne suis pas malade  » me répond-il  et enchaîne « Je mousse beaucoup et touche peu, mais ça va passer!  » Je retins mon rire en lui demandant de redire ce qu’il venait d’exprimer et à ma stupéfaction il répéta la même phrase en essayant toutefois de la dire autrement sans y parvenir : « Heu! Enfin, oui, je mousse beaucoup et touche peu ». Je lui fis remarquer le beau lapsus. Jean, à la limite de l’agacement, s’énerva presque: « Oh! ça va!!! »

Connaissant le désir de Jean, ayant eu au fil des séances des confidences de sa vie conjugale, j’ai mis ce lapsus sur le compte du désir non satisfait ni par sa femme encore moins par moi. Il avait recours à soixante treize ans à la masturbation et espérait que je prenne le relais puisque Jean en avait assez « que sa main soit la seule à le faire mousser qui plus est sans toucher quoique ce soit d’une Autre qui viendrait nourrir son fantasme « 

Jean ne revint qu’une fois après ce lapsus et depuis je n’ai plus de ses nouvelles.

Vous l’aurez compris « Je mouche beaucoup et tousse peu » était ce que voulait dire Jean.