Dans le temps imparti nous avons tenté d’aborder un maximum de questions du livre « L’amour à l’épreuve du couple » qui aborde de façon complète mais théorique les questions, les problématiques qui se posent dans le couple. Ce n’est pas un ouvrage qui donne des recettes, par contre il interroge sur la complexité du couple, l’importance de redonner du sens au désir de faire couple. Et ne jamais oublier qu’il y a autant de couples possibles que d’individus qui le forment comme je peux le vérifier tous les jours dans ma pratique en cabinet.
L’amour et le couple : L’amour est ce qui fait battre le cœur et rend les mains moites. Le couple est ce dans quoi l’on s’engage par amour. Du moins à notre époque et dans notre société. Mais pas toujours. Pas de tout temps.
Lors de la rencontre deux êtres se découvrent : toutes les différences sont abolies, on ne fait qu’un, (mais lequel des deux fait-on ?) on fusionne en parfaite symbiose, on pense la même chose au même moment, on prête à l’autre toutes les qualités, on projette sur l’autre l’idéal imaginé ; autrement dit l’amour rend aveugle : comme disait Cocteau « les hommes naissent aveugles ils ne s’en aperçoivent que lorsque la vérité leur crève les yeux «
Mes questions : le couple rendrait-il la vue ? Serait-il garant de l’objectivité ? Le couple permettrait-il la reconnaissance des êtres tels qu’ils sont? Que devient l’amour et comment se transforme t-il à l’intérieur du couple ?
Réponse de notre invité qui remercie pour l’accueil qui lui a été réservé dans ce lieu magique (le 3.14), qui éveille l’imaginaire, lieu propice au couple et à l’amour. Pour David l’amour ne rend pas aveugle mais, parce que nous sommes agit par l’inconscient, c’est ce dernier qui est à l’œuvre quand nous tombons amoureux.Il y a là un quelque chose qui nous échappe, un quelque chose qui n’est pas irrationnel et qui s’explique. Les rencontres se font donc au niveau inconscient. Ce qui opère dans la rencontre est l‘idéalisation, l’imaginaire, les espoirs, les attentes de réparation d’anciennes blessures; il s’agit d’un embellissement de la réalité. Le fait de se « mettre en couple « fait-il découvrir la réalité ? Oui, car la relation s’engage au quotidien qui n’est autre que la vie réelle. La part de l’imaginaire se trouve face à une réalité qui se confronte au quotidien. Le couple ne peut continuer à vivre comme lors de la rencontre en se coupant du monde, vivant en autarcie ou sortir, passer des nuits à faire l’amour et le reste du temps à se bécoter. C’est moi qui dit ça comme ça pour résumer les propos tout en leur restant fidèle. « J’ai été trompé sur la marchandise; il /elle a changé » entent-on souvent dire! Non, on ne change pas, ce sont les conditions qui changent. Cela peut être une aubaine, une occasion d’apprendre à se connaître en évitant les déceptions; il y a là l’occasion à saisir pour passer de l’état d’être amoureux à celui d‘aimer.
J’insiste avec mes questions : Les êtres que nous sommes ne changent pas ce qui change est le regard que nous portons sur l’autre que l’on a cru idéal. On perd ses illusions, on se rend à l’évidence qu’il s’agit de la construction d’un être idéal qui n’existe pas dans la réalité. Dans nos sociétés le couple est fondé sur l’amour réciproque dès lors qu’il se forme ; est-ce à dire qu’il y a désamour lorsque le couple se sépare ? Le temps use-t-il le couple ou le consolide t-il ? Est-il si difficile de vivre l’amour au sein du mariage ? Le quotidien éteint-il le sentiment d’amour ? Le quotidien conduit-il forcément à la routine ? Le lien conjugal empêcherait-il le couple de durer? Le couple noue ses liens à l’intérieur de la sphère privée : il se recroqueville en vivant en vase clos ; est-il enfermé ? Peut-on dire que le couple est un lieu d’asphyxie, d’étouffement ? Sans parler de recette magique y a-t-il des pièges à éviter pour qu’il n’en soit pas ainsi ?
D.S : On met dans le couple tous nos manques, tout ce que l’on n’a pas eu et dont on rêve. Effectivement il n’y a pas de recette miracle; il faut être attentif et ne pas croire qu’il existe une personne « fabriquée » sur mesure qui nous serait destinée; LA bonne personne, celle qui concentrerait en elle toutes les attentes, au risque de décevoir Laura qui dit avoir eu de la chance puisqu’elle affirme l’avoir trouvée. Or, LA bonne personne, n’existe pas. On a de la chance de rencontrer la bonne personne avec laquelle ça va bien se passer mais en aucun cas il n’existe LA bonne personne qui aurait été construite pour soi, comme un objet. Une personne n’est pas un objet qui se fabrique. Il est inquiétant de penser qu’une personne aurait été construite pour soi; d’autant qu’en ces temps modernes où l’on change facilement de partenaire dès lors qu’il ne convient plus, il serait nécessaire d’avoir plusieurs bonnes personnes en attente.Comme l’enfant capricieux qui a cassé son jouet et veut en changer.
LA bonne personne « fabriquée » pour soi est un mythe (que certains sites de rencontres font miroiter pour convaincre leurs adhérents qu’il suffirait de cocher des cases pour définir LA personne faite pour nous). Le couple est fondé sur deux individus distincts avec chacun son parcours de vie. Le fait que le couple actuel soit fondé sur l’amour pose problème parce que si il y a Amour il y a besoin, il y a tendance à fusionner. Le désir de fusion est une tendance à vouloir faire Un de deux êtres distincts. Cette tendance fusionnelle fait partie de l’amour. Or, le couple est formé de deux personnes différentes qui tiennent chacune à leur individualité, à être différenciée. Le fait de désirer fusionner avec l’autre tout en voulant rester soi provoque des tensions comme la sensation d’ étouffer, d’asphyxier. La fusion donne l’impression de ne plus être soi, de se perdre dans la relation pourtant étroite. Impression aussi de ne plus exister en tant qu’être soi.
La fusion génère l’angoisse; cette angoisse émane de notre propre tendance inconsciente à désirer fusionner qui finit par étouffer. Cette fusion là est quelque chose vécue sur le plan psychique qui si elle perdure déconnecte de la réalité pour en édifier une autre à partir de soi où se forme le délire.C’est ce qui advient lorsque le couple vit en osmose totale, que l’un sans l’autre ne peut agir, ce que certains appellent le bonheur.
Le bonheur parlons-en! Qu’est-ce que le bonheur?Un petit aparté : Je suis d’accord avec Léo Ferré lorsqu’il disait « le bonheur ne peut être fait que d’instants. » (Léo Ferré fait partie de mes philosophes préférés !) Une autre conception du bonheur consiste à être totalement détaché des aléas de la vie; c’est ne ressentir ni souffrance ni paix, n’avoir ni besoin ni désir. C’est être ni plus ni moins hors du temps ce que l’on nomme ataraxie. Sur le plan psychique on est en dehors. Le bonheur tel que décrit là est un état qui se rapproche de la mort et qui n’est pas la sérénité comme le proposait une auditrice.Si l’on pousse l’analyse plus loin on s’aperçoit qu’être dans la fusion est ce que l’on perd de soi en tant qu’identité. David évoque « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen l’histoire de ce couple fusionnel jusqu’à la mort. (Extraordinaire roman à lire si ce n’est déjà fait)
Je m’excuse d’être une « Psy bourreau de l’amour » comme le célèbre psy Irvin D.Yalom s’intitule dans un de ses livres. Parce que le psy démonte tout le mécanisme aussi bien physiologique que psychique, il fait toucher du doigts les illusions qui ont mis en place le couple, il repère la fonction réparatrice pour mieux la mettre en évidence. De quoi casser la baraque aux couples de la première « cuvée. » La « cuvée » suivante est beaucoup plus réaliste, elle sait mieux à quoi s’attendre…
Les questions fusent : Peut-on vivre l‘amitié sans fusion ? Et la passion ? La passion veut dire souffrance en latin, pathos en grec est un moment de la quête, quand on n’a pas encore comblé son manque; là où il y a du manque il y aura du désir.
En posant les questions à David Simard j’avais l’impression d’être un élément de jury pour la soutenance de son Mémoire !Ou le professeur qui l’interrogeait sur son travail. Cette nouvelle façon de procéder m’a bien plu, j’étais tout à fait à l’aise dans ce rôle.
à suivre…