ψ
La sexualité devient compulsive lorsque la personne(homme ou femme, hétéro, bisexuelle ou homosexuelle) est contrainte à avoir de continuelles activités sexuelles afin de se sentir bien. Dans cet état où la pensée n’est tournée que vers l’idée de satisfaire la sexualité envahissante, la personne néglige les autres aspects de sa vie. Le partenaire, les enfants s’il en a, se sentent délaissés parce qu’il les délaisse. Son travail s’en trouvera aussi affecté puisqu’elle passera son temps à en chercher pour satisfaire en la planifiant sa sexualité. La personne dépensera beaucoup d’argent ce qui mettra en danger ses finances. Sans parler de sa santé physique par les maladies qu’elle pourrait contracter; en principe ces personnes sont tellement actives et leurs demandes sexuelles tellement puissantes qu’elles ne prennent aucune précaution comme se protéger par exemple des MST. Les défenses immunitaire se déprécient, compte tenu de l’alimentation souvent négligée, du peu de sommeil.
Voici un cas que j’ai ressorti de mes archives. Un dossier vieux de plus de 10 ans d’une patiente qui, je m’en souviens, raconta ce qu’elle vivait comme un cauchemar.
Mado avait un compagnon dont elle fut follement éprise dès l’instant où elle le vit. Sa situation conjugale ne lui permit pas de vivre avec; par ailleurs ce musicien ne pouvait s’engager dans une relation qui lui aurait demandé – une certaine – fidélité dont il se disait être incapable « Sur les routes, en tournée, il y a tant de belles filles et moi tant besoin d’aimer » Mado m’avoua que cette expression aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. Or, à cette époque là, elle était loin de s’imaginer que la franchise de son amoureux recelait déjà une très importante sexualité. De cette sorte de sexualité, dès son divorce, elle en fit l’expérience car jamais de sa vie elle ne connut « ça ». « J’aimais tant faire l’amour avec lui, ça durait des heures, il n’éjaculait jamais et restait dur dans moi des heures durant… Oui, mais « ça » c’était au début parce qu’après pour moi, faire l’amour tout le temps, ça me fatiguait et mon désir n’était plus présent, mais lui ne pensait qu’à ça. » Cet homme ne travaillait plus, il vivait sur ses économies et aux crochets des femmes qui l’hébergeaient. Mado quant à elle, l’acceptait tel quel plutôt que le voir repartir, s’éloigner d’elle.
Ce qu’il faisait de ses journées ? « Il créait des bandes sons pour un ami Américain musicien avec lequel il était toujours en relation. Pour lui, il passait des heures à enregistrer en boucle les mêmes « bouts ». Quel genre de son ? Des sons répétitifs, avec beaucoup de basses, de la house, avec quelques fois des voix qui rabâchaient des phrases à connotation sexuelle. Ça aussi ça devenait infernal, l’impression d’un marteau piqueur qui s’enfonçait dans la tête. Lui avait l’air de prendre son pied; il était fiévreux, excité quand il faisait cette musique comme quand il faisait l’amour. Jour et nuit. La situation s’est dégradée à son retour de Paris. Il s’est disputé avec son ex, ils avaient un enfant ensemble. Il devint triste, hargneux et ne me touchait presque plus. Il refusait de donner une pension alimentaire (pas de travail donc pas d’argent pour ça.) Son seul travail consistait à enregistrer des K7 audio et maintenant vidéos des programmes qui passaient tard dans la nuit sur canal + qui diffusait une fois par semaine un film porno. Ce qui fit déborder le vase est quand je le surpris en pleine nuit en train de se masturber avec une fureur difficile à voir. Ses yeux rivés sur la télé, son sexe dans sa main il avait l’air d’un fou. Tout cela était non seulement choquant mais incompréhensible pour moi. C’est vrai que je n’avais plus très envie de lui car ce n’était plus la joie du début. J’avais l’impression d’être utilisée sans être aimée; que la seule chose qui lui plaisait était de se masturber dans moi ; moi en tant que femme je ne l’intéressais plus. » Elle pleura à ce moment là. De chaudes larmes tombèrent de ses yeux comme retenues par une écluse fermée par tant de honte qu’elle me disait ressentir, pour lui, pour elle…Mais continua vaillamment comme pour en finir de raconter son drame.
« Parce qu’il ne mangeait plus, il maigrissait et tomba malade. J’étais prête à l’aider, à comprendre son mal dont il commençait à parler. Ce qu’il en disait concernait ce besoin excessif d’avoir à se masturber en permanence. Il voulait atteindre l’extase par ce moyen comme en parlaient les religions sacrées. Moi je pensais, sans le lui dire, qu’il délirait.Il commençait à avoir des démangeaisons sur le corps, un prurit d’après le dermato consulté. Ce dernier évoqua des défenses immunitaires qui seraient faibles et d’après ses conseils il devait éviter le stress, bien se nourrir et dormir. Tout ce que ne faisait pas cet homme, à part boire du café très sucré et se masturber…
Cet homme était atteint d’une sexualité compulsive dont le seul but était d’entretenir une forme de priapisme. Cela finissait par devenir source d’angoisse pour les deux partenaires et Mado ne savait plus à quel saint se vouer.
Poser des mots, identifier le problème de ce compagnon eut pour effet de calmer Mado et lui permit de se réapproprier la part d’elle-même qui avait été très amochée durant cette vie commune. Nous pouvions afin commencer à reconstruire l’identité de Mado dans son état antérieur à cet homme…
à suivre!