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Bernard Giraudeau en parlait si bien. Notamment dans « Les hommes à terre » succession magnifique de nouvelles qui parlent de marins, de leur rapport à la mer, à la terre ferme, à la solitude, au sexe.

Dans « Une histoire simple » où le marin déflore une jeune fille :

« Elle était blottie contre lui, la tête sur son épaule. Elle était si chaude. Sa queue durcissait et il ne savait pas comment faire pour qu’elle ne sente rien. Quand elle avait senti son sexe, elle avait redressé la tête. Elle l’avait regardé avec le même sourire d’innocence qu’elle lui servait chaque fois qu’il rougissait. Elle l’embrassa comme une femme qu’elle était. Il savait qu’il était trop tard…

Il l’avait soulevée et reposée sur sa queue sur laquelle elle s’enfonça doucement…Il avait senti quelque chose de chaud couler le long de sa queue et de ses couilles. Du sang probablement… Avec un linge il avait essuyé le sang, puis de nouveau l’avait caressée. Il effleurait sa peau avec ses mains comme des ailes de papillon. Il léchait le creux de ses cuisses. Elle avait murmuré : « Mange-moi« , et il l’avait dévorée. Elle aimait qu’il morde son épaule à la base du cou, qu’il mette ses seins dans sa bouche. Ça la brûlait. Elle tenait son sexe à lui dans sa main et avait fini par le manger elle aussi. »

Dans  l’histoire de Diego l’angolais Irène était confortable. Lisait plutôt :

« Elle (Irène) laissait le petit Diego mettre sa tête au bord du sexe. Il se lovait comme s’il voulait revenir à l’intérieur de la femme. Quand il avait chassé les cauchemars, elle suçait son zan jusqu’à la sève. Alors il s’apaisait. Un jour après la « petite mort« , dans la léthargie proche du sommeil, il avait entendu Irène murmurer : « C’est bon un homme tranquille, démuni, apaisé. » Il avait grogné un sourire. Il s’était souvenu d’un type sur les quais, un dimanche d’hiver, qui avait dû être prof de philo dans l’antiquité. Il affirmait avec violence que les hommes sans femme c’est pas naturel, monsieur. Pourtant ils se sauvent pour vivre entre eux et aller tuer les enfants des autres. Ils se déchirent pour un bout de territoire. Ils s’entre-tuent même pour des femmes qu’ils ne garderont pas. C’est pour prendre le pouvoir, monsieur, pour la cruauté, pour se soulager leur impuissance. Il leur manque l’essentiel, la maternité. Il prêchait avec émotion en gueulant : Branlez-vous, branlez-vous. C’est la paix qui manque le plus. Il affirmait que si l’on n’obligeait pas les hommes à se branler cinq fois par jour, il y aurait toujours autant de violence dans ce monde.

La violence est une absence d’amour.

« Il faut qu’il coïte, l’animal, qu’il baise, qu’il copule, qu’il tringle, qu’il sodomise ou l’inverse. Branlez-vous. Il avait fini sa crise à genoux, en sanglots, puis avait ajouté à mi-voix, épuisez-vous !

Il faisait froid. On est sourd quand il fait froid. Irène aussi pensait qu’il fallait caresser, détendre la bête, l’apaiser. Un soir qu’elle agitait Diego avec une énergie farouche et une joie désarmante, elle lui avait dit haletante : Regarde, regarde, vois comme il est agressif, ton sperme. Il fait beaucoup d’histoires pour rien. Il gicle comme s’il voulait conquérir le monde et il retombe foutu. Finalement l’agressivité, ça s’éjacule. Irène suivait certainement des cours de philo. »

Dernière vague du mois d’août. Ma libido s’étiole, alors à défaut de dévorer mon homme absent, je dévore des bouquins. Certains, qui n’ont rien compris, appellent ça de la paresse; moi j’appelle ça cultiver son imagination. Cette imagination indispensable qui a besoin d’être nourrie autant que la sexualité… Quelle richesse contenue dans les bouquins que je consomme et qui  m’empêchent de me consumer en attendant le retour de l’amoureux.Vous en faire profiter a été la joie de cet été quand une espèce d’inertie a scotché mon inspiration.

Agréable week end.

L’avion pris en sandwich entre deux couches de ouate nuageuses incite déjà à lâcher prise. Lâcher-prise sur les événements incontrôlables tels que le rendez-vous avec le destin en différant l‘orgasme annonciateur de  petite mort, condition indispensable pour renaître encore et encore à l’amour quand, comme le printemps, il reviendra. Dans cet avion  nulle trace d’érotisme qui puisse faire songer à rejouer « Histoire d’O » d’Emmanuelle. En révisant les conditions nécessaires à l’orgasme et ce bien après le décollage,  le  souffle en hyper ventilation prend possession des poumons, du sang et du cerveau. Ce faisant, par l’oxygénation massive provoquée, s’installent de nouveaux fantasmes qui très vite occupent soigneusement tout l’espace.  L’utilité de cette mise en oeuvre psychique appelé fantasme rend supportable cette position bien inconfortable d’un siège d’avion en rééquilibrant la réalité frustrante en scénarios satisfaisants. Sans atteindre le 7ème Ciel,  bien que s’en approchant, le fantasme donc, redonne ses  lettres de noblesse au  principe de plaisir en lieu et place d’une montée en puissance d’une pulsion libidinale. Vous l’avez compris c’est ce à quoi sert le fantasme : à rendre plus agréable une réalité qui ne l’est pas toujours. Ne vous en privez donc pas pour vous mettre en appétit sexuel quand la faim vient à manquer, le fantasme prendra le relais et fera d’un plat de pâtes un repas de roi.

Le lâcher-prise, le fantasme, l’hyper-ventilation, le dialogue, le partage, le désir sont aussi nécessaires  à la montée orgasmique, que de se libérer des tabous. Laisser faire et ne rien vouloir, ne pas faire de la volonté une condition de réussite puisqu’elle nuit à la réalisation du plaisir.Tout est permis dès l’instant où rien n’est imposé, où chacun respecte le désir de l’autre, où il n’ y a pas de contrainte…

Difficile dans un avion de pratiquer un yoga sexuel. Toutefois il est possible de faire circuler l’énergie, la dirigeant par la pensée dans tout le corps tout en restant sagement assis dans ce fauteuil inconfortable. Les yeux fermés. Le dos aussi droit que possible, la tête dans la continuité, le menton légèrement rentré et la bouche fermée, les poumons se remplissent d’air par de longues aspirations nasales. Cet air inspiré  va envahir la boîte crânienne par la jonction de la pointe de la langue sur le palais et redescendre le long de la colonne vertébrale. Au niveau du sacrum cette énergie va se séparer et redescendre le long des fessiers qui seront contractés, parcourir les jambes,  puis se disperser au niveau des pieds. Faites cet exercice plusieurs fois en concentrant votre pensée sur le souffle. Les mains sous le nombril ressentez l’énergie chaude qui s’en dégage. La bouche se remplit de salive. Le bien être envahit tout votre corps, toutes vos pensées…

Ouvrez les yeux et ne soyez pas déçus en voyant  le steward ou l’hôtesse; il ou elle vous proposera un thé ou un café mais pas de quoi vous expédier dans un fantasme délirant. Leur tête fatiguée, à peine souriante, n’invite ni aux jeux sexuels ni à leur représentation. Il suffit de fermer les yeux pour se reconnecter à l’énergie et retrouver sa chaleur bienfaisante, s’y envelopper et  s’endormir en attendant que l’oiseau se pose.

« L’érotisme ne peut être envisagé, que si l’envisageant, c’est l’homme qui est envisagé. …En particulier, il ne peut être envisagé indépendamment de l’histoire du travail, il ne peut être envisagé indépendamment de l’histoire des religions »

D’après Georges Bataille, dont citation ci-dessus issue de « L’érotisme« , il existe trois sortes d’érotisme: l’érotisme des corps, l’érotisme des cœurs et pour finir l’érotisme sacré. Dans l’érotisme des corps tout est mis en œuvre pour atteindre le plus intime en nous. Cet état de l’intime, impliqué dans le désir érotique, préfigure la dissolution de l’être que nous sommes – c’est ainsi que l’on parle d’une vie dissolue, en désignant une personne qui a une importante activité érotique.

Dans ce premier mouvement des corps unis dans l’érotisme, ne retrouve t-on pas la violence faite par la violation de l’intime de l’être des partenaires? Cette violation confine à la mort dont la « petite mort » en figure une représentation. « Il y a dans le passage de l’attitude normale au désir, une fascination fondamentale à la mort » (G.Bataille) Cette violation, consentie et recherchée,  qui œuvre dans l’érotisme, va déstructurer l’être fermé et discontinu (état normal) des partenaires. La nudité (se mettre à nu aussi bien symbolique que physique) qui accompagne l’érotisme dépossède d’un état établi, d’un Moi (dis)continu et entier, d’une forme de vie sociale, régulière.

L’érotisme des cœurs différemment de l’érotisme des corps, matériel, fait lien avec le sentiment amoureux des partenaires entre eux. Et c’est de ce sentiment souvent passionnel que surgit la violence. Cet état de passion introduit un trouble, un dérangement si grands qu’ils peuvent atteindre, sinon souhaiter,  la mort. La sienne ou celle du partenaire : « Je préfère mourir que de le perdre; ou le tuer plutôt qu’il s’en aille »; paroles entendues relativement souvent dans la consultation pour une problématique passionnelle. Car comme nous l’avons vu à l’article « La passion » celle-ci est intimement liée à la souffrance,  et, ai-je envie d’ajouter, elle lui est proportionnelle. Puisque « seule la souffrance révèle l’entière signification de l’être aimé« , c’est toujours Georges Bataille qui le dit.

La passion nous engage hors de nos limites que sont les interdits, elle nous engage dans la souffrance, puisqu’elle n’est au fond  que la recherche d’un impossible. La recherche d’un impossible que l’on pense avoir trouvé durant le temps que dure la passion – celle-ci unissant deux êtres pour n’en faire qu’un – cet impossible étant de pallier notre solitude. Cette promesse illusoire qui ne dure dans la passion que le temps d’une fusion de deux corps, peut être meurtrière si on la tient pour réalité en désirant la perpétuer dans la continuité. Cependant on retrouve dans la passion la vérité de l’être et sa continuité: « L’acte d’amour est un aveu » disait Albert Camus.

La continuité de l’être se façonne depuis la nuit des temps par le travail (on peut voir les outils retrouvés – entre autre – dans les grottes de Lascaux, dans les tombeaux). Le travail met en conscience de la mort et fait partie, avec les interdits réglant et limitant la sexualité, des conduites fondamentales qui gèrent le genre humain. L’érotisme découle de cette évolution, de cet aspect de la vie intérieure liée à la religion (religion voulant dire relier)

Faire se rejoindre l’érotisme et l’amour, telle fut la découverte de nombreux chercheurs de l’amour. L’amour - au sens du don, de l’altruisme, de la compassion, la sexualité d’où s’origine l’enfant et l’érotisme dont est issue toute sensualité, sont des formes compatibles de l’amour et, peuvent, ensemble, former un pont unique pour atteindre la rive du divin. On en reparle bientôt.