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Posts tagged ‘souffrance’

Depuis quelques mois,  la terre, les arbres et toute la végétation à l’agonie,  criaient « à boire! à boire! ». Depuis quelques jours la terre, les arbres et la végétation ont été reconnus dans leur soif. Le ciel a déversé sur la terre des trombes d’eau, a criblé de grêle le tapis de l’asphalte, a imbibé le sable des plages, a grossi la mer de gros rouleaux qui labouraient sa surface, a cabossé les toitures des voitures.

De l’été nous passons à l’automne dont le préambule météorologique quasi cataclysmique donne la mesure de ce que sera notre automne. Le ciel a donc annoncé  la couleur; ainsi nous ne pourrons plus nous plaindre de la chaleur. Les signes négatifs présents justifient le changement de saison.

Tout comme la végétation, les arbres ne peuvent se fortifier en l’absence de vent, d’orages, de l’agitation des éléments, la moelle contenue dans notre colonne vertébrale se flétrit sans signes extérieurs de reconnaissance.

Tout sauf l’indifférence. L’indifférence gangrène les relations, les fait mourir et nous avec. À petit feu.

Baisers, câlins, remontrances, déclarations d’amour ou de haine, gifles, compliments ou engueulades, caresses sont autant de stimulations données ou reçues, agréables ou désagréables. Toutes ces manifestations, y compris négatives,  sont préférables à l’indifférence, au silence, au fait d’être ignoré. Tous ces signes prouvent que nous existons pour la personne qui nous les donne.  L’enfant battu préférera l’être que d’être ignoré. A partir de là il peut mettre une stratégie en place qui va lui permettre de survivre. Attention !!! Je ne dis pas de battre les enfants !

De la naissance, où les paroles, les mimiques vont accompagner les gestes de tendresse, d‘amour, à son corollaire, la vieillesse et la mort, les stimulations physiques et verbales sont vitales pour rester en bon état de marche…Malheureusement, le plus souvent, seules les paroles (positives ou négatives) sont présentes au détriment du toucher. « Dès que mon père a su par ma mère que j’étais devenue une jeune fille (menstruée) il a cessé de me câliner; à peine m’adressait-il la parole« , pleurait  Mélodie. Il est important de réapprendre à se toucher dans les couples (caresses), dans la fratrie (bagarres, disputes; oui, oui, c’est utile) entre amis (se serrer dans les bras pour se dire bonjour en s’embrassant). Qu’entendons-nous ? « On se couche, se tourne chacun de notre côté, on s’endort après avoir lancé un bonsoir idiot » disait Gisèle. « Mon frère et moi redevenions les meilleurs amis du monde après des bagarres mémorables » racontait Christophe…Une dame âgée  » Cette jeune femme est délicieuse, chaque fois qu’elle me visite,  elle me gâte de chocolats et tout le temps de l’échange elle tient mes mains entre les siennes »

Trois signes de reconnaissance :

  • Le signe de reconnaissance positif : vous l’aurez deviné, il est le signe le plus apprécié. Quand nous sommes félicités, encouragés, reconnus, complimentés nous avançons dans la vie épanouis, surs de nous. Revalorisés par ces signes, nous sommes habités par une bonne énergie, la joie de vivre nous accompagne, nos relations sont de bonne qualité.
  • Le signe de reconnaissance négatif : se manifestera par des paroles mettant en cause notre incapacité (t’es incapable de manger proprement), notre peu de valeur (t’es bon à rien)… Cette manière d’aborder les situations et les individus va induire du déplaisir, de la souffrance, de la méfiance et du doute. Mais bien que nous préférons recevoir des signes de reconnaissance positifs les signes négatifs sont préférables à
  • L’absence de signes de reconnaissance : pour activer les signes de reconnaissance stimulant notre organisme nous sommes prêts à tout et y compris à créer des scènes de ménage, des disputes, des bagarres, des conflits. Tout plutôt que l’absence de reconnaissance. Tout plutôt que  l’indifférence.

N’est-ce-pas ce qui se passe dans les grandes entreprises où les employés pressés comme citrons, sans rien pour les valoriser finissent par se suicider? Le malaise de nos sociétés où la solidarité (chacun pour soi est la règle) a pratiquement disparu au profit d’un rendement exténuant et compétitif sont autant de signes révélateurs où le travail sans reconnaissance provoque la mort.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Eh oui, cher Louis (Aragon), de plus en plus. Terrible non ?

La Passion

Bien que l’on ait envie de dire sans réfléchir « Oui,on peut être amoureux  sans pathos! » le mot passion contient une définition de souffrance tant et si bien que la question en devient inutile. Dans sa racine « passion » veut dire pathos et la pathologie est l’étude des passions. La passion est « un mouvement violent, impétueux de l’être vers ce qu’il désire, une émotion puissante et continue qui domine la raison » écrit Roland Gori dans la logique des passions.

Sachant la pluralité des passions, de celle du jeu à celle du collectionneur ou celle du toxicomane pour le produit dont il est dépendant, je ne parlerai ici que de la passion amoureuse…Dans tous les cas la passion s’exprime dans un rapport à l’objet, aussi elle peut être considérée autant comme une faiblesse que comme la marque d’une grande âme. Elle peut être une défaillance de la raison mais aussi indiquer une intensité de sentiment permettant à une force vive d’accomplir de très grandes choses. Dans « Pour introduire le narcissisme », de la passion Freud disait « elle a la force de supprimer les refoulements… », et R.Gori, précédemment cité, parle des passions comme étant « les discours de souffrance« . Alors peut-on aimer sans pathos? « Non, puisque l’amour est une névrose » me répondit l’amie à qui je posai cette question…il y a belle lurette! Et elle avait raison car comme Freud elle avait découvert sans jamais l’avoir lu « que les symptômes constituaient la manière d’aimer du névrosé » et découvrait à l’instant même de ses dires qu’être passionné était être dans la souffrance.

Qu’en est-il des femmes qui veulent représenter « tout » pour celui qu’elles aiment? Être leur femme, leur amante, leur sœur, leur putain, sans oublier  leur mère? C’est bien de cela dont il s’agit : l’on cherche dans l’amour soit à donner ce que l’on a reçu ou pas, soit à combler l’Autre de ses propres manques. Combler les failles, les carences de l’Autre. « Tu es tout pour moi » comme le lui a dit sa mère qui n’a pu tenir les engagements « fantasmés » par l’enfant. Une récurrence en thérapie est que les hommes ne peuvent aimer la femme qu’ils désirent et ne désirent pas celles qu’ils aiment, celle-ci étant trop proche de la mère « interdite » (sexuellement)

Une personne follement amoureuse est dépossédée d’elle-même, n’a plus la maîtrise de ses pensées ni de ses actes. Elle va s’entourer de vide pour le combler d’une seule et obsessionnelle présence: son objet d’amour; faire le vide relationnel pour ne vivre que ce « tout » qu’est l’Autre ». « Tu es ma vie, le sang qui coule dans mes veines… »Qui a connu la passion a dit ou entendu ces mots.

La passion ne serait que la résurgence d’un sentiment éprouvé dans l’enfance où se mêlent la peur de perdre – suite à la séparation maternelle ressentie comme étant abandonné d’elle – et l’aliénation à cet amour  illusoire. Le sentiment de détresse vécu lors de la passion est générée par la peur d’être abandonné, la résurgence d’une passion originaire dont on n’a plus la trace mnésique, et non pas produit par les effets de la passion en train de se vivre. Cet état de détresse va amener le passionné au dénuement le plus absolu, aussi bien physique que psychique; dénuement qui le dépossède totalement tant au niveau relationnel que pécuniaire, l’argent étant le signifiant suprême. « A quoi me sert d’avoir, de posséder de l’argent, puisque je t’ai et par toi je suis »

Parce que là encore la passion exprime le lien secret – et inavouable – à la mort et à la destruction pour ceux qui s’y adonnent de tout leur être. L’amour fou peut conduire les passionnés au suicide en réactualisant tous les manques, tous les traumatismes de l’enfance…quand la tentative a échoué.

Ok, mais sur le chemin de l’amour ne passe pas forcément la passion?

La passion amoureuse est comme une maladie que l’on aurait contractée mais qui, ensuite, garantit l‘immunité. Et ce n’est qu’après que l’on peut vivre le vrai et bel amour sans pathos. Mon amie qui me disait cela avait l’air de savoir de quoi elle parlait. Ouf! Je l’ai échappé belle et vous, où en êtes-vous?