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Au XIX siècle une corsetière avait affiché, pour promouvoir son enseigne, » Contient les forts, soutient les faibles et ramène les égarés. » Quelle belle définition, n’est-ce-pas que celle définissant le soutien-gorge de cette boutique ? Faibles, forts mettent en avant la dualité contenue dans la représentation féminine et en chaque personne le dualisme existant entre le spirituel et le charnel. Les forts symbolisant la femme triomphante, bien en chair, la poitrine opulente et la sexualité épanouie représentent la victoire du charnel; alors que les faibles représentés par leur petitesse, leur faible rondeur, symbolisent la femme idéalisée, pure de toute sexualité caricaturant la vision spirituelle de l’amour.
A chaque époque ces deux visions s’opposent l’une à l’autre. Les artistes (peintres, sculpteurs, poètes, photographes) ont fait des seins, tantôt l’emblème du féminin versant maternité avec la femme aux seins hypertrophiés, vision morale et finalité de la femme-mère. Tantôt la poitrine plate à la garçonne, faisait des femmes l’alter ego des hommes partis à la guerre (14/18, par exemple) et palier ainsi leur absence. Les femmes par la force des événements se masculinisaient et avaient le devoir de rester pour entretenir les champs et reprendre les rênes des affaires. Il y avait encore les seins, jamais oubliés, de la prostituée, à la manière de Georges Rouault qui les représentait par un amas desséché, fripé et sans forme; la laideur exprimait la décadence morale en symbolisant la honte et la corruption. La femme a été tour à tour vertueuse, dévergondée ou jouisseuse selon la représentation que faisait l’artiste de ses seins. Et ainsi par son art, lui-même mettait en lumière l’importance et les qualités qu’il accordait à la femme.
A travers l’art le sein reste un motif d’attraction et un élément chargé de significations. Le sein définira toujours dans l’iconographie mammaire, sujette à de nombreuses variations, le symbolisme d’une époque et d’une culture donnés. Il définira d’autant plus l’idéal esthétique, la diversité des attitudes face à la femme, à la sexualité, à la morale, à la maternité. L’art traduit un regard de la condition humaine.
Seins opulents, généreux, coquins pour les libertins; entravés de baleines, armurés sous la Renaissance; hauts les seins ou cachés pour mieux attiser le désir; pommadés pour maintenir fermes et rondes les deux pommes suspendues sur le buste ou les mettre au régime sportif ou hypocalorique. Le sein se décline sous toute ses formes, sous toutes les latitudes et toutes les cultures. En forme de poches de gants mouillés aujourd’hui réparés, siliconés par la chirurgie esthétique, la femme par intermédiaire de ses seins est soumise ou se soumet à la dictature de l’imaginaire collectif.
Le sein organe sexuel :
Tout comme la quasi absence de pilosité et la voix aiguë des femmes sont des caractères sexuels secondaires, l’un des plus importants reste les seins et marquent la différentiation sexuelle. Les seins occupent une place prépondérante dans la relation sexuelle. Par la pratique des exercices sexuels Taoïstes nous apprenons que les seins sont reliés par un canal (énergétique) au vagin. Stimuler la poitrine par des caresses ou des massages entraînera des modifications de la région génitale. Sexuellement stimulés nous verrons le mamelon se durcir, l’aréole se rétracter, leur volume augmenter ainsi que leur fermeté. Les médecins de l’époque d’Hippocrate savaient déjà le lien entre les seins et l’utérus. La succion des seins déclenche à elle seule les contractions utérines et favorise l’involution de l’utérus après l’accouchement.
Les seins sont le seul critère fondamental visibles à l’œil nu de l’identité sexuée féminine. Ils sont le sexe de la femme non seulement physique mais également psychique et culturel.
Dans ce monde où la ressemblance entre femme et homme est de plus en plus fréquente, le sein est l’identification de l’identité sexuelle féminine, et, orgueil de la femme, il fait obstacle à l’androgynie.
à suivre….


