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Qu’entend-on par troubles sexuels féminins ? Quand une difficulté sexuelle se transforme-t-elle en dysfonction sexuelle ?

Nous allons faire l’inventaire de ce qui aujourd’hui sont souvent considérés comme troubles sexuels alors qu’en réalité ‘ils ne sont  que des occasions inespérées servant à fabriquer de nouvelles maladies pour lesquelles les  industriels pharmaceutiques trouveront la réponse sous forme de pilules…

Ainsi il est va du déclin du désir sexuel. Pourquoi ne pas reconnaître sans en faire une maladie sexuelle que l‘absence de désir sexuel n’est souvent pas autre chose qu’une réponse fonctionnelle et saine des femmes souffrant de stress, de fatigue ou encore servant d’argument et de refus à la menace d’un partenaire trop violent?

Au travers de l’écoute nous devrions être capables de distinguer des inhibitions adaptatives de réponses sexuelles pour ne pas les confondre avec les véritables dysfonctions sexuelles. Ce qui n’est pas toujours le cas. Loin s’en faut. Ceci entraînant une surmédicalisation d’une difficulté sexuelle qui laisse de côté les autres aspects de la vie des femmes. Ce phénomène augmente le nombre de celles qui croient être atteintes de TSF (troubles sexuels féminins) sans que cela repose sur une quelconque réalité.  De ce fait les femmes focalisent sur le seul coït en faisant de ce dernier la norme sexuelle du couple…

Pourtant nous ne pouvons ignorer les détresses véritables. Le manque de lubrification, le vaginisme (impossibilité d’être pénétrée) les douleurs persistantes et répétitives pendant le rapport sexuel (dyspareunies) mériteront d’être traités dans le cadre médical, alors que l’anorgasmie ou la perte de désir seront abordés par la psychothérapie. Il est important de faire la part de l’organique, de l’hormonal et du psychologique (la présence de difficultés au sein du couple, la pression tant sociale qu’éducative ou même culturelle (religieuse).  La santé sexuelle passe par une sexualité épanouie. Elle est un bien précieux qui demande attention, c’est une revendication légitime. Pour autant médicaliser l’amour sans se préoccuper de l’état psychique ou abonder dans le tout psychologisant sans se préoccuper de l‘organique est un illogisme;  ne pas dissocier ces deux paramètres en privilégiant l’un plus au détriment de l’autre.

Si un homme n’a pas d‘érection dont la cause est un manque de désir pour sa partenaire, ce n’est pas la pilule miracle Viagra (pour ne pas la nommer) qui agira sur son désir. Il en va de même pour la femme, d’autant plus que sa sexualité est beaucoup plus complexe; il n’existe pas une pilule, quelle que soit sa couleur, qui lui fera avoir un orgasme. Ni qui créera l’amour. Ni le désir.

À répéter encore : il n’existe pas de normes quant à la quantité, à la fréquence des rapports ni de manières spécifiques pour arriver à un rapport satisfaisant et comblant. Se comparer aux représentations en vogue empoisonne la vie de beaucoup de couples…

Nous verrons combien les facteurs individuels peuvent amener ou maintenir un problème d’une dysfonction sexuelle.

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Au féminin, le désir réel éprouvé est d’abord cérébral …

En 2008 une enquête sur le désir féminin constate que 64% des femmes ne savent pas quoi faire et même ne font rien quand leur libido se fait la malle; quand elles n’ont plus de plaisir ou que la ménopause les perturbe autant qu’elles les inquiète. De ce constat il ressort que l’écoute des  gynécologues désinformés est pratiquement nulle.  Ils sont incapables de donner des informations ou de proposer des solutions  pour améliorer la sexualité des femmes. Les femmes elles-mêmes stressées, fatiguées, soucieuses financièrement ne trouvent guère le temps de consulter pour ces « broutilles. » Leur désir est inexistant ? Voilà le bon prétexte pour enfermer leur sexualité au placard, débarrassées de cette chose encombrante dont la ménopause les libèrera des turpitudes de la procréation.

Non, non, je ne délire pas et c’est bien de notre époque dont je parle où sont pratiqués en France  200 000 avortements par an. Ce chiffre qui n’a pas reculé depuis quinze ans est en augmentation chez les jeunes filles de 15 à 19 ans.

Le désir féminin est compliqué se plaisent à dire les chercheurs ! Depuis que les hommes ont découvert que chez la femme le cerveau et l’émotion doivent être mobilisés, ils trouvent difficile d’extrapoler sur les femmes les recherches faites sur le désir masculin. Ainsi apprend-on par Mérédith Chivers que chez la femme, le désir réel éprouvé est d’abord cérébral, indépendant des réactions physiques; la connaissance, les recherches sur la sexualité féminine sont encore au Moyen Âge. Un écart de 30 ans sépare les recherches  et les avancées sur le désir  sexuel féminin  sur celles menées sur le désir masculin.

Alors oui, les laboratoires pharmaceutiques, projetant un juteux marché ont essayé de lancer  un médicament le Viagra au féminin. Au départ il s’agit d’un antidépresseur utilisé sur 5000 femmes  avec pour effets une augmentation du désir féminin qui leur donnait l’envie de « faire l’amour ». Les psychiatres étonnés que l’on prescrive un tel antidépresseur à des femmes non dépressives sans tenir compte des effets secondaires éventuels ( désinhibition accompagné de bouffées suicidaires) ont questionné le laboratoire, qui assure t-il, il ne s’agissait pas là d’un véritable antidépresseur mais un « effect-like » aux effets comparables sans en présenter les mauvais effets. À utiliser en traitement de fond sur plusieurs mois, différemment du Viagra à prendre ponctuellement. Ce médicament est prescrit à des femmes atteintes d’un trouble du désir sexuel hypoactif (HSDD). Voilà t-il pas encore une manière de médicaliser les malaises existentiels et les difficultés sexuelles des femmes ?

Du désir des femmes, peu en savent quelque chose. Les premiers humains vivaient dans des conditions dangereuses, faisaient l’amour vite et violemment, les femmes devant s’adapter. Ceci expliquant cela : les réactions génitales spontanées, rançon de l’évolution, ce qui expliqueraient pourquoi lors des procès pour viol, certains hommes prétendent que les femmes étaient consentantes malgré leur refus. Elles ne l’étaient pas (consentantes) leur corps a réagit malgré elle. (Héléne Gelez)

La recherche sur la sexualité féminine reste comme au temps de Freud et demeure encore un continent noir, une terre inconnue. Elle avance aussi vite qu’un escargot. Concernant la protection du sida, il fallut attendre les années 2000, pour que les études soient menées sur les gels microbicides. Ces gels et les préservatifs féminins sont pratiquement inconnus des femmes, celles-ci continuant à utiliser des préservatifs masculins plus difficiles d’emploi et moins agréables que les gels et préservatifs féminins.

Pourtant 83% des femmes ressentent les attentions de leur partenaire à leur égard comme moteur de leur désir; 91% estiment que le contact de  peau de leur partenaire stimule leur désir; 96% des femmes confient avoir des fantasmes. Par contre 48% sont inhibées par les mots crus pendant l’amour; 50% disent que le stress porte atteinte à leur désir. 48% des femmes éprouvent du désarroi face à une baisse de libido; 95% ont des baisses de désir momentané, et 34% accusent la monotonie de freiner leur désir. (Extraits des résultats de l’enquête Ipsos santé, réalisée sur 1500 femmes âgées de 18 à 65 ans)

Après cette énumération  d’aborder le désir avec votre dulcinée, vous savez monsieur ce qui vous reste à faire.

Dans une récente interview donnée au Point Boris Cyrulnik déplorait que nous soyons passés d’une sexualité métaphysique, sacrée, dans le sens où elle donne la vie, à une sexualité physique, mécanique pourrait-on même dire, dans le sens où l’acte sexuel tend à devenir la performance physique. Bander, tiendrait plus de la qualité de la pilule avalée avant l’acte que de la personne avec laquelle se pratique  l’acte. Femmes et hommes deviendraient-ils objets sexuels avant d’être d’amour?

La pilule contraceptive en libérant les femmes des grossesses non désirées,  leur a donné le choix de leur désir d’enfant, de leur plaisir, la jouissance de leur corps. Depuis quelques dizaines d’années on a recourt à la procréation médicale assistée, puis au sexe chimiquement assisté par la fameuse pilule bleue. Il y a dissociation de l‘acte et du sentiment sexuel, « émotion provoquée par une représentation qui participe au plaisir, dit Boris Cyrulnik. Performances sexuelles sans sentiment. L’homme machine  comme un marteau piqueur va s’enfoncer dans la femme en secousses de plus en plus frénétiques, durables, de  moins en moins revalorisantes, encore moins satisfaisantes émotionnellement. Jouir, jouir à tout prix, de tout et en particulier de la sexualité. Plaisir inextinguible qui va forcément conduire à la souffrance. Une société qui ne s’organise qu’en fonction des plaisirs vivra à court terme le dégout, l’amertume d’être frustré des promesses non tenues …

Boris Cyrulnik dit encore « Le sexe est l’endroit le plus civilisé de notre corps. » Avec la sexualité la nourriture sont les interdits originels qui fondent toute société. En faisant sauter les interdits (inceste, le meurtre),les tabous sexuels on libère la violence. N’ayant plus de contenant que sont les interdits, l’homme est de nouveau soumis à ses pulsions. La pilule bleue (Viagra) n’entrave pas les pulsions mais au contraire les augmente. Elle permet de les mettre en action sans aucun état d’âme, sans aucun sentiment.  On s’aperçoit de l’augmentation des agressions sexuelles, de viols, d’incestes. D’autre part et pour réagir un autre versant de la société va renforcer les interdits.

Où se situe la « normalité » et peut-on parler d’une norme dans le domaine sexuel? Est-il utile qu’un homme se transforme systématiquement en marteau piqueur sans états d’âme ? Où est l’intérêt d’avoir des performances qui ne seraient dues qu’à la chimie, annulant tout désir, qui ne serait que le résultat d’un mécanisme mis en marche chimiquement?

Voudrions-nous d’hommes qui ne seraient que godemichés, que sextoys?  Pour éviter cela  les femmes doivent admettre quelques  défaillances de  leur partenaire;  elles  doivent oser, si les défaillances  se répètent, ouvrir le dialogue, être compréhensives…