Neuf mois dans le meilleur des cas pour fêter la Vie. Quelques secondes suffises pour passer de Vie à trépas…C’est Celle-là même qui me tint éloignée de la page, Celle-là même qui arrêta la pendule brutalement cassée. Mais le temps, lui, continue à tracer. Je vais vous parler d’Elle la Mort et d’elle, mon amie, ma douce.
Viens! Viens ma douce, maquillée de tristesse. Viens avec tes yeux gonflés de perles qui roulent sur tes joues. Viens ! Que puis-je faire de plus qu’écouter tes sanglots qui engorgent ta gorge ? Que puis-je faire sinon changer ton mouchoir trop mouillé d’avoir essuyé tes yeux, mouché ton nez de petite fille perdue ? Viens petite sœur d’amour, le tien est parti avec la Terrifiante, armée de son squelette, sa cape et sa faux. Sur sa moto qui lui servit de barque, la grande faucheuse a anéanti tout projet, tout avenir.
Elle, elle se joue de l’âge, du rang social, de la condition de ceux qu’Elle attaque. Sans faire de quartier, Elle résout à elle seule l’impossible choix. Elle, sans condition, la Généreuse met un terme, pose les limites de la Vie. Elle, elle la Mort, on ne La choisit pas. C’est Elle qui choisit, son moment, son heure. Sans logique apparente. C’est Elle qui choisit l’instant pour couper l’herbe sous nos pieds; Elle nous allonge dans le bois de sapin avec lequel nous brûlerons ou nous nous étendrons six pieds sous terre. Bouffés par les vers, nos derniers compagnons d’infortune.
Elle est Délivrance des laissés pour compte. Elle ennoblit la misère rendant l’égalité entre les hommes. Elle est le lien de la fraternité : riche ou pauvre, Elle viendra frapper à la porte. Chacun La connaîtra le moment venu quel que soit le cercueil qui hébergera le corps des frères humains.
Nul ne négocie ni ne légifère avec Elle. La nuit n’est pas la Mort; la nuit n’est pas mortelle. La nuit est un autre état. Dors, ma douce. De l’autre côté du réveil tu retrouveras ton amour dans le sommeil. N’aie pas peur, la douleur est pour ceux qui restent. Sois courageuse.


